ACTUS LOCALESJUSTICE Accident mortel sur la RDO : le conducteur ivre condamné à cinq ans ferme Nanihi Laroche 2025-11-16 16 Nov 2025 Nanihi Laroche Image d'illustration. Percutée par un chauffard en état d’ivresse, Clémence Duprat, 26 ans, a perdu la vie le 11 novembre 2022 sur la RDO. Trois ans après le drame, l’automobiliste a été condamné, ce vendredi, à cinq ans de prison ferme. Avec près de 3 g d’alcool dans le sang et lancé à « 150 km/h », l’homme — avec 6 condamnations pour conduite en état d’ivresse — avait violemment heurté le scooter du jeune couple, tuant la passagère et blessant le conducteur. Le tribunal a également prononcé 5 ans d’interdiction de permis et environ 14 millions de francs d’indemnisation pour les victimes. Accident mortel du 11 novembre : le dossier renvoyé à l’instruction Le chauffard qui avait causé le terrible accident de la route qui avait coûté la vie à Clémence Duprat, 26 ans, le 11 novembre 2022 sur le début de la RDO, dans le sens Papeete-Punaauia, a été jugé ce vendredi, après trois ans d’attente pour la famille de métropole. La jeune fille, décrite comme « solaire », « dynamique » et « très appréciée », était depuis seulement quelques mois sur le territoire, où elle avait élu domicile avec son nouveau compagnon, disant se sentir enfin bien. Au volant malgré près de 3 grammes d’alcool dans le sang, l’homme, en récidive et toujours en sursis probatoire pour conduite en état d’ivresse, roulait très nettement au-dessus de la vitesse autorisée (90 km/h). Un témoin évoque une vitesse de près de « 150 km/h », précise la présidente. Le choc a été d’une extrême violence : Clémence, passagère du deux-roues, est projetée et décède sur place. Son compagnon, conducteur du scooter, s’en sortira avec 45 jours d’ITT. Une autre voiture, une Swift, est également percutée et termine sur le terre-plein – la passagère en sort indemne. « Tout ce dont je me souviens, c’est le tournant au niveau Bambridge » À la barre, le prévenu – un homme déjà condamné à six reprises pour conduite en état d’ivresse – raconte sa soirée au Xbar de Fare Ute : une dispute avec sa conjointe, une chute et une plaie à la tête qui « saignait abondamment ». « Quand j’ai vu tout ce sang, j’ai paniqué, j’ai pris la voiture. Je n’ai pas réalisé les risques », dit le chauffard. L’homme qui reconnait les faits explique aussi avoir « probablement perdu connaissance à un moment », en raison de cette blessure. Avec uniquement des bribes de souvenirs et « des flashs », le mis en cause explique : « Tout ce dont je me souviens, c’est le tournant au niveau Bambridge. » « Je n’ai pas de souvenir de la vitesse à laquelle je roulais. » L’expertise médicale a confirmé un traumatisme crânien léger et un arrêt respiratoire de deux minutes, pouvant expliquer une éventuelle perte de conscience. Depuis l’accident, l’alcoolique assure ne plus avoir touché à la boisson. « C’est quelque chose qui ronge à vie. Jamais je ne pourrai me remettre de ça. Mais la vie continue, mais pour moi c’est sans alcool », indique le prévenu, la voix cassée par l’émotion. En sanglotant, l’homme demande à s’adresser à la famille : « Je voudrais présenter mes excuses, surtout aux parents. À aucun moment je n’ai voulu causer du tort à qui que ce soit. Je vous demande pardon pour tout ce que j’ai pu faire. » « Tous les éléments réunis » pour un drame Le conducteur du scooter était lui aussi alcoolisé (1,67 g), tout comme Clémence (1,41 g). Mais pour l’avocat des parties civiles, cela ne change rien à la mécanique du drame : « Avec presque 3 grammes et à 150 km/h, quel était le pourcentage de chances qu’il tue quelqu’un ? 100 %. » Il rappelle que le prévenu était à la limite du coma éthylique et que sa perte de mémoire et sa perte de conscience sont compatibles avec un état d’ébriété aussi avancé. Pour lui, « tous les éléments étaient réunis » pour transformer la route en scène de mort. La défense plaide les remords et la maladie alcoolique L’avocat du prévenu insiste de son côté sur la détresse de son client : « Il n’a jamais eu la volonté de faire du mal à qui que ce soit. C’est un alcoolique, il est malade de l’alcool ». Ce dernier évoque aussi une tentative de suicide médicamenteuse « quelques jours » après l’accident, « tellement c’était dur ». Après s’être excusé auprès de la famille pour des propos qui pourraient « offusquer », l’avocat de la défense demande la responsabilité partagée, rappelant que le couple sur le scooter était, aussi, alcoolisé : « Le conducteur du deux-roues aurait pu prendre un taxi, mais ne l’a pas fait », dit-il. Un délit qui n’a par ailleurs pas été retenu par la justice, rappelle-t-il. Quant à Clémence, elle « avait accepté en toute connaissance de causes de monter derrière lui ». Pour ces faits « d’inconscience », il demande 30 % de responsabilité pour le conducteur du scooter, et 10 % pour sa passagère. Le tribunal ne retiendra pas cet argument. Cinq ans de prison et 14 millions d’indemnisation Pour homicide routier, le prévenu risquait jusqu’à sept ans d’emprisonnement. Le tribunal correctionnel condamne finalement le trentenaire à cinq ans de prison ferme, avec mandat de dépôt, et une interdiction de repasser le permis pendant cinq ans. Il devra également verser environ 14 millions de francs d’indemnisation aux proches de Clémence, et aux deux autres victimes.