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Jet-ski, 4×4, chirurgie esthétique et crypto à Dubai… Le blanchisseur menait grand train

Quatre personnes comparaissaient ce mardi devant le tribunal correctionnel pour le blanchiment de 76 millions de francs, que la justice soupçonne de provenir d’un trafic d’ice et de cocaïne. Voitures, jet ski, achat d’un car wash et d’un barber shop à Tahiti, jusqu’à des opérations de chirurgie esthétique dans une clinique de la place, là aussi payées en liquide. Sept millions de francs ont aussi été changés à Dubai contre des cryptomonnaies. Les entreprises qui ont fermé les yeux sur ces versements en cash n’ont pas fait l’objet de poursuites, alors que le procureur général de la cour d’appel en avait fait, en octobre 2025, l’une de ses priorités.

Les faits ont été révélés suite à une enquête de la section de recherche de la gendarmerie qui s’intéressait aux activités de deux femmes soupçonnées de blanchiment d’argent. Lors de cette enquête est apparu le nom d’un homme, leur client principal, Mahonry H., un trentenaire sans activité, mais avec un train de vie dispendieux. Les enquêteurs se sont donc focalisés sur lui. Suite à diverses perquisitions, ils ont mis la main sur plusieurs véhicules : Jeep, Dodge Ram, motos, quatre jet ski, mais aussi 900 000 francs en liquide dans une chambre d’hôtel et neuf millions au domicile de sa concubine ainsi que sept montres en or. 268 grammes d’ice et 12 grammes de cocaïne ont été aussi saisis. De nombreux séjours à Bora dans des hôtels de luxe étaient aussi relevés. Les enquêteurs estiment l’argent blanchi à un montant de 76 millions de francs. Et cela dans un laps de temps assez court. En deux ans. Il a investi aussi dans un car wash, un barber shop et une roulotte à Papeete. « Des lessiveuses à argent » relèvera la procureure.

À noter que toutes ces acquisitions, comme les réservations d’hôtel et les voyages, n’étaient pas faites à son nom mais à celui de tiers, parfois sous le nom de ses complices, présents dans la salle, parfois sous le nom d’autres personnes qui n’étaient au courant de rien.

« Vous aviez tellement d’argent que vous ne saviez pas quoi en faire »

Dans le box, l’accusé au casier judiciaire vierge, reconnaît les faits de blanchiment mais pas le trafic de drogue. « Je consomme des stupéfiants, et la drogue c’était pour passer les fêtes de fin d’année. » « Et l’argent d’où provient t-il ? » interroge le juge, « des combats de coqs et du kikiri» assure l’accusé. « Vous êtes particulièrement chanceux, vous avez défié les lois de la statistique » note le magistrat ironique, « j’ai perdu pas mal aussi » se défend Mahonry. La procureure intervient, « vous aviez tellement d’argent que vous ne saviez pas quoi en faire » Pour preuve, elle assène « on a retrouvé chez vous des factures de chirurgies esthétiques, des prothèses mammaires pour votre concubine pour 618 000 francs et pour vous une opération facturée à 300 000 francs ». Elle enfonce le clou, « et je suis sympa, je ne parle pas du but de votre intervention ». Dans la salle on a compris. Elle requiert contre celui qu’elle considère comme « à la tête d’un système de blanchiment, au niveau de vie qui a explosé » une peine de six ans de prison.

Pour son avocat, « six ans de prison, c’est plus que ce que Sarkozy a pris pour son pacte de corruption, il faut savoir raison garder » affirme-t-il à l’intention de la procureure. Avançant que son client est un primo-délinquant, il demande un quantum plus juste et aussi que les charges d’offre et cession de stupéfiants soit abandonnées. « Je ne conteste pas le transport et la possession », précise le conseiller. Après délibération, Mahonry H. a été condamné à 5 ans de prison ferme. Il devrait de nouveau comparaître devant le tribunal correctionnel en juin et septembre 2026, pour des affaires de trafic de stupéfiants et, de nouveau, de blanchiment d’argent.

