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Le cannabis thérapeutique, grand absent de la campagne ?

Karl Anihia et Philippe Cathelain, vice-président et président du Syndicat polynésien du chanvre. ©CP/Radio1

Le Syndicat polynésien du chanvre demande aux sept listes en compétition pour les élections territoriales de se positionner sur le cannabis thérapeutique et médical. La loi qui ouvre les possibilités d’avenir a été promulguée le 5 janvier dernier, et le futur gouvernement aura jusqu’à début janvier 2024 pour prendre les délibérations et les arrêtés nécessaires à sa mise en application. Car si tous les partis politiques ou presque ont tendu l’oreille ou même ouvertement courtisé les promoteurs de la légalisation, le cannabis thérapeutique n’est que timidement évoqué dans les programmes distribués aux électeurs.

Le 17 novembre 2022, l’assemblée de la Polynésie française adoptait un texte sur la modification de la classification des substances vénéneuses, qui permettrait au cannabis à visée thérapeutique, de la production à la commercialisation, de bénéficier d’un régime dérogatoire en Polynésie : si le code pénal s’applique au fenua, l’autorisation d’un « médicament » relève de la seule compétence du Pays. Promulguée le 5 janvier 2023, la loi du Pays attend désormais des délibérations et arrêtés d’application que le gouvernement s’est gardé de présenter avant les élections.  On est loin de la surenchère à laquelle les formations politiques polynésiennes s’étaient livrées – citons le colloque organisé à l’UPF par Moetai Brotherson et la proposition de loi de Nicole Sanquer sur le sujet.

Le cannabis thérapeutique absent de 4 programmes sur 7

Et pourtant, bien attentif l’électeur qui peut le retrouver dans les programmes politiques et les professions de foi. Le Tapura parle de « finaliser les tests sur l’usage du cannabis thérapeutique sous contrôle médical », des tests dont on doute qu’ils aient commencé puisque la seule « étude » en cours est celle de l’ILM sur les variétés de cannabis présentes au fenua. Le Amuitahiraa en parle, en une ligne et demie : « Loi du Pays à déposer sur l’utilisation et l’encadrement du cannabis thérapeutique ». Absents de l’hémicycle en tant que groupe depuis mars 2022, les élus orange n’ont peut-être pas remarqué que la loi du Pays avait déjà été déposée et adoptée. Le Tavini veut « légaliser l’usage thérapeutique et industriel du cannabis et exporter vers les pays demandeurs ». Ni les Verts, ni Hau Ma’ohi, ni Ia Ora te Nunaa, ni même A here ia Porinetia ne l’ont inclus dans leur matériel électoral. Et aucun ne parle de comment structurer la filière, alors que c’est pourtant là l’enjeu majeur.

Le Syndicat polynésien du chanvre, présidé par Philippe Cathelain, donnait ce mardi une conférence de presse pour demander aux candidats de se positionner.

« Un manque de courage et un manque d’ambition »

Si l’adoption de la loi avait été « une grande satisfaction », dit le président du SPC, elle a vite laissé place à une « déception » sur sa mise en application : « On s’aperçoit que le travail a été fait à moitié. » Et il demande aux leaders politiques, qui pour lui font preuve d’un « manque de courage et un manque d’ambition », des réponses publiques et claires.

Philippe Cathelain, qui rappelle que la question du cannabis médical a été soulevée, débattue et réglée en France et dans de nombreux pays, exprime sa préoccupation pour les personnes en souffrance qui attendent de pouvoir soulager leurs douleurs par le cannabis médical. Et il dit aussi que plusieurs investisseurs attendent des réponses. L’un d’entre eux, extérieur à la Polynésie, serait prêt à mettre un milliard sur la table.

Le Dr Éric Parrat, pneumologue au CHPF qui est à l’origine de l’introduction des tradipraticiens à l’hôpital, et Heitapu, qui a pu s’extirper d’une addiction aux opiacés grâce au cannabis médical, en témoignaient aux côtés des responsables du Syndicat polynésien du chanvre. Et ils ont tous la même question : le cannabis thérapeutique est-il soluble dans la campagne électorale ?

 

 

 

 

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