ACTUS LOCALESJUSTICE Assises : De nombreuses zones d’ombres entourent la mort d’Augustine Pascal Bastianaggi 2025-02-14 14 Fév 2025 Pascal Bastianaggi Le procès de l’homme accusé d’avoir tué Augustine a repris ce vendredi matin devant la cour d’assises de Papeete. Jeudi l’accusé avait reconnu avoir frappé sa maîtresse et affirmé qu’elle avait chuté accidentellement du haut de la falaise. Mais des éléments nouveaux viennent mettre en cause sa version des faits. Lire aussi : Assises : le meurtrier d’Augustine risque la perpétuité Ce sont les auditions de l’épouse et de la mère de l’accusé, sous le feu des questions du juge, qui ont mis à mal sa version. Interrogée, l’épouse de Rudy a tout d’abord une pensée pour la famille d’Augustine. « C’est dur pour la famille de la victime et cela a été dur pour moi aussi. Je ne sais pas quoi dire d’autre. » Puis elle relate les rapports qu’elle avait avec son mari. Et le moins que l’on puisse dire c’est que c’était un amour à sens unique. « C’était dur la vie avec lui, coups de poings, étranglements, mensonges, tromperies. » Un peu plus tard, Rudy reconnaîtra effectivement ne l’avoir « jamais aimée ». Son épouse poursuit, « il me battait devant nos trois enfants, je ne me laissais pas faire mais il est grand et costaud. » « Je le soupçonnais mais je ne voulais pas y croire. J’espérais son innocence. » Le soir de la disparition d’Augustine, elle raconte que sa belle-mère l’avait appelée vers 21 heures. « Elle pleurait, elle m’a dit qu’elle avait peur, qu’elle avait vu ce qui ressemblait à un cadavre dans la benne de la voiture à Rudy et qu’il avait pris une couette et une pelle. Et elle m’a dit de ne rien dire pour le corps, car elle avait peur que Rudy ait fait quelque chose à Augustine. » Une couette que l’épouse de Rudy apercevra dans la poubelle de son immeuble et qu’elle reconnaîtra comme appartenant à sa belle-mère. « J’ai fermé les yeux » avouera t-elle. Elle enchaîne, « deux jours après il nettoyait sa voiture de fond en comble, ce qu’il n’avait jamais fait avant. » « Je m’en mords les doigts d’avoir gardé le silence. » Plus les jours passaient et plus « il devenait agressif, il se plongeait dans l’alcool et nous menaçait tous jusqu’au petit dernier qui a 6 mois. » Elle fini par lâcher dans un souffle, « je le soupçonnais mais je ne voulais pas y croire. J’espérais son innocence. J’étais entre soupçons et espoir. » Puis avec le recul, « je m’en mords les doigts d’avoir gardé le silence, peut-être qu’on aurait pu retrouver le corps. » Un corps qui visiblement tracassait Rudy, « il n’arrêtait pas de me demander s’il y avait des requins à Papeeno et si on y avait déjà trouvé des corps. » Une mère protectrice Quant à la mère de l’accusé, celle-ci a tout bonnement joué son rôle de mère. Elle s’est évertuée à protéger son fils, nuançant les propos tenus au téléphone avec sa belle-fille. « Je n’ai jamais parlé de pelle ». Elle s’est aussi acharnée à modérer le portrait dévastateur que sa belle-fille avait dressé de son fils. « Il n’a jamais été violent avec elle. » Une attitude qui a fini par quelque peu énerver le juge, persuadé qu’elle en sait plus qu’elle ne le dit : « vous ne pensez pas que l’on a le droit à plus d’explication maintenant qu’Augustine est morte et que l’on juge votre fils ? » L’avocate de la partie civile se met aussi de la partie et d’un ton où perce la colère, l’interpelle « qu’est-ce que vous nous cachez ? » La mère se bute et campe sur ses positions. « Je ne peux pas vous dire ce qu’il s’est passé ce soir-là. » Des zones d’ombres À l’écoute des auditions et des reconstitutions, il semblerait que la victime n’ait pas chuté accidentellement de la falaise à la suite d’un coup de poing. Mais que Rudy aurait tué Augustine ailleurs, puis transporté le corps dans la benne de la voiture pour le faire disparaître. Ce que soupçonnent aussi les enquêteurs. Auquel cas la version de l’accusé, celle de la mort accidentelle, ne tient plus, et celle du meurtre aggravé se renforce de plus en plus au fur et à mesure que le procès avance. Pour autant, réinterrogé l’après-midi sur les versions successives qu’il a données aux gendarmes et au juge d’instruction, il maintient sa version. Quant le juge lui fait remarquer que sa première version était qu’il l’avait frappée et qu’elle était tombé inanimée à ses pieds puis que, paniqué, il l’avait jeté la tête la première du haut de la falaise, il nie. « C’est faux cette version. J’ai dit cela parce que c’est ce que le juge voulait entendre. » Il l’affirme, « je l’ai frappée violemment et elle est tombée de la falaise, mais je ne voulais pas la tuer. » Une version que les deux reconstitutions sur le lieu du drame ne parviennent pas à confirmer. Le procès se terminera lundi avec l’intervention d’experts, les réquisitions de l’avocat général, puis la plaidoirie de la défense. Le verdict est attendu pour la fin de la journée.