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Journée sans tabac : « On se donne plus de chances d’arrêter en se faisant accompagner »


Ce samedi marque la Journée mondiale sans tabac. Alors que le Pays s’apprête à imposer le paquet neutre, interdire les « puff » ou les arômes fantaisie, restreindre les zones fumeurs ou rembourser les substituts nicotiniques, la Direction de la Santé veut aussi proposer davantage d’accompagnement, pour ceux, parmi les 70 000 fumeurs du fenua, qui ont envie d’arrêter. La référente addiction Nathalie Derycke veut « déconstruire les croyances » sur la difficulté du sevrage, et insiste, pour « casser les rituels » et la dépendance, sur l’intérêt des consultations, dont certaines sont gratuites, et du site Aita-tabac.pf qui permet d’évaluer son addiction et poser des questions à des spécialistes.

70 000. C’est la dernière estimation, réalisée en 2022 pour la Direction de la Santé, du nombre de fumeurs réguliers ou occasionnels au fenua. Un chiffre qui n’augmente plus, mais ne baisse pas, malgré les nombreuses campagnes ou les augmentations de prix de ces dernières années. Les « freins au sevrage » sont toujours aussi importants, mais les autorités sanitaires sont bien décidées à insister. Et veulent notamment profiter de la Journée mondiale sans tabac, marquée ce samedi 31 mai, pour communiquer. Objectif : a minima, faire ranger aux fumeurs leur paquet, vapoteuse ou tabac à rouler le temps d’une journée, et au passage les orienter vers des moyens d’accompagnement pour arrêter définitivement.

Casser les « rituels » et les « stimuli »

Car « se faire accompagner par un professionnel », c’est un gage de réussite dans ce défi si souvent avorté de vaincre la dépendance. « On peut tout à fait envisager d’arrêter seul, et il y en a qui y arrivent, précise Nathalie Derycke, la référente addiction de la Direction de la Santé. Mais on se donne plus de chances si on arrête en se faisant accompagner par des professionnels. Dans cet accompagnement, il peut y avoir des substituts nicotiniques qui sont proposés pour adoucir, rendre moins difficile le sevrage au tabac ». 

On parle des patchs, des pastilles, des chewing-gum, conçus pour pallier à la dépendance à la nicotine. « Il n’y a pas que ça, mais ça peut aider », reprend la tabacologue, qui note que beaucoup de consommateurs souhaitent, au fond, arrêter, mais refusent l’obstacle par crainte de la difficulté, des effets sur leur nervosité, leur poids, leur entourage… « Il faut déconstruire ces croyances. Beaucoup de personnes pensent qu’elles ne vont pas y arriver, mais si on les accompagne, si on travaille sur leurs rituels de consommation, ça peut se faire rapidement, insiste Nathalie Derycke. Les fumeurs se construisent généralement des petites habitudes : à la sortie des cours, à la pause au travail, dans la voiture… Tous ces petits moments où ils vont sortir leur paquet, ils vont construire des stimuli, qui sont généralement très ancrés. Mais on peut les casser petit à petit, c’est ce qu’on appelle le déconditionnement. Les substituts peuvent aider ».

Évaluer son addictions en ligne

Les substituts nicotiniques ne sont aujourd’hui pas remboursés par la CPS. Ils devraient l’être, au moins en partie, aux termes d’un projet de loi du Pays qui vient d’être validé par le Cesec et, avec quelques recommandations, par l’Autorité polynésienne de la Concurrence. Et qui est désormais en route vers l’assemblée (voir encadré ci-dessous). En attendant qu’il soit voté et appliqué, beaucoup de professionnels de santé, médecins ou infirmiers dans les cabinets privés ou les dispensaires, sont formés pour faire du conseil et de l’accompagnement en matière d’addiction, comme le précise la Direction de la Santé.

