ACTUS LOCALESÉCONOMIEENVIRONNEMENT Encore une question de fond sur le creusement de la passe de Papeete Maia Galot 2026-04-22 22 Avr 2026 Maia Galot ©Port autonome de papeete Après l’émoi du monde associatif, le débat sur l’approfondissement de la passe de Papeete s’invite à Tarahoi. Teremuura Kohumoetini Rurua va questionner jeudi le gouvernement sur sa capacité à « garantir que les mesures compensatoires seront dimensionnées à la hauteur réelle des impacts du chantier ». Plusieurs associations de protection de l’environnement s’étaient inquiété de lacunes dans l’étude d’impact commandée le port autonome en amont de ce chantier jugé indispensable au bon approvisionnement de la Polynésie par les cargos internationaux, de plus en plus imposants. L’établissement public a de son côté lancé un appel à projets à 60 millions de francs pour compenser les dégâts environnementaux. Mais « peut-on compenser correctement ce que l’on n’a pas pleinement évalué ? », interroge l’élue Tavini. Le projet de creusement de la passe de Papeete est discuté depuis de longues années, mais les débats s’intensifient à mesure qu’approche le chantier. L’objectif, pour le port autonome, est simple : gagner 1m50 de profondeur dans la passe, qui passera des 12m50 actuels à 14 mètres, pour permettre l’accueil de navires au tirant d’eau plus important en toute sécurité. Un « déroctage » nécessaire vu l’évolution de la flotte mondiale de porte-conteneurs, tirée par les objectifs de réduction des émissions de carbone et le développement du trafic. Les cargos deviennent plus gros et sans ajustement, le risque, déjà plusieurs fois évoqué par le port autonome ou les armateurs, est de voir ces navires éviter la Polynésie, obligeant à organiser des transbordements en Australie ou en Nouvelle-Zélande, puis un convoyage spécifique au fenua avec de plus petits navires, ce qui impacterait les prix à la consommation et fragiliserait les chaînes logistiques. Étude d’impact environnementale jugée incomplète Le Port autonome a donc depuis longtemps inscrit ce chantier – en plus de beaucoup d’autres, notamment la rénovation et l’approfondissement du quai au long cours – à son programme, et avance vers des travaux début 2027. Parmi les étapes importantes de la phase préparatoire, la mise à disposition du public, entre le 23 février et le 31 mars 2026, d’une Étude d’impact sur l’environnement (EIE). À la veille de sa clôture, six associations (la Fédération des associations de protection de l’environnement (Fape), l’antenne Pacifique du comité français de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), Tama no te Tairoto, Ocean Shiver, l’Observatoire des requins et raies de Polynésie et Fatu Fenua no Makatea) avaient co-signé un courrier destiné à la Direction de l’environnement (Diren) et au Port autonome et relayé par Tahiti Infos. Ce document indique plusieurs « points préoccupants » et établit une liste de préconisations. Les co-signataires soulignent notamment « un état initial jugé incomplet, une sous-estimation des impacts écologiques et une prise en compte insuffisante des continuités écologiques à l’échelle de la zone« . Ils préconisent pour y remédier de renforcer les connaissances scientifiques, de garantir un suivi environnemental indépendant et de long terme, de mettre en place des mesures strictes en phase chantier (arrêt en cas de présence d’espèces sensibles, dispositifs anti-impacts) mais aussi d’engager de véritables actions de restauration des écosystèmes (notamment des récifs coralliens), à la hauteur des dégradations envisagées. Un collectif d’associations préconise de travailler sur un « calendrier écologique » Le sujet d’un calendrier écologique, qui puisse minimiser l’impact environnemental (turbidité, nuisances sonores et vibratoires), en prenant en compte que la zone est un « corridor marin » et une « zone d’intérêt écologique majeur » pour de nombreuses espèces, dont certaines à risque, et une zone de reproduction pour plusieurs d’entre elles, est aussi au centre de ces préconisations, comme le détaille Clémentine Séguigne, présidente de l’association Ocean Shiver : « Donc nous, ce qu’on a voulu faire avec le consortium d’autres associations, tout simplement, c’était se réunir et discuter déjà des calendriers au niveau des impacts sur les espèces que l’on suit, de manière à se rendre compte de quelles étaient les phases critiques biologiquement parlant, pour essayer d’orienter le chantier sur une période qui serait potentiellement moins impactante pour les animaux qui peuplent la passe. » Sont concernés notamment les coraux Porites Rus, ceux plus en profondeur « octocoralliaires » comme les gorgones ou encore les requins nourrice fauve pour qui cette zone est un « oasis de biodiversité« . https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/04/PASSE-1-calendrier.wav Un appel d’offres pour définir l’ensemble des mesures compensatoires pour l’environnement En réponse, TNTV relayait le 16 avril la réponse du Port autonome, lequel proposait la mise en place d’un appel d’offres pour définir les mesures compensatoires à mettre en œuvre, avec la volonté d’associer la Fédération Te Ora Naho (Fape) à la définition des mesures de surveillance et de suivi des fonds marins. Une proposition bien accueillie par les associations environnementales, pour qui la mise en place d’une collaboration est essentielle, comme l’explique Clémentine Séguigne : « Je pense que le port a bien montré sa volonté de discuter avec les associations et parce qu’aujourd’hui je pense que le développement économique d’un endroit comme Tahiti est complètement indissociable de la protection de l’environnement. Donc c’est pour ça que moi je suis très contente de la façon dont les choses sont en train d’évoluer puisque ça montre qu’on peut travailler ensemble et qu’il n’est pas incompatible de parler d’écologie et d’économie. » https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/04/PASSE-2-economie-ecologie.wav Le budget alloué à ces mesures compensatoires pour l’environnement s’élève à 60 millions de Francs. « C’est le principe des associations, on est là pour préserver l’environnement et pour faire des actions concrètes, sans nécessairement générer du profit. C’est exactement ce que l’on peut faire avec ce type de budget » ajoute la présidente de l’association pour la Recherche sur les Écosystèmes Mésophotiques et Profonds. « Compenser ne doit pas devenir un alibi » Mais ce budget est-il réellement suffisant ? C’est la question qui sera posée ce jeudi au gouvernement par l’élue du groupe Tavini Teremuura Kohumoetini Rurua, engagée sur les questions environnementales. « Pouvez-vous nous garantir que les mesures compensatoires prévues dans le cadre du projet de creusement de la passe de Pape’ete seront dimensionnées à la hauteur réelle des impacts du chantier et non simplement calibrées par une enveloppe budgétaire ?« . Son interrogation repose sur une « question fondamentale » – « peut-on compenser correctement ce que l’on n’a pas pleinement évalué ? » – et du postulat que « compenser ne doit pas devenir un alibi. Compenser, c ’est réparer. Et réparer exige d ’abord de comprendre. » Selon les informations initiales sur le projet, les travaux ont été estimés à environ 2 milliards de Francs et seront financés intégralement par le Port autonome. Ils pourraient débuter début 2027, pour une durée d’un an.