ACTUS LOCALESCULTURESOCIÉTÉ Fenua Original : un label contre les ‘ete made in China Lucie Rabreaud 2025-04-09 09 Avr 2025 Lucie Rabreaud Deux paniers, un étranger et un local, achetés tous les deux sur le marché de Papeete. Pas facile de faire la différence… le panier importé est plus jaune et brillant (à g.) Le Service de l’artisanat traditionnel veut protéger la création locale et surtout la défendre face aux produits arrivant d’Asie. Un label, Fenua Original, a été créé pour bien faire la différence entre tous ces produits et permettre aux acheteurs de ne pas se faire avoir. Il s’agit maintenant de le faire connaitre et de convaincre les artisans de le demander. Des souvenirs de Tahiti qui viennent d’Asie, ce n’est pas nouveau mais l’arrivée sur les marchés de paniers en pae’ore ressemblant trait pour trait, ou plutôt fibre pour fibre, à des paniers locaux, c’est un peu plus récent. Et très embêtant. Touristes et résidents, croyant acheter un beau panier local, se retrouvent avec ce qui n’est en fait qu’un produit made in China. Une différence éthique de taille et une différence financière aussi. Le coût d’un panier acheté en Asie n’a rien à voir avec son prix ici, même s’il est difficile de donner des chiffres exacts. Et puis un clic pour les importer prend certainement moins de temps que cultiver le pandanus, le récolter, le mettre à sécher, le préparer, le mettre en rouleau et enfin le tresser. Importer des produits artisanaux, c’est autorisé : les sculptures en bois ou en pierre, notamment les reproductions de tiki, sont nombreuses dans les curios. Alors, pourquoi pas des paniers asiatiques, mais s’ils sont présentés comme produits localement, c’est un problème. Des logiques commerciales qui mettent l’équilibre de l’artisanat en danger et qui a poussé le service en charge du secteur à créer un label spécifique pour distinguer ce qui est d’ici de ce qui est d’ailleurs : Fenua Original. « L’objectif de ce label est d’accompagner les artisans par rapport aux problématiques de contrefaçon. Il y a beaucoup de copies qui rentrent ici en Polynésie, des choses qui viennent d’Asie, etc. Comment peut-on aider l’acheteur à savoir ce qu’il va acheter ? Ce label, c’est la preuve d’une création authentique, faite par des artisans traditionnels agréés, en Polynésie, avec des matières locales, des motifs inspirés du patrimoine, etc », explique la chef de service de l’artisanat traditionnel, Vaiana Giraud. https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/04/ARTISANAT-LABEL-–-objectif.wav Un label qui prendra du temps à se faire connaitre Tous les produits peuvent être labellisés : bijoux, paniers, chapeaux, gravures… Ce label Fenua Original est une marque collective qui a été déposée à l’INPI, précise Vaiana Giraud. « Et comme toute marque collective, elle a un règlement d’usage. L’artisan s’engage notamment à avoir une démarche éco-responsable et à suivre une dynamique positive et respectueuse dans sa pratique professionnelle. » Pour obtenir ce label, les artisans doivent posséder leur carte professionnelle, celle d’artisan traditionnel de Polynésie française, Rima’ī mā’ohi, ou d’artisan expert, ’Ihi rima’ī mā’ohi. Il suffit ensuite de déposer un dossier qui est instruit par les services de l’artisanat, voire présenté en commission consultative de l’artisanat traditionnel, s’il y a des difficultés ou des doutes. Lancé fin 2023, le label peine à convaincre les artisans. Une trentaine seulement ont des produits labellisés aujourd’hui. Mais l’idée du service de l’artisanat est bien de le développer. Une communication plus large est d’ailleurs prévue prochainement avec des campagnes auprès des professionnels mais aussi auprès du grand public : « Si les gens cherchent le label, ça invitera aussi davantage d’artisans à le demander. » Ce sont d’ailleurs les artisans eux-mêmes qui ont fait remonter le problème de ces produits arrivant d’Asie et vendus sans informer les clients de leur provenance, explique Vaiana Giraud, qui sait également que comme toute marque qui se lance, le label prendra un certain temps à se faire connaitre. https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/04/ARTISANAT-LABEL-prendra-du-temps.wav Donner une définition exacte des produits artisanaux Voir toutes ces copies sur le marché artisanal est révélateur du succès des produits polynésiens pour Vaiana Giraud : « Le savoir-faire des artisans traditionnels est tellement remarquable que ça vaut le coup d’en faire des copies et de les envoyer à Tahiti parce que ces produits sont recherchés et ils vont forcément être vendus » mais c’est aussi un danger pour les savoir-faire traditionnels alors que cette authenticité est recherchée par les clients. Et c’est bien ce que les artisans souhaitent voir protéger : leur originalité. L’idée du service de l’artisanat traditionnel n’est pas de supprimer tous ces produits qui arrivent d’ailleurs mais bien de dire haut et fort qu’ils arrivent d’ailleurs. Et puis un travail de fond a également débuté sur la définition exacte des produits de l’artisanat : « Nous sommes en train de modifier nos textes pour préciser les processus de fabrication et l’identification des principaux objets d’artisanat. Aujourd’hui, ces définitions n’existent pas. Qu’est-ce que c’est un tapa ? Du pae’ore ? Du niau blanc ? Tant que ce n’est pas défini, ça laisse la porte ouverte pour tout et n’importe quoi, pour vendre des choses en disant que c’est du tapa alors que ça n’en est pas. »