Il y a surtout les spécialistes du CPSA, le Centre de prévention et de soin des addictions, qui prennent en charge le sevrage du tabac « comme celui de toutes les autres drogues », et de façon gratuite. Le premier pas, ça peut aussi être ce site créé spécialement par le Pays en 2022, justement à l’occasion d’une journée sans tabac : aita-tabac.pf. Un portail qui permet, en quelques clics, de calculer son degré d’addiction et de se renseigner sur les meilleurs parcours pour arrêter. « Sur ce site, il y a des informations et des tests qui vont pouvoir expliquer aux fumeurs où ils en sont dans leur dépendance à la nicotine. Est ce qu’elle est forte, moyenne, faible… En fonction de ces tests, le spécialiste tabacologue va accompagner le fumeur avec des substituts ou pas, reprend Nathalie Derycke. S’il y a une très faible dépendance nicotinique, il y a pas besoin forcément de substituts ».

La spécialiste précise que la cigarette électronique n’est utilisée qu’en « dernier recours » dans les stratégies de sevrage. Les vapoteuse présentent l’intérêt d’être moins nocives que les cigarettes – même si leur impact sanitaire, encore mal connu, est quoiqu’il arrive négatif -, de permettre d’ajuster la dose de nicotine et de conserver, un temps, le « geste » du fumeur. Mais « passer à la cigarette électronique, ça n’est pas arrêter de fumer, c’est fumer d’une autre manière », dit-elle. « Ça peut être une alternative pour certaines personnes, notamment des gros fumeurs qui vont conserver le geste un moment, mais ça n’est pas une solution ». À noter qu’après cette journée, les fumeurs pourront tenter le mois sans tabac. Ce sera en septembre au fenua.

Paquet neutre, arômes interdits, remboursement des patchs… Que prévoit la nouvelle loi tabac ?

Annoncée depuis de longs mois par le gouvernement, le projet de loi du Pays sur la lutte contre le tabagisme, validé par le Cesec et l’Autorité de la concurrence, va être étudié et mis aux votes à Tarahoi dans les semaines à venir. Il prévoit d’abord d’inclure les produits du vapotage dans la réglementation générale du tabac. Et donc les soumettre à des restrictions de vente et de publicités que le texte va renforcer. Le projet prévoit notamment, en plus des licences de vente, qui devront donc être étendues au « vape shop », une interdiction de la vente en libre-service et même de l’exposition en caisse de tous les produits liés au tabac. En plus des paquets de cigarette, feuilles et liquides en tout genre, le Cesec recommande d’y ajouter les pipes à fumer, très utilisées pour le paka.

Le projet de loi prévoit aussi, avant 2029, un « paquet neutre », sans logo, couleurs de marque ou typographie spécifique pour les produits du tabac, qui seront à la place décorés par des avertissements sanitaires plus visibles. Ou un encadrement plus strict des zones fumeurs et des zones de vente autorisées. Côté vapotage, des limites plus strictes seront imposées sur les dosage de nicotine, l’information sur ces concentrations ou sur les additifs devra être plus claire, les « puff » à usage unique seront interdites de même que les arômes jugés « attractifs pour les jeunes ». Fini les liquide arôme barbe à papa, chewing-gum ou pop-corn, ne resteront en vente que les arômes tabac, menthe, menthol et ceux qui correspondent à un « fruit unique ».

Le gouvernement prévoit aussi, côté lutte contre l’addiction, la prise en charge par la CPS de certains substituts nicotiniques, qui devront être proposés dans tous les lieux de vente de tabac et une facilité d’accès aux parcours de sevrage encadrés. Des mesures qui pourraient coûter entre 800 et 1,3 milliards de francs si les « 46 000 fumeurs intéressés par un sevrage » se décidaient. Le gouvernement estime que cette somme représente un bon investissement vu les dépenses de santé causées par les maladies liées au tabac. Le texte, qui a reçu un accueil très favorable au Cesec, et fait l’objet de quelques recommandations à l’APC, ne prévoit pas de hausse des tarifs. Mais le ministre de la Santé Cédric Mercadal avait déjà précisé par le passé que son collègue des Finances pourrait rapidement travailler sur une réforme de la fiscalité tabac, qui va probablement grimper.

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