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Viol d’une touriste américaine : « J’aurais peut-être pu me débattre et courir, mais j’avais peur pour ma vie »

Ce lundi se tenait aux assises la première journée d’un procès pour un viol commis en décembre 2022 à Taravao, sur une touriste américaine. Un procès en appel puisque l’auteur des faits avait été condamné en février 2025 à une peine de huit années de prison ferme. Un verdict pour lequel toute les parties avaient fait appel. L’accusé encourt quinze ans de réclusion criminelle.

Elle était venue en Polynésie pour travailler comme baby-sitter pour une famille américaine qui vivait sur un voilier. On lui avait vanté l’accueil chaleureux des Polynésiens et leur gentillesse. Elle qui avait bourlingué dans des pays nettement moins accueillants se sentait donc en totale confiance lorsque, en décembre 2022, alors qu’elle part en randonnée à la presqu’île, elle tombe sur l’exception qui confirme la règle. Ne trouvant pas son chemin et ne parlant pas français, elle demande à un homme de lui indiquer la route. À l’aide de son téléphone, elle lui montre l’endroit où elle désire se rendre. Celui-ci lui propose de l’emmener en scooter. Elle accepte, d’autant que l’homme n’est pas particulièrement impressionnant et a plutôt une bonne tête.

Mais, en cours de route, il s’engage dans un chemin et s’arrête près d’une cabane délabrée, au prétexte de lui montrer un bel endroit un peu plus loin. Ne se méfiant pas, elle descend du scooter. L’homme se jette alors sur elle et la viole par trois fois. De frêle constitution, elle ne peut se défendre face à son agresseur. Puis il la ramène tranquillement à l’endroit où il l’avait prise en scooter et s’en va.

Bien qu’encore sous le choc, elle a la présence d’esprit de prendre en photo la plaque du scooter et son agresseur alors qu’il repart. Elle appelle ses employeurs qui lui disent de se rendre tout de suite à la gendarmerie pour porter plainte. Grâce aux photos, le violeur sera interpellé cinq heures après et la prise de sang révélera qu’il était alcoolisé.

En garde à vue, il reconnaît les faits, mais assure que les rapports étaient consentis. Il explique avoir été troublé par la façon dont les bras de la victime l’entouraient lorsqu’elle était derrière lui sur l’engin et qu’elle semblait être d’accord pour avoir des rapports sexuels. Cependant, l’examen médical de la victime atteste d’une agression particulièrement violente.

L’accusé assure que les rapports étaient consentis, la victime dément

Dans le box, l’accusé, 31 ans. Silhouette trapue et visage auquel on donnerait le bon dieu sans confession. Apres avoir rappelé les faits, la présidente de la cour d’assises lui demande s’il les reconnaît. Il nie, assurant que les rapports étaient consentis. Sur le banc des parties civiles, la victime, 40 ans, assise entre Me Bennouar, son avocat, et l’ex-consul des États-Unis, Christopher Kozely, qui fait office de traducteur, semble prostrée, amorphe. Pour autant, appelée à la barre, c’est d’une voix ferme, qui tranche avec son attitude, qu’elle affirme qu’elle n’était pas consentante. « Il n’y a pas eu de malentendu », assure-t-elle.

La magistrate interroge l’accusé sur son vécu. On apprend qu’il a eu une enfance heureuse, sans violence, et qu’il a arrêté sa scolarité très tôt pour rentrer en Centre des jeunes adolescents (CJA). Sur sa vie sentimentale, il a eu trois concubines et un enfant. Quant à sa vie carcérale, lui qui a passé en tout près de trente mois derrière les barreaux, en tenant compte de sa détention provisoire, il assure que tout va bien.

« Il y a viol et viol. Certaines sont tabassées »

Concernant les témoins, la plupart sont à décharge. Son père assure que « c’est quelqu’un de gentil, comme moi, et c’est pour cela que je lui ai donné mon prénom ». Il maintient qu’il est incapable d’avoir fait ce qu’on lui reproche. Une affirmation qui fait bondir Me Bennouar : « Est-ce que vous connaissez vraiment votre fils ? Ce dossier révèle une autre personnalité ! » «  Je ne lui ai inculqué que des qualités, des bonnes choses, car je suis diacre. » La partie civile remue le couteau dans la plaie : « Au vu des faits, ne pensez-vous pas que son éducation a été un échec ? » « Ce n’est pas de mon fait. »

Autre témoin, sa compagne actuelle. Elle l’a rencontré avant les faits. Pour elle, l’accusé a fait « des erreurs » dans le passé mais, quoi qu’il advienne, « je suis son futur, et je compte rester avec lui jusqu’à la fin ». Me Bennouar intervient : « C’est ce qu’on appelle un amour inconditionnel. Vous dites qu’il a fait des erreurs, mais un viol, ce n’est pas une erreur, c’est un crime ! »

Elle réplique : « Il y a viol et viol. Certaines sont tabassées et, est-ce que dans son cas, elle a été tabassée ? » Me Bennouar, décontenancé, accuse le coup mais se reprend. « Comment savez-vous que la victime n’a pas été tabassée ? » « Ben… il l’ont dit à la télé. » L’avocat hausse le ton, « il y a eu des traces de violences et vous appelez cela sans violences ? » « Ben, c’est qu’il y a du y avoir des violences », répond-elle sans se démonter. La tension redescend d’un cran, « à votre avis, il est innocent ? » « Je n’ai pas dit cela. Il a fait ce qu’il a fait et il va payer. »

