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Centrale à remplacer, « acteur unique » de l’électricité… Le Pays en pleine réflexion sur l’énergie


Le gouvernement fait face à plusieurs questions importantes sur l’avenir du système électrique. La plus urgente a été tranchée : la centrale chef Vairaatoa, à l’arrêt depuis plusieurs mois, ne redémarrera pas. Si EDT doit équiper la Punaruu de nouveaux moyens de production de secours, la construction d’une centrale neuve à Papenoo est, elle, toujours en suspens. Une réflexion liée à celle, plus large, de la fin de la concession de Tahiti Nord. Le ministre de l’Énergie Warren Dexter indique que plusieurs scénarios sont désormais « sur la table » mais plaide déjà pour un acteur unique assurant le transport et la distribution de l’électricité. Quant à la trajectoire vers le renouvelable, le Pays n’a pas avancé sur l’ETM, mais a proposé à l’État d’apporter son concours pour pérenniser le Fonds de transition énergétique.

Dans le concert de questions qui entourent ces temps-ci le système électrique tahitien, c’était sûrement la plus urgente : que faut-il faire de la centrale chef Vairaatoa ? La deuxième unité de production thermique du Pays, mise en service dans les années 60, et qui se trouve juste en face de la gare maritime de Papeete, était déjà à l’arrêt depuis le mois de novembre. La faute à la vétusté du bâtiment, fragilisé par six décennies d’exploitation et de vibrations, et à une « accélération de sa dégradation structurelle » ces derniers mois. Une partie des places de stationnement et un des trottoirs la rue chef Vairaatoa ont même été condamnés par crainte de l’effondrement de certains pans de murs ou de surplombs sur les passants.

L’avenir de Vairaatoa scellé, pas celui la nouvelle centrale de Papenoo

L’avenir du site et de sa turbine à combustion était déjà en question depuis 2022, quand le Pays avait demandé à EDT-Engie, qui exploite la centrale dans le cadre de sa concession, de se préparer à son abandon. Mais son sort est désormais scellé. « On ne peut plus continuer avec cette centrale, mais il faut proposer une autre solution de secours au site de Punaruu, confirmait ainsi le ministre de l’Energie Warren Dexter sur le plateau de l’Invité de la rédaction début avril. C’est pour ça que EDT est en train de travailler sur des nouveaux groupes électrogènes qui vont faire office de source de secours en cas de problème » à la centrale Martin.

Après une série d’expertises sur la structure de la centrale, qui avaient conclu à un coût de plusieurs centaines de millions de francs pour la remise en marche du site de Papeete, EDT avait effectivement proposé au Pays d’installer six groupes de 1,2 MW, accompagnés d’une batterie, aux côtés de son générateur virtuel Putu Uira dans la vallée de la Punaruu. Ces groupes sont désormais commandés et devraient être équipés avant la fin de l’année, comme le confirme aujourd’hui la filiale d’Engie. Qui aura alors de quoi être soulagée : comme la turbine de Vairaatoa hier,  ce site de production « light » aura avant tout pour mission de prendre le relais de la centrale Martin en cas de panne. Et de fournir un minimum de courant pour éviter un blackout généralisé.

Mais pour la filiale d’Engie, cette solution ne constituait, à la base, qu’une réponse temporaire, en attendant la construction d’un nouveau site de production thermique, en projet depuis de longues années. L’idée de ce « site 3 », qui bénéficie d’un foncier dédié à Papenoo, sur le terrain de Tahiti Nui Telecom, est d’être une source de production électrique très pilotable pour permettre de « lisser » au mieux les pics de production des centrales photovoltaïques, dont une deuxième cuvée est attendue pour 2028. Et donc, d’après EDT qui avait aussi utilisé Vairaatoa dans cette optique depuis 2024, de mieux intégrer les énergies renouvelables sur le réseau. Pourtant le gouvernement n’a pas, à ce stade, donné l’autorisation à son concessionnaire de construire cette nouvelle centrale. « On y est pas encore » précisait le ministre début avril, sans toutefois exclure cette possibilité. D’autres échanges ont eu lieu depuis, mais rien n’a été tranché.

Fin de la concession d’EDT : des scénarios sur la table, des choix à faire

Si le Pays est partagé, ce n’est pas seulement à l’idée d’investir – ou de laisser investir son concessionnaire – de nouveau dans une centrale alimentée par des hydrocarbures importés, à l’heure où la priorité est à la souveraineté et la transition énergétique. C’est surtout parce que le calendrier est très serré. La concession d’EDT Engie sur Tahiti Nord doit prendre fin en 2030, et plus le temps passe, plus il parait incertain que cette centrale puisse être livrée avant cette date. Les autorités pourraient être tentées de remettre à l’après-concession la réflexion sur le site 3. Et se concentrer d’ici là sur la fin de concession elle-même.

Et cette fin de concession est bien, elle aussi, en réflexion au gouvernement. L’année passée une étude avait été commandée sur la « refonte » et la « rationalisation » du secteur de l’électricité, et pour éclairer la stratégie du Pays, non seulement à l’approche de la fin de la concession de Tahiti-Nord, concomitante avec celle de nombreuses îles, mais aussi celle de la fin de la délégation de service public de la Tep, dès le 31 décembre 2027. Les conclusions de cette étude, qui viennent compléter des expertises financières et juridiques menées, sans prise de décision, pendant la mandature Fritch sont désormais sur la table, et « différents scénarios » chiffrés y sont présentés, explique Warren Dexter. Renouvellement de la concession sur plusieurs décennies, rachat des actifs d’EDT, création d’un nouvel acteur public ou mixte, reprise en main de la compétence électrique à l’échelle du territoire… De nombreuses pistes sont envisagées, avec, à chaque fois des indications de coût, de conséquences juridiques ou sociales, de risques de contentieux, et bien sûr d’avantages en termes de performance du système et les marges de manœuvre tarifaire. « La question est de savoir si le Pays reprend la main, par exemple avec une SPL, ou si on continue avec la configuration actuelle, précise le ministre des Finances et de l’Énergie. Mais je crois que dans tous les cas, le vecteur commun, c’est que le Pays doit avoir son mot à dire sur l’exploitation ».

Parmi ces scénarios, certains tablent sur le regroupement des responsabilités de transport, de distribution, d’équilibre du réseau et de production de base, aujourd’hui dispatchés en un acteur unique. Une solution qui est louée – mais pas avec la même vision – à la fois du côté d’EDT et de la Tep, qui se répartissent aujourd’hui ces missions. « Rien n’est acté », répète le ministre, mais son opinion est déjà forgée sur la question du nombre d’acteurs : « Personnellement je pense qu’il faut fusionner les deux » dit-il. Des discussions doivent avoir lieu avec la Direction polynésienne de l’Énergie, la présidence et les acteurs du secteur avant d’avancer. Quant au calendrier, une première décision pourrait permettre de le détendre : l’alignement de DSP de la Tep sur celle d’EDT, jusqu’à septembre 2030.

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