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Augmentation minimale pour les fonctionnaires… En attendant une « prime vie chère »

Les syndicats de salariés et l’exécutif réunis vendredi 1er mai à la présidence pour quatre heures d’échange. Les organisations patronales ont été reçues vendredi après-midi. ©GouvernementPF

Le président Moetai Brotherson a annoncé ce weekend, dans une lettre aux syndicats que Radio 1 s’est procurée, avoir arrêté une revalorisation de 5 francs du point d’indice de la fonction publique territoriale, soit une augmentation de 0,46% du salaire de base des fonctionnaires. Loin des demandes syndicales, qui s’étalaient entre 2 et 30%. L’exécutif, qui met en avant les « fortes incertitudes économiques » en ces temps de crise au Moyen-Orient, propose toutefois la création d’une « prime vie chère » qui s’appliquerait au public comme au privé, mais dont les modalités – montant, périmètres et financement – restent à discuter. Quant au Smig, l’exécutif n’entend pas le revaloriser tout de suite, mais l’accélération probable de l’inflation avec le réajustement des prix des carburants pourrait l’obliger à le faire dans les prochains mois.

C’était une annonce encore en suspens lors des traditionnelles rencontres du 1er mai, vendredi matin. À la présidence, les syndicats de salariés ont échangé sur de potentielles évolutions du code du travail ou du cadre réglementaire de la fonction publique, sur l’avenir des régimes sociaux (voir ci-dessous) dans le contexte politique tendu, ou du fonds de secours aux salariés ayant perdu leur emploi, toujours en projet, mais toujours en recherche de compromis sur son financement. Mais une des cordes sensibles du combat syndical est restée de côté pendant la réunion : l’évolution de la valeur du point d’indice de la fonction publique territoriale. Une valeur qui, une fois multipliée par l’indice propre à chaque catégorie, cadre d’emploi et échelon, détermine la rémunération de base – hors prime, donc – de quelques 6700 agents titulaires ou stagiaires du Pays.

Cette épineuse question n’était pas prévue à l’ordre du jour des discussions de la Fête du Travail : le gouvernement Brotherson a institué depuis l’année passée un rendez-vous dédié à la rémunération des fonctionnaires, sorte de « négociation annuelle obligatoire » du secteur public. Deux réunions avec les syndicats représentatifs de la fonction publique ont bien eu lieu les 24 et 28 avril, en amont du 1er mai. Les demandes étaient donc sur la table, et la décision du gouvernement des plus attendues. La Fraap, premier syndicat de l’administration du Pays, avait d’ailleurs conditionné sa présence, vendredi à la présidence, à une réponse sur ce point d’indice… Qui n’est finalement arrivé que ce samedi. Et elle devrait décevoir la plupart des organisations du secteur.

Une prime encore à discuter

Car après les 20 francs de revalorisation de mai 2025 – soit 1,89% d’augmentation de la valeur du point, qui avait alors atteint 1080 francs – le gouvernement a « arrêté » une hausse de cinq francs du point d’indice, à 1085 francs. Soit 0,46% de revalorisation. Pour expliquer cette hausse minimale, inférieure à l’inflation – l’indice des prix à la consommation de l’ISPF a augmenté de 1,3 % en 2025 – le courrier signé par Moetai Brotherson met en avant un « contexte marqué par de fortes incertitudes économiques internationales et leurs effets potentiels sur notre économie« . « Elles traduisent un équilibre nécessaire entre le soutien au pouvoir d’achat et l’exigence de responsabilité collective, dans une société où les inégalités demeurent, lit-on dans la missive, que Radio 1 s’est procurée. C’est au regard de ce double impératif de précaution et des responsabilité que ces décisions ont été prises ». Le poids budgétaire de ces 5 francs d’augmentation n’est à ce stade pas précisé. Mais vendredi, le président du Pays expliquait que les propositions de revalorisation du point formulées par les syndicats, allant de 2% pour A ti’a i mua à 20 à 30% pour la Fraap et la CSTP-FO, auraient un impact budgétaire pour le Pays allant de « 888 millions à 16 milliards de francs » :

Le gouvernement ne s’en tient toutefois pas à cette très légère évolution : il s’engage à la « création d’une prime dite « vie chère » au bénéfice des agents publics et des salariés du secteur privé ». Un dispositif qui pourrait rappeler la « prime exceptionnelle de pouvoir d’achat », instaurée, dans le privé uniquement, lors du boom d’inflation de 2022, et qui avait été exonérée de cotisations sociales jusqu’à fin 2023, de charges fiscales jusqu’à fin 2024, avant de revenir dans le droit commun. Si l’idée est « arrêtée » du côté de l’exécutif, ses contours restent visiblement à déterminer. « Le dialogue se poursuivra avec vos organisations afin de préciser les modalités de mise en œuvre de la prime vie chère », écrit ainsi le président du Pays aux syndicats.

Déception annoncée… Et mobilisation à prévoir ?

Ces annonces n’ont pas encore été commentées par les organisations syndicales de la fonction publique. La Fraap, comme la CSTP-FO, attend de pouvoir en discuter collectivement. Julien Uhrig, permanent syndical de A tia i mua se dit « surpris de la très faible hausse du point d’indice au vu de l’inflation de l’année écoulée » et dans le même temps dans l’attente de pouvoir « développer l’idée » de la prime de pouvoir d’achat. Comme d’autres, il s’interroge, bien sûr, sur son niveau, son périmètre, sa pérennité et son calcul, assis, ou pas, sur le revenu de chaque agent.

