ACTUS LOCALESENVIRONNEMENT Eau gratuite dans les restaurants : six mois après, l’obligation mal appliquée Vaitiare Pereyre 2025-03-16 16 Mar 2025 Vaitiare Pereyre La mention obligatoire… rajoutée sur l’ardoise de ce restaurant après notre reportage. Depuis août dernier, les bars et restaurants du fenua sont tenus de proposer gratuitement de l’eau en carafe aux clients consommant sur place. La loi de réduction des produits plastiques et à usage unique impose même un affichage clair de cette possibilité, sur la carte, en salle ou en terrasse. Plus de six mois après son entrée en vigueur, cette obligation est peu respectée : les carafes sont certes fréquemment servies sur demande, mais les affichages sont rares dans la zone urbaine. Et les clients ignorent souvent qu’ils peuvent commander de l’eau gratuitement. Lire aussi: les bars et restaurants devront proposer de l’eau gratuitement… et en informer leurs clients La lutte contre les produits à usage unique est bien en marche. Depuis le mois d’août 2024, et le vote de la loi de réduction de l’utilisation des produits à usage unique, le Code de l’environnement impose aux établissements de restauration reliés à un réseau d’eau potable d’en fournir gratuitement à leurs clients. Une règle qui, d’après plusieurs restaurateurs était déjà appliquée depuis longtemps. « C’est un peu la base, c’est une question de logique. Un client qui veut un verre d’eau et qui consomme sur place, on lui en fournit », explique-t-on dans un établissement du front de mer à Papeete. Même discours de bonne volonté dans des restaurants de Punaauia ou des bars du centre-ville. Et pourtant, plusieurs gérants reconnaissent qu’il n’était pas inutile de graver dans le marbre cette obligation. « Cette loi va remettre un peu les pendules à l’heure et faire en sorte que l’on arrête d’imposer des choses aux gens. Je pense qu’un client, déjà il vient consommer chez toi, peut-être qu’il n’a pas forcément les moyens de payer 600 francs pour une bouteille d’eau. Peut-être qu’aussi, il ne veut pas consommer du plastique, parce que beaucoup de bouteilles d’eau sont en plastique, explique la gérante de la Petite maison, au Fare Tony. Il y a plein de démarches différentes et il faut se mettre à la place du client. On a envie qu’il revienne donc il faut s’en prendre soin ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/03/CARAFE-DEAU1.wav Défaut d’affichage généralisé Et pourtant, la loi entrée en vigueur il y a six mois n’est que très partiellement appliquée dans la zone urbaine. Car aucun des établissements visités ne respectent l’autre volet de la nouvelle réglementation : l’affichage visible de cette possibilité pour les clients. Cette obligation d’information vise à encourager davantage de consommateurs à demander de l’eau gratuite plutôt que d’acheter des bouteilles en plastique. Et seuls les établissements ne bénéficiant pas d’un réseau d’eau potable – qui doivent tout de même proposer de l’eau en bonbonne gratuite ou à prix coûtant – en sont exemptés. Interrogés sur cette absence d’affichage, plusieurs restaurateurs assurent qu’ils n’étaient tout simplement pas au courant de cette partie de la réglementation. “On n’a pas d’autre choix que de se mettre en règle. Ça va dans le sens de l’écologie et de la réduction du plastique, donc on va jouer le jeu. Évidemment, ça fait moins de ventes, mais quand un client nous demande une carafe d’eau, on lui en donne. C’est une habitude que nous avons depuis des années. S’il faut l’afficher, aucun souci, on va le faire dès aujourd’hui. On avait entendu parler de cette loi, et c’est plutôt bienvenu”, assure Dany Dana le patron de la pâtisserie et café Patachou. https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/03/CARAFE-DEAU-2.wav Le gérant s’est d’ailleurs exécuté dans la minute en inscrivant la mention « carafe d’eau à la demande » sur son ardoise. Pour ce dernier, ce qui compte réellement, c’est la rentabilité globale du restaurant : « Là où on gagne notre vie, clairement, c’est sur la transformation des produits, c’est la vente des plats. En général, on applique un coefficient de quatre à cinq sur un plat, alors que sur une bouteille d’eau, c’est à peine du deux. Ce n’est donc pas un poste qui change grand-chose à nos finances. » Une position que de nombreux autres restaurateurs ne partagent pas : certains ne pratiqueront l’affichage que lorsque les autorités viendront les y obliger. Ce qui risque d’arriver : la Diren a lancé une campagne d’information ces derniers jours sur les réseaux sociaux, à destination des professionnels mais aussi des clients pour qu’ils puissent faire valoir leur droit. La direction travaille aussi sur un affichage standardisé qu’elle proposera dans les mois à venir aux bars et restaurants. À noter que la loi prévoit des sanctions pouvant atteindre 1 500 000 francs pour les établissements ne se conformant pas à la règle.