ACTUS LOCALESPOLITIQUE La nouvelle résolution du comité des 24 est une « avancée majeure », affirme le Tavini Caroline Perdrix 2025-06-23 23 Juin 2025 Caroline Perdrix Dans la très répétitive résolution que le Comité spécial de l’ONU pour la décolonisation a adopté le 12 juin dernier, il y a une nouveauté : la demande à la France « d’envisager d’élaborer un programme de travail constructif » sur la décolonisation de la Polynésie française. Elle vient consacrer, dit le Tavini, ses récentes initiatives, notamment l’action de l’assemblée de la Polynésie. Elle ouvre la porte à l’élaboration, avec ou sans la France, de ce programme visant à exposer à la population les options statutaires pour le fenua, et qui pourrait voir le jour dès 2027, espèrent les indépendantistes. Le Comité des 24 de l’ONU a adopté le 12 juin dernier sa résolution annuelle sur la décolonisation de la Polynésie française, et le Tavini se déclare très satisfait. Le cru 2025 reprend les éléments de langage de l’année dernière : la constatation de la création de la commission spéciale de décolonisation de Tarahoi, la demande d’une mission de visite de l’ONU au fenua, en demandant à la France de la faciliter, la demande au secrétaire général de l’ONU de mettre à jour le rapport sur les conséquences des essais nucléaires. Seule réelle différence dans la rédaction de cette résolution, qualifiée « d’avancée majeure » et de « tournant stratégique » par le Tavini : le C24 demande à la France, « d’envisager d’élaborer, en étroite coopération, un programme de travail constructif concernant le territoire ». « Envisager d’élaborer », on voit que la formulation, fruit d’un amendement soutenu par le Vénézuela, est tiède. Mais l’ONU est le royaume des petits pas, et ce serait une première dans toute l’histoire du C24, souligne Richard Tuheiava, « sherpa » du Tavini à l’ONU. « C’est ça qui est intéressant, c’est qu’on est dans le ‘pioneering’, c’est la première fois que le C24 s’est épris de cette situation et a décidé d’en faire un précédent en 2025 en faveur de la Polynésie. C’est le premier territoire, sur les 17, dans lequel il y a un programme de travail. » https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/06/DECOLONISATION-01-TUHEIAVA.wav « Le C24 a senti les efforts qu’on faisait » Le Tavini estime que l’adoption en décembre dernier par l’assemblée de la Polynésie de deux résolutions, l’une appelant la France à ouvrir ce dialogue de décolonisation, l’autre autorisant le président de l’assemblée à agir en justice si l’État continue de s’y refuser, qui a facilité cette avancée. « Le C24 a senti les efforts qu’on faisait, cette façon pacifique mais en même temps légaliste », dit Richard Tuheiava. Le Comité des 24 saisit sans doute ainsi l’occasion de justifier son existence, car on ne peut pas dire que son travail avance rapidement, reconnait Richard Tuheiava, alors que l’ONU a défini ce que doit être un programme de travail depuis plus de 25 ans. « Le C24 a voulu saisir le dossier polynésien pour créer cette ouverture, parce qu’il s’est aperçu que ça fait quatre décennies que la cause de l’élimination du colonialisme en Polynésie n’avançait pas. Ce programme de travail il existe, textuellement, depuis 1999. Il y a cinq étapes, c’est très bien fait, sauf que c’est resté lettre morte » malgré la ligne budgétaire qui lui est réservée. Et quoi qu’il arrive, précise-t-il, « la minorité aura son droit de parole dans le programme de travail. » https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/06/DECOLONISATION-02-richard-tuheiava.wav La France continue de refuser de discuter dans le cadre onusien, le ministre des Outre-mer Manuel Valls l’a encore répété la semaine dernière à l’Assemblée nationale. Mais ce programme de travail peut être démarré sans la France : Richard Tuheiava parle de la création d’une plateforme de dialogue de décolonisation pour rassembler les forces vives, « pas uniquement politique mais socio-économique et confessionnelle, voire plus. » La commission d’enquête sur la valeur de la Polynésie, pièce clé du dispositif C’est dans cette optique que l’assemblée de la Polynésie devrait adopter, le 3 juillet, la création de la commission d’enquête sur la « valeur de la Polynésie » dont les conclusions seront essentielles dans la préparation d’un éventuel référendum d’autodétermination. La rédaction de son objet est en cours de modification, pour obtenir un vote favorable des autonomistes qui eux aussi, pour des raisons différentes, veulent savoir comment valoriser les effets de la relation franco-polynésienne. « On n’est pas sûr du résultat, mais c’est sûr qu’aller expliquer, faire une campagne d’éducation politique sur les trois options avec zéro chiffre, si ce n’est ce qu’on nous dit depuis dix ans, ce n’est pas non plus quelque chose d’objectif », dit Richard Tuheiava, qui « nourrit l’idée » que Manuel Valls, dont la visite au fenua est prévue à partir du 15 juillet, « puisse faire partie des premières personnes auditionnées par la commission d’enquête ». Et si le ministre des Outre-mers accepte d’engager le dialogue, les recours contre l’État déposés par plusieurs élus seront retirés, dit-il. Quoi qu’il arrive, à l’ONU c’est toujours une course de fond. Ce programme de travail que peut établir le C24 ne verra certainement pas le jour avant 2027, conclut Richard Tuheiava.