Peu de chance, quoiqu’il arrive, que la réponse des autres syndicats à ces décisions soit enthousiaste. L’année dernière, la Fraap avait jugé que l’augmentation de 1,89% francs du point d’indice, là où le syndicat en demandait jusqu’à 40% fin 2024, était « une réponse méprisante à une réalité accablante »« un affront » même. Un affront qui avait motivé, avec les revendications spécifiques sur les catégories D, eux-mêmes revalorisés par le gouvernement mais pas à un niveau suffisant pour le syndicat de Jean-Paul Urima, une mobilisation. S’il n’a rien annoncé pour l’instant, le syndicat, qui a confirmé sa première place dans le secteur public en décembre dernier, et son hégémonie chez les pompiers d’aérodrome et à la Direction de l’Équipement, semblait ces dernières semaines prêt au combat.

Pas d’augmentation volontaire du Smig, mais…

Côté privé, c’est le Salaire minimum interprofessionnel garanti (Smig) qui donne le tempo de l’augmentation des salaires. Et contrairement à d’autres mesures, le gouvernement n’a pas à passer par l’assemblée pour l’augmenter. Ce ne semble toutefois pas être dans ses plans : « L’augmentation du Smig a été abordée, certains sont pour, d’autres sont contre. Il n’y a pas d’unanimité sur ce sujet, puisque c’est un dispositif qui est potentiellement inflationniste, on le sait expliquait Moetai Brotherson à la sortie des négociations vendredi midi. Les employeurs le disent, et ils ne sont pas les seuls, les économistes et le ministre des Finances également. C’est un curseur qu’il faut manier avec précaution ».

Pas de revalorisation « volontaire » en vue, donc, mais la loi prévoit une revalorisation automatique, dès que l’indice des prix augmente de plus de 2%. Or, entre la dernière revalorisation du Smig, au 1er mai 2024, à 1024,74 francs de l’heure et 173 182 francs par mois, et le mois de mars 2026, cet indice des prix a déjà augmenté d’environ 1,5 point. L’ajustement inévitable des prix des carburants pourrait donc précipiter un ajustement du Smig d’ici quelques semaines ou quelques mois.

 

Retraites, congés des fonctionnaires, Tama’a Maitai et inspection du travail

Parmi les autres sujets discutés à la présidence ce 1er mai, le départ à la retraite, avec le retour du débat sur le cumul ou non des conditions d’âge et d’annuité de cotisation, les questions de reprises d’ancienneté… Ou encore la clarification des règles en cas de maladie pendant des congés dans la fonction publique. « Aujourd’hui, c’est à la discrétion des chefs de service de savoir si on récupère ou pas les jours de congé, et ça provoque des inégalités, explique Julien Uhrig, de A ti’a i mua. On a demandé à la ministre de la Fonction publique de prendre une circulaire et apparemment ça a eu un accueil favorable, donc on devrait avoir cette clarification ». A ti’a i mua regrette aussi, au passage, le retrait du texte sur les titres Tama’a Maitai, qui devait profiter aux fonctionnaires et qui, d’après l’exécutif pourrait être « représenté prochainement, en tenant compte des observations faites à l’assemblée ». Enfin, les discussions ont porté sur l’inspection du travail, dont le manque de moyens humains est régulièrement pointé du doigt. « On a eu une oreille attentive, mais pas d’engagement sur ce point », précise Julien Uhrig.

 

 

Le gouvernement continue sa campagne sur le RNS

Après la réunion publique du weekend précédent, le gouvernement a poursuivi, cette fois auprès des partenaires sociaux, sa campagne sur la réforme du RNS, menacée d’abrogation à l’assemblée par les élus Tavini et l’opposition autonomiste. Une présentation a ainsi été faite devant les syndicats de salariés, à la présidence vendredi matin. Ceux qui, quelques jours auparavant en commission du Cesec, avaient reçu Tony Géros, Nuihau Laurey et Édouard Fritch pour défendre la proposition de loi d’abrogation – une réunion où le gouvernement n’avait pas envoyé de représentants – ont écouté les arguments de l’exécutif. Bénéfices de la réforme, conséquences de l’abrogation… « Je crois que les syndicats présents ont bien compris les enjeux et bien compris l’intérêt de cette réforme, expliquait après la séance Moetai Brotherson. J’espère qu’ils se feront les porte-parole de ce qu’ils ont vu aujourd’hui, aussi bien auprès de leurs adhérents que des hommes politiques qui veulent abroger ce texte ».

Même exercice, vendredi après-midi auprès des organisations patronales. À quoi bon ces plaidoyers, puisque les partenaires sociaux avaient déjà longuement débattu du fond entre fin 2024 et mi–2025 et que le sort de la réforme parait aujourd’hui scellé ? Pour le président du Pays, rien n’est joué, et les « contre-vérités » sont encore nombreuses sur le RNS : « ceux qui en parlent le plus le connaissent le moins ».

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Jt Vert 04/05/2026

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