ACTUS LOCALESJUSTICE Cinq ans pour l’apprenti tyran domestique Pascal Bastianaggi 2026-03-03 03 Mar 2026 Pascal Bastianaggi Un homme de 25 ans était jugé ce mardi pour des violences habituelles et des agressions sexuelles sur son ex-compagne, en 2019. Alors âgé de 18 ans, il avait régulièrement frappé sa petite amie de seize ans, lui dictait sa façon de s’habiller et l’obligeait à avoir des rapports sexuels. « J’ai l’impression d’avoir été son jouet » avait-elle fini par confier aux gendarmes. Sept années après les faits, l’apprenti tyran domestique, qui vit en couple et a deux enfants, semble avoir fait son mea culpa. Les juges l’ont tout de même condamné à 5 ans de prison dont deux ferme. « Traits de personnalité inquiétants, tyrannique, possessif, absence de remords, de culpabilité » tel était le portrait psy de l’accusé, Tevaihau C., dressé en 2019 alors qu’il avait à peine 19 ans. Une expertise psychiatrique qui faisait suite à une plainte de sa petite amie, Rose, alors âgée 16 ans. Celle-ci expliquait alors aux gendarmes qu’entre novembre 2018 et octobre 2019, période pendant laquelle les deux adolescents se fréquentaient, elle avait subi des violences et des relations sexuelles forcées de la part de Tevaihau. Un examen médical de l’adolescente fera part d’hématomes, et « d’une jeune fille à l’humeur triste ». Dans sa déposition Rose déclarait que son copain « n’aimait pas ma façon de m’habiller, il me frappait à coups de poings au visage (…) il me disait que je devais baisser les yeux dans la rue et ne pas m’habiller comme une pute. » L’accusé lui aurait même interdit de poursuivre dans son projet de carrière d’esthéticienne, là aussi à grand renfort d’insultes envers la profession. Rose expliquait surtout qu’il la forçait à avoir des rapports sexuels alors qu’elle ne voulait pas. « Il me réveillait en me frappant et me disait de me déshabiller sinon, j’allais ramasser. Une fois il m’a tirée par les cheveux pour me forcer à lui faire une fellation en me disant de me dépêcher parce qu’il était pressé. » Elle concluait par « J’ai l’impression d’avoir été son jouet. » Sept ans après les faits on retrouve à la barre, Tevaihau, désormais âgé de 25 ans. Corpulence mince et arborant sur son crâne une crête décolorée jaune paille, il reconnaît les faits. « C’est pas des choses à faire » avoue-t-il. Il semble s’être repris et avoir évolué dans sa vision des femmes. Il semble ne plus être l’adolescent immature et capricieux aux traits psychopathiques décrit en 2019. Sa concubine actuelle est présente dans la salle d’audience, cela fait cinq ans qu’ils se fréquentent et ils ont deux enfants. « L’avenir pour lui, c’est la décision que vous prendrez. C’est un enjeu considérable, sa réinsertion » La procureure estimant que les violences habituelles étaient amplement caractérisées et les agressions sexuelles établies réclame une peine de 4 ans de prison dont 2 de sursis probatoire. « Le jeune homme devant vous n’est pas le même que celui qui sortait de son adolescence à 18 ans quand il se sentait tout-puissant » assure Me Smain Bennouar son avocat, « il est en train de se façonner ». Sur les réquisitions, il comprend « qu’il doit répondre de ses actes », mais,« je ne vois pas l’intérêt de le mettre en détention. » Pour l’avocat, une peine mixte serait préférable avec des obligations de travail, « quelque chose de constructif. L’avenir pour lui, c’est la décision que vous prendrez. C’est un enjeu considérable, sa réinsertion. » Après en avoir délibéré le tribunal a condamné Tevaihau à 5 ans de prison avec un sursis probatoire de trois ans, sursis durant lequel il devra exercer un travail ou une formation, suivre des soins et indemniser la victime. Il lui interdit de rentrer en contact avec la victime et devra lui verser 800 000 francs au titre des dommages-intérêts. Il sera aussi inscrit au FIJAISV, le fichier des délinquants sexuels.