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Les écoles chrétiennes du fenua pas inquiétées par l’éducation à la vie affective et sexuelle

Le programme national Evars – éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle – va s’appliquer dans tous les établissements scolaires, publics comme privés, de Polynésie à la rentrée. Une réforme qui a agité les milieux religieux en France, mais qui ne semble pas inquiéter l’enseignement chrétien local. Chez les protestants, on estime avoir installé depuis longtemps les préceptes de « bienveillance » sur l’identité, le genre et la sexualité. Le directeur de l’enseignement catholique y voit lui l’opportunité de parler tout haut de sujets dont les enfants parlent déjà entre eux. Il a d’ailleurs essayé de rassurer l’Association familiale catholique locale qui parle, elle, de « bouleversement profond de l’esprit de nos enfants », et de « confusion identitaire ».

Le nouveau programme d’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (Evars) va s’appliquer à la rentrée prochaine dans les écoles au fenua. Validé au début de l’année par le Conseil supérieur de l’éducation dans l’Hexagone, il a également fait l’objet d’une discussion au sein du Haut comité territorial de l’éducation pour l’adapter aux réalités locales. L’objectif de ce programme est d’accompagner les enfants sur la découverte de leur corps, de leurs émotions, d’apprendre à se conduire avec empathie, de comprendre l’égalité entre filles et garçons puis, pour les plus grands, de prévenir les violences sexuelles, d’encourager le respect du consentement, de l’intimité et de la diversité, de lutter contre les stéréotypes et de promouvoir des relations affectives saines.

Levée de bouclier dans les milieux religieux français

Enseigner ces notions n’est pas une nouveauté : depuis 2001, il est obligatoire d’organiser trois séances annuelles d’éducation à la sexualité dans les établissements scolaires, mais deux problèmes se posaient. L’obligation était en réalité très peu respectée, et surtout considérée comme insuffisante pour lutter contre les violences et discriminations. Avec ce nouveau programme, ce sont toujours trois séances annuelles qui sont recommandées, mais elles suivront un cadre pédagogique précis avec des fiches thématiques selon les niveaux et donc les compétences à acquérir. Il s’agit donc de donner une information neutre, scientifique et objective, adaptée à l’âge des élèves, de la maternelle au lycée.

Un programme qui a fait réagir des associations religieuses en France, s’inquiétant d’un « contenu idéologique » voire « inadapté ». Elles ont d’ailleurs lancé des recours mais le Conseil d’État a validé le programme. Cette fronde a notamment été relayée, au fenua, par l’Association familiale catholique de Polynésie, pour qui le programme Evars représente un « bouleversement profond de l’esprit de nos enfants », va engendrer une « confusion identitaire » et d’une « banalisation de comportements non désirés ». Pour François Fremine, le vice-président de l’association, aucun doute : c’est aux parents, et pas à l’école, de s’occuper de ces sujets.

« Il vaut mieux rendre les choses explicites plutôt qu’elles restent dans l’imaginaire des élèves »

Emmanuel Anestides, directeur de l’enseignement catholique de Polynésie, y voit lui une « opportunité ». Il considère qu’au contraire, il serait hypocrite de ne pas parler de ces sujets puisque les élèves en parlent déjà entre eux, et très tôt. « À partir du moment où les élèves en parlent entre eux, et en parlent suffisamment tôt, c’est-à-dire dès l’élémentaire, il vaut mieux rendre les choses explicites plutôt qu’elles restent dans l’imaginaire des élèves. C’est tout le lien par rapport à la représentation qu’ils ont, par rapport à ce qu’ils vivent, ce qu’ils voient en termes d’images. Parfois les images qu’ils voient sur Internet, ils pensent que c’est la réalité. Il y a une explicitation à faire au niveau de l’éducation. Ce sont des explications qui ne sont pas forcément faites dans les foyers. Donc ça a toute sa place à partir du moment où c’est un sujet de société, et il vaut mieux que ça passe par des pédagogues pour apprendre à l’élève à raisonner par rapport à ce qu’il entend et aux images qu’il voit. »

Puisque ce sont des sujets dans les cours de récréation, autant « mettre ça sur la table » plutôt que de rester dans les « non-dits ». Pour Emmanuel Anestides, ce genre de programme aura d’ailleurs sûrement un impact sur les signalements : « L’enfant se rendra compte qu’il ne vit pas une situation normale et arrivera à le verbaliser au niveau de l’école. » Mais aussi sur les comportements de ces futurs adultes : « Ça devrait favoriser l’égalité entre garçons et filles. » Le directeur de l’enseignement catholique a d’ailleurs reçu l’Association familiale catholique et a rassuré  ses membres : tout dépend des façons d’aborder ces sujets, et les enseignants seront formés.

« Ce n’est pas quand même ici qu’on va nous apprendre ce que c’est que le troisième sexe, j’hallucine »

Du côté de l’enseignement protestant, Philippe Neuffer n’y voit, lui, rien de nouveau et assure que leurs élèves sont déjà sensibilisés sur ces sujets. « Régulièrement, ils (l’Éducation en France, ndlr) sortent des machins comme ça, pour nous faire la leçon sur le respect de l’identité, le genre, ça, on le fait déjà. On est les premiers à avoir des toilettes non-genrées. C’est parce qu’ils sont en retard dans le public qu’ils essaient de nous faire passer des programmes qu’on applique déjà, parce que c’est la réalité du terrain. Nous, on est bienveillants. Ce n’est pas quand même ici qu’on va nous apprendre ce que c’est que le troisième sexe, j’hallucine. »

Philippe Neuffer qui concède tout de même que ce programme sera appliqué, une obligation pour les écoles sous contrat d’association, mais avec des adaptations. « Nous avons nos méthodes pour prendre en charge ces problématiques », ajoute-t-il.

Par contre, les deux directeurs relèvent le même problème : celui des moyens pour appliquer ce nouveau programme. Où trouver le temps pour ces nouveaux ateliers, s’interroge Emmanuel Anestides, quand Philippe Neuffer dit regretter l’absence de psychologue scolaire dans ses établissements.

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