ACTUS LOCALESENVIRONNEMENT

Braconnage dans les rahui : « Si ça reste impuni, les gens vont abandonner »


À quelques jours du réveillon, les muto’i de Teva i Uta ont surpris deux pêcheurs, visiblement des « professionnels » sur le récif de la grande zone de rahui de Mataiea. Une trentaine de langoustes, pour certaines des juvéniles ou des femelles pleines d’œufs, ont été saisies et remises à l’eau. Le dossier a ensuite été transmis à la gendarmerie et à la DRM, et Clément Vergnhes espère que les sanctions, cette fois, seront lourdes. Pour l’adjoint au maire et président de la fédération rahui Te Marae Mo’a, c’est l’adhésion de la population aux mesures de protection du lagon qui est en jeu.

C’est un habitant du littoral qui a prévenu Clément Vergnhes ce lundi en début de soirée : des pêcheurs semblaient alors très affairés près du récif de Mataeia. Or cette zone située entre les passe Aifa et Te avaraa côté Papara est protégée par un rahui, de la plage au récif et jusqu’à 100 mètres au delà vers le large. L’adjoint au maire de Teva i Uta, impliqué depuis longtemps dans la gestion de cet espace protégé, dont il est un des initiateurs, prévient immédiatement la police municipale, qui se rend sur place en bateau. Et qui constate l’infraction : à bord d’une pirogue, 29 langoustes pêchées dans la zone interdite, dont des juvéniles et des femelles pleines d’oeufs. « Même si ça avait été pêché en dehors du rahui, ça serait illégal », note l’élu, pas vraiment étonné par ce flagrant délit. En cette période de fête de fin d’année, les précieux crustacés se vendent très chers sur les groupes Facebook, et la mer calme du mois de décembre sur la côte Sud de Tahiti rend plus facile leur chasse, dans les failles du récif :

Les braconniers surpris en flagrant délit étaient-ils au courant qu’ils violaient ce rahui « tournant », qui a retrouvé cette zone du lagon de Mataeia voilà un peu plus de six mois ? Clément Vergnhes n’a que peu de doutes : pour lui il s’agit de « professionnels » qui « savent faire » et « vivent de ça ». Et qui connaissent donc parfaitement les zones protégées du littoral… et le prix des crustacés à cette période de l’année.

179 000 francs par infraction, et des saisies possibles

Le procès-verbal dressé par les muto’i n’est pas le premier : une dizaine de constatations ont été faites depuis la mise en place du rahui en 2019. Tous n’ont pas été jusqu’aux poursuites : « En fonction de la gravité, ça arrive de choisir plutôt la sensibilisation, reprend Clément Vergnhes. Par exemple quand on surprend des pêcheurs avant qu’ils ne commencent à plonger. On fait le PV mais on les informe surtout sur la limite de zone ». Mais certains dossiers sont bien transmis aux autorités, comme celui de cette fin d’année, confié à la Direction des ressources marines et surtout à la gendarmerie et la justice. Les sanctions peuvent être lourdes, précise le responsable : l’amende pour pêche dans une zone protégée peut atteindre 179 000 francs, comme d’ailleurs les amendes pour pêches d’espèces trop petites ou protégées. Et la justice peut théoriquement déclencher des saisies de matériel de pêche, voire du bateau, en fonction de la gravité des faits :

Mais à Teva i Uta, beaucoup, comme Clément Vergnhes s’interrogent sur les suites qui seront données. « On n’est pas informés de ce qui se passe derrière, reprend Clément Vergnhes. Quand ça monte chez le procureur, est ce que ces dossiers sont vraiment des priorités ? ». L’adjoint au maire, qui est aussi président de la jeune fédération des comités de gestion de rahui, Te Marae Mo’a, aimerait en tout cas que ces dossiers soient pris au sérieux par les autorités. Il explique que lors d’affaires précédentes, la gendarmerie a demandé aux muto’i de « ramener le matériel de pêche », par manque d’espace pour le saisir ou le stocker. « On dit à nos muto’i de faire de la surveillance, et derrière on leur demande de ramener le matos chez le pêcheur… », pointe-t-il. Pas de quoi motiver la surveillance. Voire de quoi « décourager ».

« La population à un moment donner va se dire ‘à quoi bon protéger »

Mais si l’adjoint au maire tient à des saisies de matériels ou à des sanctions exemplaires, c’est que l’adhésion de la population au rahui est en jeu, à Mataiea comme ailleurs. « Si ça reste impuni, la population à un moment donné va se dire ‘à quoi bon protéger si les mecs peuvent continuer à braconner’, dit-il. Le risque c’est que derrière les gens abandonnent ».

 

Et pourtant, cette saisie de fin d’année montre encore une fois que le rahui, malgré son déplacement récent, fonctionne. « Tu plonges à l’intérieur et à l’extérieur, tu vois tout de suite la différence » pointe l’élu. Alors que les langoustes – comme le poisson – se font plus rares dans les lagons et sur les récifs de Tahiti, cette zone de protection a été mise en place « justement pour les pêcheurs », insiste le responsable, « et pour pouvoir régénérer la ressource ».

À noter que la trentaine de langoustes, toujours vivantes au moment de la saisie, ont été « remises dans leur habitat naturel » ce mardi matin.

 

 

Article précedent

"Mal ficelé", le texte sur la rémunération des stagiaires rejeté au Cesec

Article suivant

Jt Vert 31/12/2025

Aucun Commentaire

Laisser une réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

PARTAGER

Braconnage dans les rahui : « Si ça reste impuni, les gens vont abandonner »