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John Rere préfère construire sa prochaine grande pirogue en Nouvelle-Zélande

© FB Présidence

La pirogue dougle de la place Tū marama, qui a fait débat jeudi dernier à l’assemblée sur la question de sa rénovation, devrait bientôt avoir une réplique « copie conforme » en Nouvelle-Zélande. Malgré sa déception, son constructeur, John Rere, veut se tourner vers l’avenir et annonce que deux troncs de Kaori de 25 mètres ont déjà été offerts par des clans maori, et qu’il devrait partir la construire sur place avec des jeunes du fenua. Objectif : obtenir à Aotearoa un permis de navigation que les autorités polynésiennes lui ont toujours refusé.

Tū marama ne retrouvera pas sa pirogue, mais Te Ra Nui Marama–Marama Nui i te Ra renaîtra bien… en Nouvelle-Zélande. Édouard Fritch dénonçait jeudi dernier à Tarahoi « l’état de vétusté et d’abandon intolérable » de cette pirogue double commandée en 2019 par son gouvernement à Raiatea, installée en 2022 sur la nouvelle place du front de mer de Papeete, puis déplacée deux ans plus tard sous un chapiteau près du pont de Motu Uta. Jamais protégée par un fare, comme c’était prévue au départ, la double coque de 18 mètres, qui avait coûté 46 millions de francs, transport compris puisqu’elle n’avait jamais pu naviguer, s’était rapidement dégradée.

Le ministre des Grands travaux Jordy Chan avait répondu à l’ancien président autonomiste que sa rénovation était chiffrée à 25 millions de francs, et 25 autres pour construire enfin un fare va’a pour la protéger. Un montant que le gouvernement Brotherson ne souhaite pas débourser, préférant investir dans une culture « qui se vit, se projette, au lieu d’être exposée tel un vestige du passé ».

« Je ne comprends pas les 25 millions »

Si Jordy Chan n’a pas précisé quel serait le sort de la pirogue construite dans un chantier de jeunesse à Taputapuatea, sa réponse à l’ancien président ne laisse que peu de doute : Te Ra Nui Marama–Marama Nui i te Ra ne reverra plus Tū marama. Une nouvelle qui désole, sans trop l’étonner, son constructeur John Rere, à qui le gouvernement Fritch avait fait appel pour son passé de concepteur de va’a de compétition. Cette figure de Raiatea avait eu une lueur d’espoir, au début de la nouvelle mandature, quand l’ancienne vice-président Eliane Tevahitua l’avait contacté, et lui avait laissé entendre que l’embarcation devait être déplacée sur l’espace du parc Paofai situé en face du temple protestant, « devant la passe de Papeete », là où « la pirogue était destinée à l’origine ». Un site où « il y avait largement eu la place de la mettre là et de faire le fare va’a », assure John Rere. Car c’est bien le choix de placer cette pirogue, en 2022, sur la nouvelle place Tū Marama, alors tout juste achevée, qui a causé la dégradation prématurée de l’ouvrage. Une « erreur honnête » des dirigeants de l’époque, assure-t-il : « On a installé la pirogue là pour que ça soit plus visuel au niveau des touristes, au niveau de tout le monde. Et seulement après, les ingénieurs ont fait l’étude de sol. Il s’est avéré qu’il y avait deux niveaux de parking en dessous, et il aurait fallu pour solidifier et pouvoir mettre le Fare, fermer pratiquement la moitié du parking », explique l’artisan de Raiatea. « Personne n’aurait pu le savoir », pardonne le constructeur, pas plus amer au sujet de la deuxième pirogue qui devait lui être commandé par le Pays : Édouard Fritch avait donné son accord en 2022 pour qu’elle soit positionné devant le mare de Taputapuātea, mais la commande n’avait pas été formalisée et les remous politique des mois suivant avaient eu raison du projet.

En revanche, John Rere conteste les montants du coût de rénovation annoncés par le ministre des Grands travaux. « Le pahī (type de pirogue double, ndr) qui a été exposé à Tū marama n’est pas complètement à l’ancienne, explique le constructeur. C’est-à-dire qu’on a fait un squelette en contreplaqué qui peut être mouillé à l’eau de mer, et puis on a juste entouré de falcata pour donner la forme. Je ne comprends pas comment ils peuvent finaliser à 25 millions, alors que le squelette est fait, tout est fait, il y a juste à changer la partie extérieure. Et on a du falcata en quantité à Raiatea». Il admet toutefois qu’il n’y a « aucun intérêt à rénover sans fare ».

« La copie conforme de Fa’afaite »

Mais l’artisan ne veut pas s’attarder sur la question de la rénovation Te Ra Nui Marama–Marama Nui i te Ra. Et veut déjà voir plus loin. Son objectif : construire un autre pahī qui, lui, sera apte à naviguer. Car, contrairement à ce qui a été affirmé à l’assemblée, John Rere assure que la pirogue de Tū marama avait été imaginé, à l’origine, pour prendre la mer, notamment « de Raiatea à Papeete ». Mais à l’entendre, dès le début du projet, la Direction polynésienne des affaires maritimes (DPAM) a refusé d’accorder un permis de navigation. Et le constructeur en est sûr : il n’aurait pas plus de chance de mettre une nouvelle pirogue à l’eau aujourd’hui, de fait de règles trop strictes pour obtenir un permis en Polynésie française. Face à cette impasse, il a donc choisi une autre voie : reconstruire une réplique en Nouvelle-Zélande.

« Un groupe de Maori nous a offert gracieusement deux troncs de Kaori de 25 mètres », explique John Rere, qui avait suivi, il y a quelques mois, les tavana des Raromatai dans leurs voyages autour du « triangles polynésiens », de Hawaii à Rapa nui, en passant, donc par Aotearoa. Un nouveau chantier dans lequel il veut de nouveau impliquer des jeunes de l’archipel : deux équipes d’une douzaine d’apprentis doivent se relayer dans le Nord Est de la Nouvelle-Zélande pour l’aider à la construction de cette nouvelle pirogue, qui pourrait naître après « neuf mois à un an » de travaux. Difficile, aujourd’hui, de dater le lancement du chantier, l’artisan de Raiatea explique être « en train de finaliser l’organisation et surtout la partie financière », avec l’aide de partenaires polynésiens et maori. 

« On a décidé qu’on allait la construire en Nouvelle-Zélande pour avoir le permis international », comme celui de Fa’afaite, indique John Rere qui explique que la célèbre pirogue qui a parcouru le Pacifique, avait dû elle aussi, en son temps, obtenir son sésame hors du fenua. Ce nouveau pahi doit s’inspirer de plans anciens, récupérés dans les archives nationales, comme ça avait été le cas de Te Ra Nui Marama–Marama Nui i te Ra. Mais comme sa prédécesseure, elle pourrait faire l’objet d’adaptation. « Soit on la fait à l’ancienne et il y aura certainement quelques modifications par rapport à la réglementation pour obtenir le permis pour navigué, soit on la fait exactement comme on a fait pour le pahi et là il n’y a aucun souci. On a les caissons étanches et on a tout prévu. »

John Rere, en tout cas, préfère se concentrer sur ce projet plutôt que sur le passé. Et ne s’étend pas sur l’avenir qui est réservé à la double pirogue dont il avait dirigé la construction entre 2019 et 2022 : « S’ils n’en veulent plus, c’est comme ça ».

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