ACTUS LOCALESPOLITIQUE Les communes perdent peu à peu leur timidité sur l’emprunt Charlie Réné 2025-08-08 08 Août 2025 Charlie Réné Quentin Berinchy, chargé de mission de l’AFD et le tavana de Rurutu Frédéric Riveta. C’est un des constats du Congrès des maires, qui s’est achevé jeudi à Papeete. Les communes polynésiennes, parmi les moins endettées de France et à qui il a toujours été reproché d’attendre les subventions plutôt que d’emprunter, sont plus nombreuses à s’intéresser aux prêts. L’AFD, bailleurs de fond public qui développe des produits spécifiques aux collectivités, se félicite de « progrès » dans ce sens et liste des projets récemment financés ou sur le point de l’être. Reste que l’endettement fait toujours peur à beaucoup de gestionnaires et que le modèle institutionnel polynésien n’encourage pas à l’autonomie des municipalités. Les quatre jours de congrès organisés par le SPC à Taunoa se sont achevés ce jeudi avec des discussions sur les finances publiques. Un sujet central, « capital », « le nerf de la guerre » comme le répètent les tavana, mais qui n’est pas si facile à discuter quand on n’invite pas autour de la table les principaux financeurs. Le Pays et l’État, en plus d’alimenter par des transferts obligatoires le budget des communes, pèsent aussi lourdement, par leurs aides et subventions, dans les investissements des municipalités. Cela a d’ailleurs été une des principales remarques développées pendant la séance de discussion sur les finances, et plus largement pendant les ateliers de ce congrès. « On ne mobilise pas assez l’emprunt, résume Simplicio Lissant, maire de Punaauia et vice-président du SPC. La démonstration est pourtant faite qu’il faut y aller, en prenant ses précautions bien entendu ». « Ça tient un peu au modèle polynésien » Les communes trop timides ? Les chiffres le confirment, et depuis longtemps. En 2023, date des derniers relevés de l’Observatoire des communes édité par l’AFD, le taux d’endettement des municipalités du fenua s’établissait à 12,6%. Le chiffre atteint les 65% en Nouvelle-Calédonie (hors Nouméa) et avoisine les 80% dans l’Hexagone. En lieu et place de ces prêts, les communes polynésiennes attendent plutôt des subventions, parfois retardées, parfois refusées, au gré des compétitions entre projets, des enveloppes qui s’épuisent ou des ententes politiques qui font long feu. Des incertitudes qui, au final, enterrent « beaucoup de projets », comme le reconnait un cadre communal. Mais pourquoi cette réticence à emprunter ? En atelier, certains tavana l’expliquent très directement : la dette, dans un bilan « ça fait peur » aux gestionnaires… et aux électeurs. Mais cette culture tient aussi aux questions statutaires. « Ça tient un peu au modèle polynésien : on n’a pas de fiscalité locale et c’est la subvention du Pays ou étatique qui vient pallier à cette absence, décrit Quentin Berinchy, chargé de mission de l’AFD et responsable des activités publiques au sein de l’antenne polynésienne de l’agence nationale. Donc les communes ne sont pas forcément très incitées à venir s’endetter. Mais on voit que ça progresse un petit peu : on a cette année beaucoup de demandes de prêts, et je crois que les élus, les tavana comprennent que c’est parfois plus rapide de faire appel au prêt, et que ça peut être un bon outil de gestion parce qu’ils ont les capacités de s’endetter ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/08/AFD-quentin-responsable-AFD.wav L’AFD a en effet mis en avant, au cours du congrès, plusieurs projets qu’elle finance auprès des collectivités : des galeries drainantes à Mahina, des moteurs de bateaux aux Marquises, des équipements de potabilisation de l’eau à Punaauia ou Rapa, un abri de survie à Hikueru… Et d’autres discussions sont en cours autour de ces prêts sur 15 à 25 ans, à « taux réduits » et automatiquement bonifiés pour les communes de moins de 1000 habitants. Des prêts orientés vers le développement durable mais qui peuvent à ce titre concerner une large part des projets des communes : eau, assainissement, éducation, santé, numérique, infrastructures sportives ou culturelles, atténuation ou adaptation au changement climatique… « Nous avons une offre, mais les banques privées en ont aussi, précise les chargés de mission de l’agence devant les maire. L’important c’est de comprendre que le prêt est un levier d’investissement pour mieux gérer, mieux anticiper et développer ». « Avancer plus vite » et sur plusieurs fronts Si les collectivités se laissent plus facilement convaincre par les prêts – l’AFD gère aussi certains programmes de subvention de l’État, comme le Fonds outre-mer – c’est que « beaucoup veulent avancer plus vite », note Simplicio Lissant. Et que « les fonds propres et les subventions ne permettent souvent pas de mener plusieurs projets importants en même temps ». Rurutu, par exemple, a lancé en cette fin de mandature plusieurs programme orientés vers l’énergie ou l’environnement, présentés au ministre des Outre-mer Manuel Valls lors de son passage sur l’île des Australes, le mois dernier. Si les plans du « service public de l’assainissement non-collectif » sont encore en discussion côté financement, le maire Frédéric Riveta a profité du congrès pour signer avec l’AFD un prêt bonifié de 23 millions de francs pour construire son unité de compostage de déchets verts. Un chiffre qui correspond à la part communale de ce projet à plus de 120 millions, qui englobe aussi des renouvellements d’équipements existants. L’Agence française de développement accorde aussi au passage à la commune une avance de trésorerie de près de 57 millions de francs qui lui permettra d’engager les travaux en attendant les subventions de l’État et du Pays. Pour le maire, ce mode de financement est une façon de répartir la charge de ces investissements sur « plusieurs générations », et de garder de la trésorerie pour ses autres projets, côté assainissement ou énergie. https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/08/AFD-tavana-Rurutu.wav Un discours forcément pris en exemple du côté de l’AFD. Les projets d’investissements communaux, en Polynésie, reposent en moyenne à 50% sur les subventions, contre 30% pour le reste dans le reste de la République.