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Cour d’assises : 12 ans de réclusion criminelle pour viols et violences sur mineure vulnérable

Après deux journées de procès le quadragénaire accusé de faits de viol et violences volontaires sur sa concubine, mineure à l’époque des faits et qualifiée de vulnérable, a été déclaré coupable par un jury composé de quatre hommes, deux femmes et trois magistrates. Il a été condamné à 12 ans de réclusion criminelle. Un procès lourd et étouffant, tant par les faits que la personnalité de la victime.

Sept heures et demie :  plusieurs personnes patientent devant les grilles du tribunal encore fermées. Parmi elles, Poerava*, vêtue comme la veille. Elle est venue seule, par ses propres moyens. « Tu sais s’il sera là Étienne ? », « Oui il sera là, c’est son procès… pour ce qu’il t’a fait. », « Je pourrais le voir avant ? » « Je ne sais pas, peut-être. »

Huit heures, une psychiatre est à la barre. Elle a rencontré Étienne* en juin 2024 à Nuutania. Son expertise est lapidaire : il se complaît comme victime. Pas de trouble psychotique. Il a une suspicion excessive, que l’on appelle la paranoïa du psychopathe. Une intelligence qu’elle qualifie de moyenne-basse, déficient intellectuel avec une intolérance à la frustration. Égocentrique, il a le mépris du droit d’autrui et une absence totale d’empathie. L’experte précise : « il n’y avait pas d’altération ou d’abolition du discernement au moment des faits. » Notant qu’il n’y avait pas de pronostic d’insertion favorable, elle assure « un suivi n’est pas opportun, il n’est pas nécessaire de prononcer une injonction de soins. » Interrogée sur la relation entre Étienne et Poerava, elle soupire : « deux personnes en carence de ressources cognitives, sans repères affectisf. Ils ne se sont pas trouvés pour rien. »

« Poerava, elle, aucune fée ne s’est penchée sur son berceau »

Me Da Silveira se lève. C’est elle qui a soutenu Poerava au fil des débats en compagnie du tuteur de l’adolescente. « Certains sont nés sous une bonne étoile, mais Poerava, elle, aucune fée ne s’est penchée sur son berceau. » Elle poursuit, « ce n’est pas parce que l’on est SDF que l’on n’a pas le droit à la justice. » Elle fixe l’accusé et hausse le ton, « il l’a maltraitée, violentée, violée…. Il lui a pris son humanité. Elle a un traitement lourd, des carences éducatives flagrantes et des difficultés liées à ses lourds problèmes psychiatriques.» Revenant sur l’enfance de Poerava, elle rappelle, « elle est issue d’une famille de dix enfants, sa mère ne s’est jamais vraiment occupé d’elle. La preuve, elle n’a même pas pris la peine de se déplacer pour l’assister au procès. »

« C’est la victime que personne n’écoute »

Estimant que l’instruction a été bâclée vu le nombre de faits de violences sexuelles dont a été victime Poerava, qui ne figurent pas dans le dossier, elle affirme : « c’est la victime que personne n’écoute. » Revenant sur les photos du visage tuméfié de Poerava, elle assure qu’en dix années d’expérience, « je n’en ai jamais vu de pareilles, un acharnement ! Les violences sont établies. » Sur le viol : « comble de l’humiliation, il faut être timbré, excusez-moi du terme, pour mettre ses doigts dans le vagin et lui enfoncer dans la bouche. » Dépitée, « ben oui, elle veut retourner avec Etienne, et je suis inquiète pour elle. Elle est en danger, elle ne peut pas rester dans la rue. » Le ton monte : « Elle mérite qu’on lui rende justice, elle n’a pas choisi d’être à la rue, sa mère défaillante aurait dû être poursuivie dans ce dossier. » Puis calmement, fixant les jurés, « On juge une personne qui a battu une mineure vulnérable, il était au courant de son âge et de sa vulnérabilité. Je vous demande de reconnaître la qualité de victime de Poerava. »