 « C’est lui qui a payé le pas de porte du barber shop et qui lui sert de prête nom »

Autre accusé, Laurent S. C’est lui qui a acheté les quatre jet-ski pour un montant d’environ 12 millions avec l’argent de Mahonry et aussi qui lui a cédé son car wash à titre gracieux. Il lui servait de prête nom. Il recevait de l’argent sur son compte qu’il reversait à Mahonry via un compte Revolut. Devant le juge, le quarantenaire déjà condamné pour du trafic de stupéfiants, nie les faits de blanchiment, reconnaissant toutefois l’acquisition des jet-skis pour le compte de Mahonry.

Ses compte bancaires ont révélé des mouvements d’argent à hauteur de 27 millions. « Un facilitateur » dira de lui la procureure, « c’est lui qui a payé le pas de porte du barber shop et qui lui sert de prête nom pour l’acquisition des voitures ». Elle requiert à son encontre trois ans de prison. Son avocat estime de son coté que le seul tort de son client c’est d’avoir mis à son nom les jet skis achetés par Mahonry et d’avoir cédé le bail du car wash, « d’avoir laissé le vers entrer dans le fruit ». Il demande une peine de 18 mois. Laurent S. a été condamné à 3 ans de prison avec mandat de dépôt.

« Un grand naïf à la limite de l’intelligence raisonnable »

Akimana T, ami d’enfance de Mahonry est son homme de confiance et à tout faire. C’est lui qui  succédera à Laurent S. comme gérant du car wash. C’est lui aussi qui ira à Dubai avec sept millions en liquide pour les échanger contre des crypto monnaies. Un épisode assez cocasse puisqu’arrivé à Dubai on lui fait comprendre qu’il n’est pas possible d’échanger des Francs pacifique contre de la monnaie virtuelle, par contre en dollars pas de problème. Le voilà donc reparti sur Los Angeles où il change l’argent, puis retour à Dubai. Sa récompense ? « Le voyage tous frais payés » avoue-t-il benoîtement au juge. Une peine de deux ans de prison est réclamée à son encontre.

Une peine que son avocat va tenter de négocier à la baisse en argumentant que son client « est un grand naïf, à la limite de l’intelligence raisonnable » et qu’il « a été impressionné par l’aisance et le train de vie de son copain d’école ». Ajoutant que son rôle est celui de « l’idiot utile », il demande une condamnation assortie entièrement d’un sursis. Akimana T. a été condamné à trente mois de prison dont 18 avec sursis avec mandat de dépôt.

«Elle a voulu profiter du train de vie de son compagnon sans trop poser de questions »

Dernière personne à se présenter à la barre, Jade T. 23 ans. La compagne de Mahonry à l’époque des faits. Interrogée sur la provenance des 9 millions en liquide retrouvés à son domicile, ainsi que des sept montres en or, elle, assure avec un brin d’insolence « c’est l’argent qu’il a gagné aux combats de coqs et au kikiri. Il y allait trois fois par semaine.» Interrogée sur plusieurs voyages à Bali, en classe affaires, là aussi, « c’est une copine qui m’a payé les voyages » idem pour plusieurs week-ends à Bora dans des hôtels de luxe.

La procureure réclamera contre elle,18 mois de prison, arguant que c’est elle qui s’occupait des comptes de la roulotte, « une lessiveuse » et qu’elle mettait à disposition de son compagnon, son compte bancaire. Un rôle trop grand pour elle assure son avocat qui plaide que la jeune femme n’avait que 18 ans au moment des faits et qu’elle a voulu « profiter du train de vie de son compagnon sans trop poser de questions. » Il demande la relaxe au bénéfice du doute. Elle a été condamnée à deux ans de prison dont un an de sursis.

 

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