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Assises : 12 années de réclusion criminelle pour le bourreau de Raiatea

La deuxième et dernière journée du procès aux assises pour violences conjugales ayant entraîné une infirmité permanente s’est conclue par la condamnation de l’accusé, Angelo T. à une peine de douze ans de réclusion, avec interdiction d’entrer en contact avec la victime et obligation de 5 ans de suivi socio-judiciaire. Une dernière journée où la fille du couple s’est fait la porte-parole de sa mère, à la fois désespérée et en colère de la voir tirer un trait sur les faits de violences et par son désir de vouloir reprendre la vie commune avec son père.

À la reprise du procès, ce lundi, c’est la victime, Evelyne, qui a été auditionnée la première. Durant la première journée, elle se tenait sur le banc des parties civiles, tendant l’oreille pour entendre les débats et jetant des coups d’œil répétés au box des accusés. Elle aime l’accusé, ne s’en cache pas et d’ailleurs, ses premiers mots à la barre sont pour son compagnon. Elle fait part de son désir de retourner vivre avec lui. « Mon tane n’est pas méchant. C’est une erreur qu’il a fait. Je lui pardonne et j’aimerais revenir avec lui. Je sais qu’il regrette ce qu’il a fait. On m’a dit que si je retournais avec lui, il recommencera, mais non. Moi je ne vois pas ça comme cela. » Quant aux faits, elle ne s’en rappelle pas du tout. Juste de son hospitalisation et les lourdes opérations qu’elle a subies. Là aussi, elle met en avant son compagnon, qui en détention provisoire avait demandé à sa sœur d’aller voir Evelyne et de lui apporter des affaires. « Ma famille me tourne le dos depuis 12 ans. »

Elle raconte une vie de couple en huis clos : « on ne sortait pas, on restait à la maison et ça allait. Ça me convenait. » Sur les disputes, « on s’est toujours disputés et on s’est toujours remis ensemble. C’est comme ça. Parfois il me frappait et sinon c’était moi. Je ne me laisse pas faire. »

La présidente s’étonne « mais vous auriez pu mourir ! » « Je sais, tout le monde me dit ça, mais je sais qu’il ne va pas recommencer. Cela fait 23 ans que l’on est ensemble et je sais qu’il ne me fera plus ça. Je veux retourner avec lui. » Puis cette phrase, « Jésus a été accusé et il est monté au ciel. » Quant à savoir si son compagnon devait être sanctionné pour ce qu’il a fait : « Oui. Et après on se remettra ensemble. »

 « J’espère qu’il paiera pour ce qu’il a fait. À moi et à elle »

Au tour de sa fille de se présenter à la barre. Elle explique qu’elle a été adoptée par son oncle car « on m’a dit qu’Angelo n’était pas quelqu’un de bien. » Elle raconte avoir vu son père biologique frapper sa maman, mais « j’ai l’impression qu’elle s’en fout alors qu’elle a failli mourir. Elle est encore là à demander à revivre avec lui. » Elle éclate en sanglots. « J’espère qu’il paiera pour ce qu’il a fait. À moi et à elle. »

Rétrospectivement, et en colère, « si j’avais su qu’elle allait dire tout cela, je ne serais pas venue. Je serais resté chez moi avec mon petit.» Elle vide son sac. « il fallait que je ne dise rien à personne quand je le voyais la frapper. Tout ce que je voulais savoir et comprendre c’est pourquoi il faisait cela. La frapper comme ce 14 juillet. » Puis dans un souffle, « j’avais pitié d’elle. Je n’ai jamais vu une relation comme celle-là. » Durant les témoignages de ses proches, l’accusé n’a pas cillé. Sourcils froncés, il écoute, concentré.

Des traits de personnalité antisociale et un risque de récidive

Puis la présidente lit le compte-rendu de l’expert psychiatre. Il a relevé que l’accusé était un “homme frustre, d’intelligence faible, d’expression orale basique avec des difficultés d’introspection et d’analyse des situations. » Il n’est pas noté de déficience intellectuelle”. Il a également estimé que le quadragénaire présentait des “traits de personnalité antisociale marquée par une immaturité affective et des difficultés de gestion émotionnelle”. En conclusion, les experts n’établissaient pas l’existence de trouble psychique ayant aboli ou altéré son discernement lors des faits. Pour l’expert, Angelo ne présente pas d’état dangereux au sens psychiatrique, mais au sens criminologique, « il présente des facteurs de risques de récidive compte tenu de ses traits de personnalité antisociale. »

 « Madame la présidente, je ne veux pas que vous nous sépariez »

C’est au tour de l’accusé de s’exprimer. La présidente lit sa déposition devant les gendarmes, le lendemain des faits. Il raconte qu’il y a eu une première dispute, puis une seconde quand elle revient à la maison. Il précise que c’était la première fois qu’il la frappait de cette manière mais qu’il avait eu peur à l’idée qu’elle appelle les gendarmes, étant sous contrôle judiciaire.

