ACTUS LOCALESJUSTICE L’assassin aux 13 coups de couteau condamné à 25 ans de réclusion Pascal Bastianaggi 2025-12-03 03 Déc 2025 Pascal Bastianaggi Le procès devant la cour d’assises pour assassinat s’est clôturé ce mercredi. Lors de cette troisième journée d’audience, on a évoqué pour la première fois la victime, Régis C. Moment bascule de ce procès, les témoignages poignants de ses enfants, qui en l’espace de deux ans ont perdu leur mère, puis leur père dans des circonstances effroyables. Ils ont pesé lourd dans la décision des jurés qui ont condamné l’accusé, Moeterauri T., à 25 ans de réclusion criminelle. Lire aussi : Folie meurtrière aux assises Assises : l’état mental de l’accusé au cœur des débats « J’ai vu mon père nous quitter, mourir sous mes yeux. Faites que cet homme ne sorte jamais de prison. » C’est le vœu d’une jeune fille de 21 ans en larmes qui a tenu son père dans ses bras alors qu’il rendait son dernier souffle. Durant ces trois journées d’audience, c’est la première fois que l’on évoque la victime. Sans aucun doute, le moment bascule de ce procès. Jusqu’à présent les débats s’étaient concentrés sur l’accusé. Fou, pas fou, paranoïaque, bipolaire, normal, discernement altéré ou aboli etc… Peu importe. Tous ces doutes, convictions et interrogations ont volé en éclats, pulvérisés après les témoignages poignants des enfants et de la mère de Régis, la victime. Avocats, gendarmes, magistrats, jurés, luttaient pour ravaler leurs larmes. Une chape de tristesse et de douleur s’était abattue sur la salle. « On a perdu notre mère en 2021 et papa a dû endosser les deux rôles. » Elle fond en larmes, sa grande sœur, 26 ans, la rejoint à la barre pour la soutenir. Elle poursuit, « il travaillait pour subvenir à nos besoins et on est des enfants qui n’ont jamais manqué de rien. Il venait nous chercher à l’école et aujourd’hui encore c’est un manque très fort. » Elle se rappelle, « il voulait changer de métier, mécanicien c’était fatiguant, il voulait suivre une formation de vigile pour travailler la nuit et être plus disponible pour nous. » « Faites que cet homme ne sorte jamais de prison. » Ce jour funeste, elle s’en rappelle, il est gravé à jamais. « Je dormais quand la voisine est venu frapper à la maison. Elle me dit ‘il s’est passé quelque chose avec ton père’. Et dans ma tête je savais avec qui. » Elle revit le moment où elle a vu son père. « il n’était pas encore décédé. Il avait les yeux ouverts et manquait d’air. Je lui disais, respire papa, respire. J’ai vu papa nous quitter, mourir sous mes yeux. Faites que cet homme ne sorte jamais de prison. » Sa grande sœur prend la parole. « Papa était très gentil, il était drôle avec ses blagues à deux balles. Il gérait nos crises d’ados, c’était le premier homme à qui je me confiais. Lui, il se confiait à nous et un homme qui se confie à ses enfants, ce n’est pas très commun. » Elle craque, « à son décès, je n’ai pas eu le temps de pleurer. Il a fallu gérer les funérailles et à 24 ans tu ne sais pas quoi faire. » Elle a du s’occuper de ses frères et de sa sœur qui sont pour elle « ma source de motivation, ma raison de vivre. » « Je peux donner ma vie ou vous donner un ou plusieurs organes » « Je suis la mère de leur père et normalement j’ai cinq enfants. Il était le quatrième (…) c’est toujours dur de perdre un enfant. Je l’ai aimé, je l’aime toujours, je l’ai porté, éduqué et corrigé aussi. » Cette femme de 78 ans est brisée. « Je n’entends plus le son de sa voix et ça me fait mal. » Elle questionne, « pourquoi cette cruauté ? Treize coups de couteau… mon cœur saigne encore. » Elle s’adresse aux jurés, « heureusement que vous êtes là. Je m’en remets à vous et mon fils vous dit merci. » « La cour vous a entendue », assure d’une petite voix, la présidente, émue. Elle donne la parole à l’accusé. Il se lève, se tourne vers le banc des parties civiles, il les fixe du regard. « Je compatis à votre douleur, à votre souffrance. Cela fait deux jours que je réfléchis à ce que je puis faire pour soulager votre souffrance. J’ai pris la vie de votre père et je me demande ce que je peux faire. » Il marque un temps et lance « je peux donner ma vie ou vous donner un ou plusieurs organes. » Stupeur et questionnement dans la salle. « Vous avez poignardé une fois de plus la famille de Régis, monsieur ! » Me Édouard Varrod en charge des parties civiles s’avance à la barre. Sous ses airs d’étudiant, c’est un habitué des salles d’audience et pour autant son visage est encore marqué par l’émotion suscitée par les derniers témoignages. « J’ai derrière moi une famille brisée. Quatre orphelins qui ont perdu