ACTUS LOCALES Ligne fixe obligatoire pour la fibre : Onati prêt à « évoluer » mais pas à n’importe quel prix Charlie Réné 2025-12-14 14 Déc 2025 Charlie Réné Depuis le 1er décembre, les Calédoniens n’ont plus à payer une ligne de téléphonie fixe pour accéder à l’internet très haut-débit. Un découplage demandé par l’exécutif local pour faire économiser 440 millions de francs annuels aux ménages du Caillou. Côté Polynésie, l’OPT est depuis longtemps interpellé par les abonnés fibre pour son forfait fixe obligatoire à 3565 francs. Va-t-il suivre la tendance ? Pas tout de suite. La direction d’Onati pointe vers les coûts d’installation et d’entretien des réseaux ou les enjeux de « sécurité des populations » pour justifier le double abonnement. Si le découplage va dans « le sens de l’histoire », toute « évolution » appelle des discussions sur le financement de son « modèle de solidarité ». L’annonce avait été faite en août à Nouméa, elle s’est concrétisée depuis ce 1er décembre : comme l’a rapporté notre partenaire les Nouvelles Calédoniennes, il n’est plus nécessaire de souscrire à une ligne de téléphonie fixe payante pour accéder à internet très haut débit sur le Caillou. Un changement qui fait suite à un constat : 63 % des clients de l’OPT-NC ne passent jamais d’appel depuis leur ligne fixe, mais paient pourtant ce service pour pouvoir bénéficier d’une connexion internet filaire. C’est le gouvernement local, qui avait demandé à procéder au découplage entre téléphonie fixe et connexion internet, dénonçant an août une double facturation « scandaleuse », et se félicitant, il y a quelques jours de la fin d’une « injustice tarifaire ». Seuls les abonnés très haut débit sont concernés – et donc pas ceux qui surfent encore en ADSL. Et ces clients raccordés à la fibre devront tout de même continuer à payer à l’OPT-NC un accès à 2300 francs – avec débit maximal de 1GB/s – en plus de leur forfait internet, souscrit chez un des quatre fournisseurs d’accès du Caillou. Mais la nouvelle facturation, couplée à une refonte des tarifs implique bien entre 300 et 1800 francs par mois d’économie pour quelques 49 000 foyers. Soit, d’après le gouvernement local, un gain de pouvoir d’achat global de 440 millions de francs. Une plainte à l’instruction du côté de l’APC Cette nouveauté, forcément bien accueillie chez nos voisins, a de quoi faire grincer certaines dents à Papeete. À commencer par celles de l’association de consommateurs Te Tia Ara, qui enregistre depuis 2018 des plaintes ou des interrogations d’abonnés polynésiens obligés d’ouvrir une ligne téléphonie fixe dont ils n’ont pas l’usage pour profiter de la fibre. Une ligne « fantôme » qui a son coût : 3 534 francs par mois à verser à Onati, en plus du prix des abonnements fibre proposés par Vodafone, Viti ou par la filiale de l’OPT elle-même. Le collectif présidé par Makalio Folituu, qui a plusieurs fois pointé que le réseau cuivre, qui supporte les appels sur les fixes, et le réseau fibre, en déploiement au fenua depuis 2015, sont indépendants l’un de l’autre, dénonce régulièrement une « véritable arnaque ». Et avait même déposé une plainte à l’Autorité polynésienne de la concurrence en 2021 pour faire qualifier ce forfait obligatoire de « vente forcée ». Une plainte toujours sans réponse, malgré une pétition signée par 6000 consommateurs en 2022, et les encouragements de la concurrence privée. En janvier de cette année, puis de nouveau fin octobre, Te Tia Ara avait interpellé publiquement sur le manque d’avancée de ce dossier. L’APC avait fini par répondre expliquant à l’association que cette affaire était « identifiée comme prioritaire » mais que son instruction buttait sur une « contrainte de ressources ». Les équipes de l’autorité seraient « pleinement mobilisées afin que ce dossier puisse aboutir, dans les meilleurs délais, à une décision conforme au code de la concurrence et à l’intérêt des consommateurs polynésiens ». Le double forfait, un « pilier de la péréquation tarifaire » En attendant l’analyse de l’autorité de la concurrence, la nouvelle politique de l’OPT calédonienne va-t-elle inspirer l’office des postes et télécommunication de Polynésie ? Probablement pas, ou en tout cas pas tout de suite. Interrogée par Radio 1, la direction d’Onati pointe d’abord que le contexte économique et géographique est bien différent entre le Caillou et le fenua. « Là où la Nouvelle-Calédonie concentre population et infrastructures autour de la Grande Terre, nous devons relier des archipels parfois très faiblement peuplés par des câbles sous-marins ou des liaisons satellites coûteuses », écrit la filiale télécom de l’OPT-PF. Pour Onati, la facturation de la ligne téléphonie fixe n’est pas une « facture en plus », mais « un pilier de la péréquation tarifaire, indispensable pour maintenir un service universel dans l’ensemble du Pays« . Le forfait « fantôme » permet, selon la société d’assurer l’entretien et le développement des réseaux, et de financer les interventions y compris au plus proche de l’abonné », lors de pannes ou de dysfonctionnements, et « sans à avoir à facturer ce dernier ». Chez Onati, « nous avançons selon la réalité propre à notre territoire » L’opérateur public pointe ensuite que ce « découplage » opéré à Nouméa n’est pas une simple modification tarifaire, mais « un véritable changement de modèle économique », qui se fait progressivement, puisque l’abonnement fixe n’a disparu que pour les offres non fibrées. « En Polynésie, un marché plus restreint et beaucoup plus fragmenté nous impose d’adapter notre rythme, écrit Onati. Chaque franc perçu sur les abonnements actuels et réinvesti à 100% dans la fibre, les câbles sous-marins, et nos futures solutions satellitaires comme OneWeb. Découpler trop tôt aurait réduit notre capacité à financer l’extension du très haut débit dans nos îles ». La filiale de l’office met au passage en avant un enjeu de « sécurité des populations » : la ligne fixe c’est « souvent le dernier lien de communication quand le reste tombe » lors d’un évènement climatique. Pas trop vite, pas trop tôt, donc, l’OPT semble tout de même considérer une évolution, aussi réclamée par ses concurrents Viti et Vodafone. Onati, dirigé par Nicolas Weinmann depuis l’année dernière, n’est « pas opposé au principe » d’un découplage de la ligne fixe et de la fibre, et va même « évoluer » dans ce sens – « car c’est le sens de l’histoire ». Mais « nous le ferons simplement dans des conditions qui préservent notre modèle de solidarité territoriale et notre capacité à connecter l’ensemble des Polynésiens, quelle que soit leur île ». Pas de calendrier affiché, donc, ni de chiffre sur l’utilisation réelle de la ligne fixe facturée par l’OPT ou sur les conséquences financières d’un découplage… L’évolution parait surtout s’envisager dans le cadre des discussions avec le Pays sur le financement du service public des télécoms. Moetai Brotherson avait déjà, sur ce point, annoncé de longue date un « changement de modèle », qui se fait attendre. Un projet du Pays sur le sujet est annoncé pour le premier semestre 2026.