ACTUS LOCALESCULTUREÉCONOMIE Evrard Chaussoy plaide pour la défiscalisation des œuvres d’art Nanihi Laroche 2025-09-08 08 Sep 2025 Nanihi Laroche Evrard Chaussoy, peintre et sculpteur de Raiatea, se mobilise pour faire évoluer la condition et les revenus des artistes polynésiens. Il plaide pour une défiscalisation des œuvres d’art, afin de dynamiser le marché local, et milite en parallèle pour l’application du droit de suite qui permet aux héritiers de toucher une part du montant des ventes, encore trop peu respecté au fenua. Evrard Chaussoy, peintre et sculpteur originaire de Raiatea, poursuit son engagement en faveur des artistes du fenua. Cette fois, il plaide pour une défiscalisation des œuvres d’art en Polynésie française — un dispositif fiscal qui permettrait aux entreprises d’investir plus facilement dans l’art local, à l’image des mécanismes déjà existants pour les véhicules ou équipements professionnels. « En Polynésie, on défiscalise des véhicules, on défiscalise des machines pour les entreprises, mais les œuvres d’art, ça n’existe pas encore. J’en ai parlé au président, au ministre de l’Économie, au ministre de la Culture. Pour le moment, ils me disent être intéressés, mais j’essaie d’en parler un peu plus et de faire bouger les choses, parce que si ça pouvait se mettre en place, ça pourrait, je pense, servir la cause artistique et développer le secteur», explique l’artiste originaire de Raiatea. https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/09/EVRARD1-defisc.wav Une tournée politique pour défendre le projet L’artiste polynésien, bien connu pour ses engagements, a multiplié les démarches. Outre le président du Pays et ses ministres, il dit avoir exposé son idée à plusieurs parlementaires polynésiens, dont Mereana Reid-Arbelot et Teva Rohfritsch. Tous se seraient montrés favorables au principe. Il espère désormais avoir un rendez-vous avec la présidente du Cesec pour lui présenter ce projet. Son objectif est clair : grâce aux allègements fiscaux, inciter les entreprises à acheter des œuvres pour rendre le marché de l’art plus dynamique et offrir de nouvelles opportunités économiques aux artistes du fenua. Le droit de suite, toujours peu appliqué En parallèle de ce combat fiscal, Evrard Chaussoy s’est également saisi d’un autre dossier important : le droit de suite. Ce mécanisme, prévu par la loi française, permet à un artiste – ou à ses héritiers jusqu’à 70 ans après sa mort – de percevoir un pourcentage sur la revente d’une œuvre, à condition qu’elle soit cédée par un professionnel (galerie, commissaire-priseur…). Ce droit, pourtant inscrit dans la loi, reste peu ou pas appliqué en Polynésie, souvent par méconnaissance. « C’est-à-dire, je vends une œuvre à quelqu’un, et puis trois, quatre ans après, cette personne revend mon œuvre à quelqu’un d’autre, en passant par un galeriste ou n’importe quel professionnel. Eh bien, l’artiste peut toucher un pourcentage, explique le peintre. Donc, il varie selon plein de secteurs, mais en gros, on peut compter à peu près 4 % sur le prix hors taxe de la vente. » https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/09/EVRARD2-droit-de-suite.wav Une première victoire Une mobilisation qui a déjà commencé à porter ses fruits, car deux galeries du fenua ont accepté d’appliquer le droit de suite, après l’intervention de l’avocat, Me Léo Peuillot, spécialisé en propriété intellectuelle. Celui-ci rappelle dans un échange avec nos confrères de TNTV que ce droit s’applique à toute revente d’une œuvre au-dessus de 80 000 francs : « Pour chaque prix de vente, il y a un pourcentage. Il y a des paliers. Donc, plus on vend cher, plus le droit de suite augmente. » Pour Evrard Chaussoy, cette avancée doit ouvrir la voie : « J’aimerais que ça devienne un automatisme, et que plus tard, les artistes n’aient plus besoin de batailler pour obtenir ce droit. Parce que c’est dans la loi. » Un enjeu aussi pour les héritiers L’artiste prend l’exemple de Bobby Holcomb, figure artistique majeure du fenua et déclare : « Alors, quand une œuvre de Bobby, aujourd’hui, est revendue 2 millions, si on devait penser au 4 %, ça ferait 80 000 francs. Donc, quand quelqu’un vend un tableau de Bobby à 2 millions, que les héritiers de Bobby touchent 80 000 francs sur cette vente, je trouve que c’est mérité et que c’est pas énorme. » https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/08/EVRARD2-bobby.wav Au-delà de la question symbolique, le droit de suite représente un enjeu économique réel, notamment pour les familles d’artistes dont la notoriété posthume fait grimper la valeur des œuvres.