« Réduire les faits à la misère, cela ne convient pas. »

L’heure est à l’avocate générale dans sa toge rouge. Elle se lève afin de dominer son auditoire, et se lance dans un réquisitoire fleuve. Elle s’adresse tout d’abord aux jurés. « Pour ne pas permettre au plus fort de ne pas asservir le plus faible, des règles de vie doivent être respectées pour le bien de tous, que ce soit dans la rue, dans la famille, c’est la démocratie. » Elle martèle, « ce n’est pas le jugement de la misère, réduire les faits à la misère, cela ne convient pas. »

Elle insiste : « On est là pour juger la dangerosité d’un homme de 40 ans sur les faits qu’il a commis sur une mineure vulnérable. » Elle rappelle les faits qui « sont établis sans difficulté » notant qu’il « est incroyable que Poerava s’en soit sortie vivante. » Elle s’attarde sur le portrait psy de l’accusé, dressé par les experts, et conclut, « il n’est pas irresponsable. » Pour finir elle réclame contre l’accusé « une peine de 12 ans de prison assortie d’une période de sureté des deux tiers, et son inscription au fichier des délinquants sexuels. »

« Étienne et Poerava se sont trouvés, ils se sont compris, il se sont aimés »

Me Viviane Genot, avocate d’Étienne, sait qu’elle ne va pas avoir la tâche facile. Prenant le contrepied de l’avocate générale, elle affirme, « nous sommes dans un dossier de la précarité. » Paraphrasant l’experte psychiatre venue déposer à la barre dans la matinée, elle assure, « Étienne et Poerava se sont trouvés, ils se sont compris, il se sont aimés. » Elle revient sur l’enfance de l’accusé, « abandonné, marqué par les carences affectives et les violences et aussi par le suicide de son frère adoptif. »

« Il est handicapé », affirme-t-elle, « il est d’ailleurs placé sous curatelle et touche l’allocation de la cotorep. » Les violences étaient réciproques, mais elle estime que « leurs rapports sexuels étaient consentis. » Elle demande aux jurés « de prendre en considération » le casier judiciaire vierge d’Étienne. Pour l’avocate, ce n’est pas lui qui a pris l’humanité de Poerava, mais la mère de la jeune fille. Pour preuve de ce qu’elle avance elle cite Poerava qui avait déclaré lors d’une audition à la gendarmerie, que sa liaison avec l’accusé était « les meilleurs moments de sa vie. »

« Je ne plaide pas la légitime défense, il y a une disproportion physique entre les deux »

Sur le viol, elle estime, « qu’il n’avait pas l’intention de la violer » et demande de l’acquitter de ce chef d’accusation. Les violences : « elle s’emportait, le frappait sans raison. Je ne plaide pas la légitime défense, il y a une disproportion physique entre les deux. »

Puis face aux jurés, « voilà ce que vous avez à juger. Les coups portés par Étienne sur Poerava. Il a fait son mea culpa, vous le condamnerez de manière humaine. » Quant aux douze années de réclusion réclamées par l’avocate générale, elle fait un parallèle avec le procès de Mazan où les violeurs de Gisèle Pélicot ont été condamnés à des peines allant « de trois à 20 ans de prison pour le mari qui a donné sa femme en pâture. » Elle conclut « trois ans, Étienne ne mérite pas plus, avec un suivi socio-judiciaire et des soins psychiatriques si cela vous rassure. » Après près de trois heures, le verdict est tombé. Étienne a été condamné à douze ans de réclusion criminelle comme le demandait l’avocate générale, sans la période de sûreté mais avec interdiction de rentrer en contact avec la victime. Il a également une injonction de soins avec suivi socio-judiciaire de trois ans, et sera inscrit au fichier des auteurs d’infractions sexuelles.

 * Prénoms d’emprunt

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