leur mère en 2021 et qu’alors ils se remettaient à peine de cette douleur, ils perdent leur père d’une manière effroyable. » Il attaque de front l’accusé. « Il a eu des déclarations qui font froid dans le dos : j’ai vu la peur dans ses yeux et j’étais content. C’est sa personnalité. » Il fixe l’accusé et lance, « vous avez poignardé une fois de plus la famille de Régis, monsieur ! » Sur les faits, il l’assure, « il savait très bien les conséquences quand il met les couteaux dans son sac. Il a arrêté son traitement pour récupérer ses capacités physiques. Pour se battre (…) j’appelle cela de la préméditation. » Il démonte la thèse de la légitime défense : « Régis avait 11 blessures de couteau dans le dos…. dans le dos ! Onze sur treize ! Et il n’y avait aucune trace de défense sur les bras de la victime. » Il réécrit le scénario, le vit : « Régis arrive, l’accusé se jette sur lui le poignarde deux fois, Régis tente de fuir et il le poignarde onze fois dans le dos. C’est un crime abject, odieux. La famille attend une peine lourde. Un suivi socio-judiciaire sera nécessaire quand il sortira. » Il conclut, « Régis a élevé ses enfants à son image. Vous les avez vus. Ils sont sérieux, bosseurs, bienveillants. Ils ne sont pas remplis de haine. » Il se retourne vers eux et lâche : « je suis sûr qu’il est fier de vous, tout comme votre mère. Vous avez réussi vos études, passé avec succès des diplômes malgré vos malheurs. Je suis admiratif. Vous êtes à la hauteur de votre père. » « Il y a-t-il homicide volontaire ? Oui, treize coups de couteau. » Jacques Louvier, l’avocat général se lève et prend place face aux jurés. Au plus près. De sa voix de stentor il se lance. « On a tous été émus par le témoignage des proches de la victime. Même les juges, et c’est une bonne chose. » Fidèle à ses habitudes, il cite un auteur : « Un juge qui n’est pas ému est perdu pour la justice. C’est de Charles Péguy. » Il poursuit, « on a tous été émus, mais est-ce que l’accusé a été ému ? Non. Dans son regard je n’ai pas lu de regrets. » Il questionne : « il y a-t-il préméditation ? Oui, il prend deux couteaux et il avait déjà menacé Régis. Il y a-t-il homicide volontaire ? Oui, treize coups de couteau. » Sur l’abolition du discernement ou l’altération, « ça saute. Il a arrêté son traitement volontairement pour avoir les effets de l’ice, se sentir puissant, rapide, retrouver sa phase maniaque et cela doit annuler toutes réductions de peine. » Il réclame 25 ans de réclusion avec une peine de sûreté des 2/3, soit 16 ans avec un suivi socio-judiciaire de 10 ans. « Avec sa maladresse, il demande pardon, il veut donner sa vie » Me Isabelle Nougaro, l’avocate de la défense, après avoir rendu hommage à la dignité des enfants de Régis, s’attache à démonter les arguments de l’avocat général. Sur la préméditation, « qui est une circonstance aggravante », elle avance : « au départ c’était Satan qu’il comptait aller voir pour récupérer sa montre. Pas Régis. (…) il ne s’est pas dit comme je ne peux pas en tuer un, alors je vais tuer l’autre. Il n’y a pas de préméditation. Il ne pouvait pas savoir qu’il allait tomber sur Régis » Elle poursuit, « vous allez le condamner pour meurtre, et vous avez raison. Toutefois, il y a des conditions. Abolition du discernement ou altération. » Concernant l’abolition, elle revient sur les délires mystiques de l’accusé, sa fixation sur le chiffre 7 et s’adresse aux jurés, « il y a une question sur cette abolition sur laquelle vous devez vous pencher et à laquelle je vous demande de répondre. Si vous me suivez, vous irez vers l’abolition.» À noter que seul un expert sur trois penchait pour ce diagnostic. Sur l’altération, elle l’assure, « le psychiatre l’a dit, il a une maladie, il est bipolaire et il a des délires paranoïaques et on ne peut rien faire. Si vous vous prononcez pour l’altération, vous n’enlèverez pas sa réduction de peine. Le fait d’arrêter son traitement ne peut pas être considéré comme une prise de drogue pour se donner du courage. Je vous demande de le faire bénéficier d’une réduction de peine, soit 20 ans.» Elle conclut : « Il a essayé de faire sa vie avec sa maladie. Avec sa maladresse, il demande pardon, il veut donner sa vie. » La parole est donnée à l’accusé. Là aussi il regarde les enfants de Régis. « Je vais emporter ce que j’ai fait dans mon cercueil, mais je demande pardon à la famille. » Après quatre heures et demi de délibération, le verdict est tombé. Moeterauri T. a été condamné pour assassinat – en retenant donc la préméditation – à 25 ans de réclusion, mais sans peine de sûreté, et à un suivi socio-judiciaire de 6 ans.