ACTUS LOCALESJUSTICE La SDF victime du viol barbare de la cathédrale déjà agressée il y a deux ans Pascal Bastianaggi 2025-06-03 03 Juin 2025 Pascal Bastianaggi Avant de se faire sauvagement agresser et laisser pour morte, courant du mois de mai, dans les jardins de la cathédrale de Papeete, Soraya, cette quadragénaire sans domicile fixe, avait déjà subi des violences sexuelles de la part de son ancien concubin, Mathias, sans-abri lui aussi. Ces faits, datant de 2023, jugés ce mardi au tribunal de Papeete, résonnaient particulièrement avec la récente affaire de viol et d’actes de barbarie, dont a été victime Soraya, toujours hospitalisée au CHPF. En juin 2023 à Mahina, les gendarmes interviennent suite à un appel pour des violences. Arrivés sur place ils font connaissance avec Soraya, la victime. La femme âgée d’une quarantaine d’années leur explique que son concubin, Mathias, après avoir fait la fête et bien bu, l’a entrainé vers la plage pour faire l’amour. Elle se refuse à lui. Il se jette sur elle, lui arrache sa culotte, la frappe puis la pénètre violemment digitalement. « Tu es à moi, tu es à moi » répète-t-il tandis que Soraya le supplie d’arrêter. C’est l’ex-concubin de Soraya, qui participait à la fête, qui alerte les gendarmes. Mathias est immédiatement arrêté et rapidement placé en détention provisoire, où il est depuis deux ans. Agé de 45 ans, il a connu Soraya en 2020 alors qu’ils étaient tous deux dans un centre d’accueil pour SDF. La rue, Mathias pour sa part l’a connue dès ses 12 ans. Abandonné par sa mère, il commence par des petits boulots dans des cocoteraies, puis à bord d’un thonier. À neuf ans il goûte au paka et à 12 ans fait connaissance avec l’alcool. Deux addictions qui le suivent depuis lors. Lui et Soraya ont pour habitude de descendre une bouteille de rhum et de pastis deux à trois fois par semaine. En détention provisoire depuis les faits, soit deux ans, son casier fait état de condamnations pour des faits de violences, là aussi à l’encontre de Soraya. La vie de la victime est aussi décrite au travers de témoignages qui insistent sur son addiction à l’alcool et ses relations nombreuses avec d’autres hommes. SDF comme Mathias, Soraya ne travaille pas. Pas qu’elle ne le souhaite pas ou ne peut pas : Mathias ne veut pas. « De peur de la perdre, assure-t-il à la barre. Je savais qu’elle avait des liaisons avec d’autres hommes. Et de toute façon, c’est le rôle d’un homme de travailler » Cinq ans de prison ferme L’avocate de la défense a tenu à revenir sur l’enfance de l’accusé et sur son abandon. Elle explique, « il a peur d’être quitté et est jaloux, d’autant que Soraya avait son propre vécu et ses démons. Alcoolique et volage. » Pour elle, les faits commis par son client sont une façon de se réapproprier Soraya. Elle développe : « il savait qu’elle allait avec d’autres hommes dont son ex-concubin et c’est pour cela qu’il lui impose l’acte sexuel. Une façon de se la réapproprier. » Et de rappeler les « tu es à moi, tu es à moi. » Avant de préciser que « le risque de récidive est faible, comme le disent les experts et il exprime de l’empathie. Les faits sont graves, mais aujourd’hui il est dans la remise en cause. Il n’est pas perdu. Son rêve est de trouver un travail et un logement » Surtout, l’avocate précise que, si les faits sont graves, « ils ne le sont pas autant que ce qui est arrivé récemment à la victime ». Mi-mai, et comme l’avait raconté Tahiti Infos, Soraya avait été admise à l’hôpital du Taaone avec des blessures graves dans la zone anales. Le parquet de Papeete a ouvert une information judiciaire pour viol accompagné de torture et d’actes de barbarie. Un autre sans domicile fixe d’une trentaine d’année a été arrêté et placé en détention provisoire. Soraya est bien vivante mais toujours hospitalisée au CHPF. En attendant un procès, probablement aux assises pour ces nouveaux faits, Mathias a été condamné à cinq ans de prison ferme et sera inscrit au « Fijais » qui est le fichier judiciaire automatisé des auteurs d’infractions sexuelles ou violentes.