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Le Comsup à bord du porte-avions Charles de Gaulle

Le contre-amiral Guillaume Pinget, commandant supérieur des Forces armées de Polynésie française et de la zone maritime du Pacifique, s’est rendu ces derniers jours à bord du Charles de Gaulle, qui effectue dans le Pacifique le déploiement le plus lointain de son histoire. Le porte-avions nucléaire, fleuron de la Marine nationale, termine une série d’exercices avec les armées japonaises et américaines aux abords de la mer des Philippines, zone de tensions importantes avec la Chine. Le navire de 40 000 tonnes, accompagné d’un groupe aéronaval de 3000 marins, est loin d’être une découverte pour Guillaume Pinget qui en a eu le commandement pendant deux ans.

Des étoiles à la pelle à bord du Charles-de-Gaulle. En fin de semaine dernière, le seul porte-avions français, qui croise actuellement au large des Philippines, accueillait à son bord, en plus de son propre commandement, l’Amiral Nicolas Vaujour, chef d’état major de la Marine Nationale, l’Amiral Steve Koelher, commandant de la flotte américaine dans le Pacifique, le contre-amiral Natsui Takashi, de la force d’auto-défense japonaise, la contre-amiral français Jacques Mallard, commandant du groupe aéronaval… Ainsi que le contre-amiral Guillaume Pinget, commandant supérieur des Forces armées de Polynésie française et de la zone maritime Pacifique. Le « Comsup », qui a pris ses fonctions à Arue en août dernier, est loin d’être en territoire inconnu à bord du fleuron de la Marine nationale : il a lui-même commandé le porte-avions nucléaire entre 2019 et 2021.

Démontrer les capacités d’actions française dans le Pacifique

Si le pont du Charles de Gaulle accueille tant de beau monde, c’est que sa mission actuelle, baptisée « Clémenceau 25 », est doublement exceptionnelle. C’est d’abord la première fois, en un quart de siècle d’opérations – le bâtiment de 40 000 tonnes, commandé dans les années 80, est sorti des chantiers en 1994 mais n’a officiellement été mis en service qu’en 2001 – qu’il est envoyé si loin de sa base d’attache de Toulon, d’où il a appareillé en novembre dernier. Après la mer Rouge, l’Inde, l’Indonésie, et les Philippines, le navire à propulsion nucléaire et le groupe aéronavale qui l’accompagne – deux frégates multi-missions, une frégate de défense aérienne, un bâtiment ravitailleur de forces et deux avions de patrouille maritime et de plus discrets sous-marins – touche désormais son but : le Pacifique.

Il ne s’agit bien sûr pas pour les quelques 3 000 marins et militaires engagés dans cette mission de voir du pays. La zone indoPacifique – et la mer des Philippine, où la Chine dispute à ses voisins du Sud la souveraineté sur des gigantesques zones maritimes – est un haut-lieu des tensions diplomatiques et militaires mondiales. Et la France est bien décidée à rappeler son influence régionale et à y démontrer sa capacité de projection et d’action. Elle n’en est d’ailleurs pas à sa première démonstration : des Rafales, accompagnés d’A400M Atlas ou d’A330 MRTT, avaient été envoyés à Papeete ou à Nouméa en 2021 ou 2024, et un sous-marin nucléaire d’attaque SNA Emeraude avait parcouru la zone en 2022, des bâtiments de la Marine nationale participent régulièrement à des grands exercices régionaux, de la Calédonie à Hawaii… Et ce ne sont là que les opérations médiatisées par l’armée.

Lutte « antisurface, anti-aérienne et anti-sous-marins »

Des exercices interalliés ont eu lieu sur le parcours de la mission Clemenceau 25 ces dernières semaines, notamment avec les forces italiennes, indiennes, puis avec l’Australie, le Canada, l’Indonésie, ou la Malaisie.. En mer des Philippines et dans le Pacifique, il s’agit aussi de travailler « l’interopérabilité » avec d’autres armées. D’où la présence des officiers supérieurs américains et japonais, qui supervisent, dans un exercice trilatéral, plusieurs navires et appareils : le porte-aéronefs Kaga, le porte-avion USS Carl Vinson, les  destroyers Akizuki, USS CGH Princeton, USS DDGH Sterett et USS DDGH William P. Lawrence, et plusieurs avions de patrouille maritime. Des chasseurs américains Super Hornet ont même apponté puis ont été catapultés, pour la première fois, depuis le Charles de Gaulle.

« L’ensemble des unités réalisent des entraînements de haut niveau dans tous les domaines de lutte qu’ils soient antisurface, anti-aérien ou anti-sous-marins, dans le but de renforcer leurs connaissances mutuelles », précise le ministère de la Défense. Après 10 jours de manoeuvres en mer, l’exercice, qui est lui baptisé Pacific Stellar, prend fin ce mardi. Paris espère qu’il aura démontré la force de son groupe aéronoval, « outil de projection de puissance et d’appréciation autonome de situation, capable d’opérer dans un environnement stratégique complexe » et souligné « l’attachement de la France à la liberté d’action et de circulation maritime et aérienne sur toutes les mers et océans du globe ». Comme souvent en matière militaire, la suite du programme n’est pas détaillée pour le Charles de Gaulle et la flotille française. Peu de chance que le porte-avions nucléaire s’approche de Papeete : il devrait rejoindre l’Europe par l’Ouest, et donc l’Océan Indien. Le contre-amiral Guillaume Pinget, lui est d’ores et déjà rentré à Papeete.

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