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Des images d’autrefois reprennent vie grâce à l’IA dans un clip d’Aremistic

Le single There is a time, du chanteur Aremistic parle de l’ancien temps et de ce que la terre peut offrir, le tout sur des sonorités reggae. Des paroles qui résonnent avec ces anciennes images de la Polynésie dans le clip de la chanson. Un clip innovant car pour la première fois, l’intelligence artificielle a été utilisée pour animer chacune de ces photos des années 1940-1990. Des temps anciens qui reprennent vie sous nos yeux.

Le clip de There is a time, dernier single du chanteur Aremistic, laisse une drôle d’impression. On reconnait les vieilles photos de la Polynésie, des images prises entre les années 1940-1990, mais les personnes sur ces clichés s’animent. Ce pêcheur en noir et blanc esquisse un geste de la main, ces enfants jouent sur le port, les vieilles automobiles traversent la ville, dans un truck des gens patientent, des militants marchent dans la rue avec leur pancarte anti-nucléaire… Bref, les vieilles images prennent vie. C’est la première fois qu’une telle technologie est utilisée pour le clip d’une chanson polynésienne.

Samy Nine est à la manœuvre. Ce technicien audiovisuel travaille avec les artistes depuis une quinzaine d’années et il a déjà produit des clips pour Aremistic, notamment Atomi testing ou encore Better man. Le réalisateur suivait évidemment de près la sortie et les évolutions de l’intelligence artificielle et il collectionnait aussi, en amateur passionné, des images d’archives qui lui plaisaient. « L’IA commençait à proposer d’animer des photos, j’ai fait des tests. Et sur une année, j’ai collectionné des photos. Aremistic m’avait passé certaines de ses musiques, il s’est avéré qu’une de ses chansons correspondait aux images d’archives, elle parlait du temps passé, d’une époque révolue. On a commencé à faire ce clip, à assembler images d’archive après images d’archive, animées, pour en former une petite histoire. Et effectivement, c’est le premier clip fait intégralement avec IA en Polynésie », raconte-t-il.

Les photos ont été animées de manière subtile, un geste de la main, des têtes qui bougent, parfois ce sont carrément des danseurs qui dansent véritablement ou de manière presque imperceptible avec des colliers de fleurs qui s’agitent au vent. « Ce ne sont pas de grands mouvements mais ça bouge un peu », précise Samy Nine. « La complexité sur ce projet était que l’IA ne génère pas des choses erronées sur la Polynésie comme elle a peu de données sur cet espace. » Il fallait aussi faire des « prompts » particulièrement précis en devinant ce que l’IA serait capable de faire.

« Il y a certaines choses qui étaient trop compliquées. Avoir une danseuse qui fait un bon déhanché de ori Tahiti, ça ne va pas être possible, ce n’est pas dans la database de l’IA. Il faut faire un tri au niveau des photos, les traiter et après, c’est comme un travail de réalisation. Il faut expliquer son intention à l’IA, qui sort différents rendus qu’il faut ensuite trier. Il y a eu beaucoup de chutes. Sur la centaine de shots qu’on voit dans le clip, il y en a une centaine qui est partie à la poubelle, des choses qui ne fonctionnaient pas. »

Redonner vie à ces clichés pour rendre hommage aux photographes

À la fin du clip, Samy Nine a précisé que cette vidéo était un hommage aux photographes qui ont capturé la Polynésie pendant toutes ces années. Mais évidemment, la question des droits d’utilisation s’est posée. « Ce sont des photos qui ont été rendues publiques et la majorité ont passé les 70 années (une œuvre entre dans le domaine public 70 ans après la mort de son auteur, mais il existe des exceptions, ndlr). » Samy Nine a réussi à retrouver quelques photographes mais très peu sur la centaine de clichés qu’il a utilisé pour le clip. Il ne cache pas que la question des droits d’auteur n’est pas encore très claire avec l’intelligence artificielle. Une question éthique s’est aussi posée : que vont penser les personnes reconnaissant des proches sur ces photos ? Voir des personnes décédées être animées comme dans une vidéo peut être troublant.

Le réalisateur explique que son intention était « sincère » : redonner vie à ces photos comme un hommage. Mais si certains n’appréciaient pas cette démarche, il se tient prêt à retirer ce qui dérange. Aujourd’hui, il n’a reçu aucune remarque dans ce sens mais plutôt des remerciements de personnes qui ont vu leurs proches dans ce clip. « Finalement, j’aime les images d’archives car je suis curieux, j’aurais aimé voir ça en vrai. Quand j’entends mes parents, mes tantes, me parler du Tahiti d’antan, on se rend compte que ça a beaucoup changé. » Il voulait faire vivre la mémoire du passé grâce aux technologies d’aujourd’hui.

Les métiers de l’audiovisuel évoluent

Le réalisateur se passionne pour les nouvelles technologies et ne s’inquiète pas de voir son métier changer. « Il y a eu cette paranoïa quand les premiers rendus d’IA sont sortis, avec ce courant de pensée qui disait que les créateurs de contenus audiovisuels n’auront plus de travail, que c’est fini. C ‘est un fantasme qui nous est vendu par les gens de la tech qui fabriquent l’IA. In fine, je pense que notre travail va évoluer. Mais clairement, on a besoin de la réalité pour s’inspirer. On a besoin de la nature. On a besoin de l’humain, de vrais humains pour raconter des histoires. »

 

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