Sur le déroulé des faits, il raconte qu’aux premiers coups portés, elle était tombée sur le carrelage. « Cela a été très vite. » S’étant rendu compte qu’il avait tapé trop fort et que son visage était fortement marqué, il dit ne pas avoir appelé les pompiers parce qu’il avait eu peur. « Vous avez eu peur pour vous, pas pour elle », intervient l’avocat général. Angelo baisse les yeux. Quant au témoignage de sa fille qui faisait part de violences récurrentes, il nie. « Ce qu’elle a dit, tout ça c’est faux. Je ne l’ai jamais tapée comme cela à part ce jour-là. » Puis volubile, « madame la présidente je ne veux pas que vous nous sépariez. Je veux retourner à la maison pour finir de la construire et vivre avec ma femme. »

« Comment êtes-vous sûr que vous n’allez pas recommencer ? » demande la présidente « Parce que j’ai parlé à Dieu et que j’aime trop ma femme. En prison j’ai réfléchi. Je vous demande de ne pas nous séparer. Je sais qu’elle ne va pas bien et qu’elle a besoin de moi. C’est tout madame. »

« C’est une survivante, une miraculée »

La parole est donnée à la partie civile. Me Nougaro s’avance à la barre et s’adresse aux jurés. « C’est un sujet brûlant que les violences conjugales » Faisant référence à l’observatoire des violences intrafamiliales récemment créé à Papeete, elle aligne les chiffres. « Cinq cents femmes par an témoignent en Polynésie sur ces faits. 1 500 enquêtes sont ouvertes par an, c’est énorme. » Elle laisse aux jurés le temps d’assimiler ces paramètres et poursuit. « Mais Evelyne n’est pas un chiffre. Elle a failli perdre la vie. Elle a eu la chance d’être prise en charge, sinon elle serait morte et c’est important qu’il soit jugé pour cela. »

Elle revient sur la vie du couple, expliquant que chez eux, « la violence est normale, c’est une normalité. Les deux se couvrent, il se taisent. Mais c’est une vie de violences. » Évoquant les faits qui valent à l’accusé de comparaître devant la cour d’assises, « ce jour là, il l’a battue comme plâtre », elle désigne Evelyne et assène, « c’est une survivante, une miraculée. »

Et d’énumérer les opérations que la victime a subies. « Quatre interventions et ce n’est pas fini. Elle a une prothèse au crâne et elle attend qu’on lui change. » Quant aux conséquences, « tous les jours elle a une infirmière à domicile, elle voit régulièrement un orthophoniste pour réapprendre les mots. C’est là d’où elle vient et ce n’est pas fini. Toute sa vie sera comme cela. Voilà pourquoi on appelle cela une infirmité permanente. Il lui a enlevé sa vie ! » Elle conclut : « Justice doit être faite. »

« Je veux vous dire le respect que vous m’inspirez »

« Avec ce dossier vous avez été jeté dans la tâche la plus sombre de notre société », attaque d’emblée l’avocat général Michel Mazars en s’adressant aux jurés. Il assure que ce dossier n’est pas un dossier de violences conjugales comme les autres « sa particularité est que la victime ne se souvient pas réellement de ce qui s’est passé. En outre, même si l’accusé reconnaît les faits et regrette, il minimise sa responsabilité. Autre particularité, c’est la fille du couple qui vient apporter la parole empêchée de sa mère. Il regarde la jeune femme : « Je veux vous dire le respect que vous m’inspirez. »

Pour l’accusation, « que les coups portés aient entraîné les lésions ou que les coups portés aient entraîné la chute, responsable des lésions, ne change rien. (…)  La réalité est qu’à l’évidence il a porté des coups de poing, même si ses poings ne portaient aucune trace des coups qu’il a portés. Heureusement que la victime a été entendue avant son évasan, sinon nous n’aurions pas eu connaissance des faits. »

Pour lui ce couple vit en vase clos et rien ne doit transpirer à l’extérieur, « surtout pas de vagues, ne pas alerter les voisins, ne pas avoir de comptes à rendre. » Il développe, «  au lieu d’appeler les secours, il ferme la porte. Heureusement qu’elle a pu sortir par une autre porte et déambuler en sang sur la voie publique, où elle a été prise en charge par les pompiers qui l’ont sauvée. » Il le rappelle, « la vie de la victime ne sera plus jamais la même. »

Il demande aux jurés de le reconnaître coupable, « il est responsable de ses actes », il rappelle la peine encourue, « 15 ans. » Notant que le couple a toujours la volonté de reprendre la vie commune, « comme si rien ne s’était passé », il se demande s’il faut assortir la peine d’une interdiction de contact, «  Oui, pour permettre à la victime de décider seule si elle veut après sa sortie de détention reprendre la vie commune avec son conjoint. » Il réclame une peine de 12 ans de réclusion criminelle assortie d’un suivi socio-judiciaire de cinq ans avec une interdiction de paraître au domicile de la victime.

« On ne peut pas réduire l’accusé à quelqu’un d’incurable, d’irrécupérable »

Me Grattirola, l’avocat d’Angelo T., rappelle que les violences conjugales sont un fléau mondial et qu’il faut les prendre très au sérieux. Pour autant, « il ne faut pas placer leurs auteurs dans la catégorie des monstres. Il faut chercher à les comprendre. Aller vers eux pour savoir comment ils en sont arrivés là. »

Il revient sur les faits, note que la victime a attrapé Angelo par « les parties, un endroit sensible, d’autant qu’Evelyne ne lâchait pas. » Il dissèque le ressenti de la douleur, « quand le cerveau perçoit une grande souffrance son premier réflexe est de faire cesser la violence immédiatement. Et c’est ce qui s’est passé. Il a eu un mauvais reflexe, un acte automatique de réponse.» Pour le défenseur, « 12 ans c’est lourd, il a besoin d’une thérapie, le couple a besoin d’une thérapie de couple. La solution est là, clairement. Je plaide l’indulgence. On ne peut pas réduire l’accusé à quelqu’un d’incurable, d’irrécupérable. »

La parole est donnée à l’accusé avant que le jury se retire délibérer. « J’aime ma femme et je veux retourner avec elle et je ne lui ferais plus ça. Y’a que ça, madame la présidente. » Après en avoir délibéré, le jury a condamné Angelo T. à une peine de douze ans de réclusion, assortie d’une interdiction d’entrer en contact avec la victime et d’une obligation de suivi socio-judiciaire durant 5 ans.

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