La cour appelle la belle-sœur de l’accusé. Elle le connaît depuis vingt ans et assure que, même saoul, « il ne donnait pas l’impression d’être capable de faire du mal aux femmes. Pas de gestes déplacés et pas du tout bagarreur. »

« Quand je lui disais non, il s’en fichait, me retirait les vêtements de force et m’obligeait à avoir des relations »

La seule à brosser un portrait de l’accusé à contre-courant de ce que l’on a entendu jusqu’alors est la mère de son enfant, aujourd’hui âgé de 10 ans. Ils ont vécu huit ans ensemble. « On n’a pas eu une vie facile, des disputes, il était jaloux, pourtant, il draguait les autres filles. » Concernant leur vie sexuelle, il regardait des films porno puis, excité, voulait passer à l’acte, « plusieurs fois dans la journée et, quand je lui disais non, il s’en fichait, me retirait les vêtements de force et m’obligeait à avoir des relations ». Pour autant, elle n’estime pas que c’était un viol. « Au début, je ne voulais pas, mais après j’étais consentante, quand je commençais à prendre du plaisir. » Concernant les faits, « je n’ai pas compris pourquoi il a fait cela, mais c’est vraisemblable ».

Me Hellec, autre avocat de la partie civile, intervient. « Quand tu lui dis que tu ne veux pas de rapports, il s’en fout. Quand il regarde des films porno et que tu lui demandes d’arrêter, il s’en fout… Et quand la victime ne veut pas de rapports, il s’en fout aussi ? » Elle hésite puis, du bout des lèvres : « oui ».

« Elle présentait  les syndromes d’une personne agressée sexuellement »

Un gendarme désormais retraité, qui a participé à l’enquête, revient sur les faits. Il explique que l’endroit où s’est déroulé le viol est un endroit particulièrement isolé, qu’il fallait le connaître pour s’y rendre et que de la route, située à une cinquantaine de mètres, l’on ne pouvait pas entendre de cris. Pour l’ex-enquêteur, l’accusé avait repéré l’endroit et c’est sciemment qu’il avait emmené la victime là-bas. Il l’assure, « il avait une idée derrière la tête ». Quant à la victime, « quand elle s’est présentée à la gendarmerie, elle présentait les syndromes d’une personne agressée sexuellement ».

Sur le fait qu’elle remonte sur le scooter après avoir été violée, il estime qu’elle n’avait pas trop le choix vu l’isolement de l’endroit. Quant à la barrière de la langue qui aurait pu entretenir une certaine confusion entre l’agresseur et sa proie, il n’en croit pas un mot. « Pas besoin de parler la même langue pour se rendre compte qu’une personne ne veut pas de rapports. »

Au tour de la victime de s’exprimer à la barre. Elle raconte qu’elle est venue en Polynésie après avoir bourlingué à travers le monde, pour travailler comme jeune fille au pair à bord d’un voilier. Ses employeurs lui avaient dit qu’ici, c’était un endroit « safe » et que l’on pouvait faire du stop sans souci. Profitant d’une journée de repos, elle avait décidé de partir en randonnée. Une randonnée qui finira en cauchemar.

« Je suffoquais et j’ai réalisé que j’étais en danger car il pouvait facilement me tuer avec ses deux mains »

« Je suis montée derrière le scooter et, comme on roulait lentement, je ne me tenais pas à lui. J’avais l’habitude d’être derrière en scooter vu qu’avant de venir ici, j’étais à Bali. » Elle filme les paysages quand soudain, elle se rend compte que le pilote du deux-roues quitte la route pour l’emmener sur un petit chemin. « J’ai commencé à me poser des questions quand on s’est arrêté et j’ai voulu faire demi-tour pour revenir sur la route quand il m’a attrapé violemment par le bras. Et là, j’ai compris que j’étais en danger car il était bien plus fort que moi. »

Elle crie, mais il place sa main sur sa bouche. « Je suffoquais et j’ai réalisé que j’étais en danger car il pouvait facilement me tuer avec ses deux mains. » Elle revit le moment, « il m’a soulevé par le short, il me maîtrisait à 100 %, il m’a forcé à lui faire une fellation puis m’a pénétrée une première fois et m’a attirée vers la cabane. » Elle a cru sa dernière heure venue. « J’aurais peut-être pu me débattre et courir, mais j’avais peur pour ma vie. » Il la viole encore deux fois. « Il me paraissait complètement inoffensif et c’est pour cela que j’étais montée derrière lui. Mais à aucun moment je lui ai montré que j’étais consentante.» 

Interrogée sur le fait qu’elle soit remontée sur le scooter, « pour moi, c’était le retour vers la civilisation, là où je ne risquais rien ». En pleurs, « je ne savais pas quoi faire avec moi après cette histoire qui a eu des conséquences sur ma vie (…) Je n’ai pas encore trouvé l’aide qui pourrait m’aider à tourner la page. Je sais que maintenant, c’est une autre version de moi-même qui reste. » Dans la salle, le gendarme à la retraite hoche la tête, les yeux rougis par l’émotion.

Les débats se poursuivront demain avec l’audition de l’accusé, des experts et les plaidoiries. Le verdict devrait être rendu en fin de journée.

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