ACTUS LOCALESPOLITIQUE « Il y a des gens de gauche, et d’autres qui sont de gauche quand ça les arrange » Charlie Réné 2026-05-04 04 Mai 2026 Charlie Réné Moetai Brotherson n’a pas l’intention de démissionner, ni de baisser les armes sur la réforme du RNS. Son abrogation aboutira selon lui à des « remboursement de prestations » des petits entrepreneurs et des rattrapages de cotisations pour les « grands propriétaires ». Le président du Pays accuse les partisans de ce demi-tour, et notamment Tony Géros de s’opposer « encore une fois » aux mesures de rééquilibrage. Toujours pas exclu du Tavini, le futur président de A fano tià, mouvement qui doit être lancé en juin, estime que le parti bleu ciel tel qu’il a connu « n’existe plus aujourd’hui ». Entre autres à cause des « bénis-oui-oui » qui brossent Oscar Temaru « dans le sens du poil ». « Aujourd’hui quel que soit l’exécutif, il n’aura pas de majorité ». Invité de la rédaction ce lundi, Moetai Brotherson répète, malgré son engagement passé à rendre son siège si le Tavini le lui demandait, qu’il ne compte pas démissionner. « Que ce soit un exécutif Tapura avec 17 personnes, un exécutif Tony Géros avec 22 personnes, il n’y a pas de majorité, pointe-t-il. Donc il faut être capable effectivement de dialoguer, de concerter, ce qu’on n’a pas été capable de faire Tony dans le groupe Tavini à l’Assemblée. Je suis à peu près persuadé qu’il n’aura pas plus de talent pour le faire au sein d’un exécutif ». Le fait est, pourtant, que son gouvernement aura du mal à faire passer ses prochains projets de loi, voire ses collectifs ou son budget. Le retrait forcé du texte portant les titres Tama’a Maitai et celui qui instaurait une Aide au paiement des loyers l’ont montré. Le passage en commission, jeudi, de la proposition d’abrogation du RNS, qui a bénéficié d’un avis favorable en commission du Cesec, ne fera que le confirmer. Mais sur ce dossier plus que sur tout autre, le président du Pays semble déterminé à ferrailler. Des « rattrapages » de cotisation après l’abrogation Comme il l’a fait devant les partenaires sociaux le 1er mai, Moetai Brotherson a ainsi défendu un « texte juste, au bénéfice des petits entrepreneurs » ou des patentés à faibles revenus, aujourd’hui au RSPF sans indemnités maladies ou congé maternité. Hors de question de suspendre l’application de la réforme, malgré sa mort annoncée, après vote, recours et promulgation, d’ici la fin de l’année. « Nous on estime que c’est un bon texte, martèle le président. Maintenant, ceux qui voteront l’abrogation vont devoir aller l’expliquer à 24 000 ressortissants pourquoi, au lendemain de l’abrogation, ils n’auront plus de droits et devront rembourser des prestations qu’ils auront perdues. Ils devront expliquer à ceux qu’ils essaient de défendre, les grands propriétaires et ceux qui gagnent des millions en dividendes pourquoi ils devront cotiser au premier franc et non plus au-dessus des planchers que nous avons fixés. Et aux petits RNS, pourquoi en dessous de 120 000 francs, ils devront quand même cotiser”. https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/05/MOETAI-TAVINI-RNS-1.wav Car à l’entendre, le retour à l’état antérieur, celui de la loi de 2022 jamais appliqué par le gouvernement et par la CPS, mais qui posait déjà le principe de la fin de la primauté du RGS, et donc de la cotisation sur l’ensemble des revenus, aboutira à des « rattrapages » sur des cotisations non payées. Une prédiction déjà faite devant les partenaires sociaux, et qui ont été pris comme un « avertissement » par les uns, et comme une « menace » par les autres. « Autour d’Oscar Temaru, au contraire, il y a des bénis-oui-oui » Moetai Brotherson ne décolère donc pas de voir se profiler l’abrogation de ce texte, qui va dans le sens du « rééquilibrage » prôné depuis le début de la mandature. « D‘aucuns voudraient qu’on vienne retirer du périmètre d’application de la réforme du RNS les revenus qui sont