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Avec « Ma Rue », le Fifo donne une voix aux sans-abri polynésiens

Elia Merlot et Mathilde Zampieri entourent Marama, la protagoniste de leur documentaire Ma Rue.

C’est le rendez-vous annuel de l’audiovisuel océanien : le 23e Fifo a démarré ce lundi matin, dans les espaces de la Maison de la culture, avec une première journée consacrée aux scolaires. Dès mardi, et jusqu’à ce week-end, place au cœur du festival, avec des projections, de 8 heures à 22 heures, qui mettent à l’honneur la richesse des thématiques océaniennes. Parmi les films attendus cette année : Ma Rue, le documentaire choc de Mathilde Zampieri et Elia Merlot. Les deux jeunes réalisatrices de 25 ans y suivent le quotidien de Marama, femme handicapée sans abri. Il est le seul film polynésien en compétition, tandis que quatre autres documentaires locaux, proposés hors compétition, aborderont les thématiques de l’ice, du harcèlement scolaire, de l’origine des Polynésiens et du nucléaire.

La 23e édition du Festival international du film documentaire océanien (Fifo) a été officiellement lancée ce lundi matin, avec une première journée dédiée aux scolaires. Cette année, ils sont plus de 6 000 élèves et étudiants inscrits, une opportunité pour eux de découvrir une sélection de films océaniens mais aussi de rencontrer les professionnels du secteur audiovisuel et de découvrir leurs métiers.

Dès mardi, et jusqu’à vendredi, c’est le grand public qui est attendu dans les salles et autour du paepae a Hiro de la Maison de la culture, avec les projections en journée et en soirée des films en et hors compétition. Différents ateliers et tables rondes, destinés pour certains au grand public et d’autres aux initiés et professionnels, sont également au programme. Le week-end sera ensuite consacré aux films lauréats et coups de cœur du jury.

Cette année, 178 documentaires et 50 fictions ont été soumis au comité de présélection. Parmi eux, 32 documentaires ont été retenus, dont 10 longs-métrages en compétition et 15 hors compétition, auxquels s’ajoutent les 12 courts-métrages de fiction et les 7 courts-métrages documentaires qui ont été présentés lors des premières soirées du Off, le week-end dernier.

Ma Rue, un film choc qui dénonce les conditions de vie des sans abri

En tout, cinq long-métrages polynésiens ont été sélectionnés. Un seul d’entre eux, Ma Rue, est présenté en compétition. Il retrace le parcours de Marama, 39 ans aujourd’hui, qui vit dans les rues de Papeete depuis son adolescence. Ce projet est né d’une rencontre avec deux jeunes réalisatrices de 25 ans, Mathilde Zampieri, enfant de Raiatea, et Elia Merlot, sa camarade de classe à l’école Kourtrajmé, près de Paris.

Émues par l’histoire de Marama, par sa force, sa résilience et son envie de se raconter, les coréalisatrices l’ont suivie dans son quotidien marqué par les épreuves, le handicap et les addictions. Malgré tout, « Marama est une sorte de modèle un peu hallucinant de positivité et de soleil, qui montre qu’on peut avoir vécu le pire et reprendre ses études, réussir à s’en sortir, se faire belle… », raconte Elia Merlot.

« C’est important pour moi qu’on montre une autre facette du fenua. OK c’est le paradis, c’est trop beau, mais c’est aussi un endroit où il y a énormément de violences, notamment sexuelles, de plus en plus de personnes à la rue, de plus en plus de personnes qui se droguent… S’il pouvait y avoir une prise de conscience là-dessus, que des choses soient mises en place et que les systèmes qui, malheureusement, sont très défaillants changent… On a rencontré des petits qui ont 19 ans, qui sont dans la rue et qui se font violer tous les soirs. C’est un film dur qu’on a fait, mais c’est justement pour ça qu’on l’a fait », poursuit Mathilde Zampieri, qui participe pour la première fois au Fifo et espère que Marama pourra les rejoindre sur l’événement, « si elle le souhaite car on est conscientes que pour elle, c’est quelque chose de très stressant car ça l’expose dans la rue ».

Des productions locales qui se diversifient

Hors compétition, quatre autres documentaires polynésiens sont programmés. Fenua Vice, de Denis Pinson et Suliane Favennec, raconte le fléau de l’ice, les ravages de cette drogue dans les familles et la montée d’un mouvement citoyen pour l’endiguer. Les Mots qui blessent, réalisé par Audrey Berti et Tetiamana Herveguen, suit des élèves du collège Maco Tevane dans la création d’un spectacle dénonçant le harcèlement scolaire. L’Héritage des Lapita de Jean-Fançois Benhamza est quant à lui un documentaire historique sur les traces de ce peuple du Pacifique considéré comme l’ancêtre des Polynésiens. Enfin, De Gaulle, la bombe à tout prix ! est une coproduction française de Lionel Boisseau qui retrace les origines de la bombe nucléaire française, de l’Algérie à la Polynésie, une thématique récurrente dans les films locaux.

Teva Pambrun, membre du comité de présélection, se réjouit du nombre croissant de documentaires polynésiens présentés chaque année : « On commence à avoir davantage de documentaires locaux puisqu’aujourd’hui, le fonds d’aide est bien structuré et il y a de plus en plus d’organismes de production. » Et cela se ressent également dans les thématiques présentées, qui se diversifient au fil des années, entre récits identitaires, luttes environnementales, héritages coloniaux revisités et portraits inspirants.

La cérémonie d’ouverture du 23e Fifo lancera officiellement les festivités, ce lundi à 17 heures sur le paepae a Hiro. Elle sera suivie de la dernière soirée du Off (entrée gratuite sur réservation) consacrée au Sundance Film Festival, fondé aux États-Unis par Robert Redford. Tout le programme de l’événement, ainsi que la billetterie, l’accès aux films en ligne et les votes du public, sont disponibles sur le site www.fifotahiti.com

Le lundi, première journée du Fifo, est traditionnellement dédié aux scolaires, ici à l’entrée de la Maison de la culture. (c) L.C.

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