issus du patrimoine, explique-t-il. Nous, nous estimons qu’au contraire, il faut les intégrer. C’est une mesure d’équité et de justice sociale. C’est une vision politique. Maintenant, s’il y en a qui sont des ultra-libéraux de droite, ils l’assument ». Si c’est surtout du côté patronal, et de la CPME en particulier, que l’on trouve les voix les plus vives pour limiter le champ des cotisations aux revenus du travail, le président du Pays rappelle qu’en 2023, un texte fiscal présenté par Tevaiti Pomare avait été « retoqué » du « fait de l’action de Tony Géros ». « C’était déjà sur la fiscalisation du patrimoine. Il y a des gens qui sont de gauche, et puis il y a des gens qui sont de gauche quand ça les arrange ». Ça n’est pas la première fois que le ton monte, ces derniers jours, entre le président du Pays et celui de l’assemblée. La semaine dernière, Moetai Brotherson avait dénoncé, au micro de Tahiti Infos, le « kidnapping du Tavini Huiraatira par un certain nombre d’apparatchiks qui gravitent autour d’Oscar Temaru » dont certaines paroles de « sagesse » de ne seraient pas entendues. Des propos qu’il « maintient », même si la ligne qu’il reproche au Tavini – la tentation de la déclaration unilatérale d’indépendance plutôt qu’un référendum démocratique, et l’exploitation des fonds marins au risque de « saccage » environnemental – est non seulement ancienne, mais surtout largement développée par Oscar Temaru lui-même. Le président du parti, s’il a plusieurs fois appelé à la « réconciliation » entre les différentes sensibilités indépendantistes, n’a tout de même pas mâché ses mots sur le positionnement de son gendre et de A fano tià sur la souveraineté « préparée » économiquement. Une « voie sans issue », « démagogique », dit-il, et qui s’inscrit selon lui dans la lignée de Gaston Flosse ou de Francis Sandford plus que dans celle du Tavini. « Ce que je veux dire c’est que de 2017 à 2022, il y avait autour d’Oscar Temaru des personnes qui étaient capables de lui dire non, qui étaient capables de lui dire, ‘ce n’est peut-être pas la bonne voie’, explique aujourd’hui Moetai Brotherson. Aujourd’hui, autour d’Oscar Temaru, au contraire, il y a des bénis-oui-oui, des gens qui ne font que le brosser dans le sens du poil, et qui ne font qu’accentuer, finalement, certaines tendances qu’il peut avoir ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/05/MOEtAI-TAVINI1.wav A fano tià lancé en juin, Moetai Brotherson président Le parti dans lequel Moetai Brotherson a « commencé sa carrière politique » (il a été conseiller auprès de gouvernement indépendantiste à partir de 2004, mais n’a adhéré qu’en 2013) « aujourd’hui n’existe plus », dit-il. D’où la scission – tout de même attribuée aux « décisions incohérentes » et aux « frustrations pas gérées en interne » – du groupe bleu ciel. Et d’où la création prochaine du parti A fano tià, qui bien être formalisée en juin. La forme de ce lancement est encore en discussion – « Il y en a qui disent grand mariage, grand divorce, on n’a pas besoin de faire des grands congrès, je vois que les gens sont un peu fiu de ces grands trucs-là » – mais les statuts sont « quasiment rédigés ». « Il faut les faire examiner de manière collégiale, pour que tout le monde soit d’accord, pour éviter justement certains défauts des statuts des partis existants, précise le président du Pays. On est très attaché aux notions de démocratie, aux notions de collégialité,on ne veut pas avoir des présidents à vie, on ne veut pas avoir des choses comme ça ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/05/MOETAI-TAVINI-3-president-moi-mmeme.wav Quant à la question du leadership, elle « semble réglée » : « En tout cas la plupart des personnes que je peux rencontrer à ce jour, que ce soit au sein du groupe A fano tià, l’APF, ou que ce soit sur le terrain, les gens qui viennent me voir, semblent unanimes pour dire qu’ils veulent que le président de ce parti soit moi-même ».