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Louis Bertignac : « La musique est vitale pour moi »

©Pierrick Guidou

Le musicien, parolier et guitariste, cofondateur du groupe Téléphone, vient prolonger à Tahiti la tournée de ses 70 ans et ses 50 ans de carrière. Louis Bertignac, qui sera accompagné sur scène de ses musiciens et de la Gibson SG de 1963 qu’il ne quitte jamais, dit avoir hâte de retrouver le fenua, où il a déjà joué par deux fois. Au micro de Radio1 et Tiare FM, il revient sur les anecdotes qui ont marqué ses précédentes visites, depuis son premier cyclone jusqu’à sa rencontre avec les jeunes frères Salmon à Fakarava.

Radio1 : Vous êtes donc en pleine tournée anniversaire. 70 ans et 50 ans de carrière… Dans quel état d’esprit êtes-vous ?

Louis Bertignac : On peut dire que je suis de plus en plus à la recherche du plaisir. Parce que plus ça va, moins il me reste de temps à vivre, donc j’en profite un maximum.

Une tournée pour faire la fête ?

J’ai besoin de ça, j’ai envie de ça. En plus, les 70 ans, c’était l’an dernier, maintenant j’en suis à 71. C’est donc plus 70 ans et des poussières.

Et 50 ans de carrière ?

C’est vrai que j’ai commencé vers 19, 20 ans. En fait, il fallait un nom pour la tournée. On s’est dit, voilà, on va l’appeler 70 tours parce que le logo, ça faisait penser un peu à la route 70, vous voyez. Une route très connue des États-Unis.

Vous parlez de prendre du plaisir, ça veut dire qu’une carrière dans la musique, ce n’est pas que du plaisir ?

Il y a du boulot mais oui, ça part du plaisir. Quand j’avais 15 ans, la musique, c’était pour le plaisir avant tout. Bon, après, j’ai eu le bac, j’ai même fait un petit peu de médecine pour faire plaisir à mes parents. Mais j’avais trop envie de faire de la musique. C’était vital pour moi. Et ça s’est rapidement très bien passé.

Quand on lit votre bio, on voit que vous vous êtes retrouvé dans le même lycée que Jean-Louis Aubert (cofondateur de Téléphone) qui venait d’arriver. Finalement, une carrière, ça se construit aussi avec des hasards de la vie, des rencontres inattendues…

Oui, exactement. Les rencontres comme ça sont à peu près toujours inattendues. J’ai rencontré Jean-Louis au lycée. On m’avait déjà parlé de lui. Moi, j’étais le guitariste du lycée Carnot et lui, c’était le guitariste du lycée Pasteur. On avait un copain qui voulait absolument qu’on se rencontre. C’est bien tombé. Il s’est fait virer du lycée Pasteur et il est arrivé à Carnot. On est rapidement devenus potes et inséparables. Richard Kolinka (batteur de Téléphone, ndlr), je l’ai rencontré dans une soirée où on m’avait invité. Il jouait avec Vince Taylor et tout de suite, j’ai aimé ce mec. J’ai aimé son jeu de batterie. Donc, je suis allé lui parler. J’ai pris son numéro et je lui ai dit qu’il fallait qu’on se revoit. Et on s’est revu.

Ce sont des hasards, mais aussi des opportunités qu’on saisit, qu’on ne laisse pas passer ?

Exactement. De toute façon, quand on rencontre un bon musicien et qu’on est soi-même assez passionné, les rencontres se font facilement. Mais bon, il faut déjà la chance de les croiser.

« J’aime avoir plusieurs casquettes »

Dix années de Téléphone, une carrière solo, des collaborations avec d’autres artistes… Qu’est-ce que vous avez préféré dans tout ça ?

Ce que j’adore, c’est tout ça en même temps. C’est-à-dire que j’ai beaucoup aimé Téléphone, mais j’ai beaucoup aimé la carrière solo qui n’est pas terminée. Téléphone, il fallait que ça s’arrête. Il y en avait assez. On était toujours les uns sur les autres. Et l’ambiance était moins bonne au bout de dix ans. On commençait enfin à gagner pas mal d’argent, au grand dam de notre manager. Et on a décidé d’arrêter. Il n’a pas compris. C’était notre problème à nous, pas à lui. Et ensuite, la carrière solo a été longue et très variée. J’ai joué avec plein de musiciens. J’ai adoré ça. J’ai adoré composer des morceaux. J’adore aussi avoir plusieurs casquettes. Comme j’avais apprécié les gens qui nous produisaient et qui réalisaient nos albums, j’ai eu envie d’essayer ces métiers. Je suis tombé sur Carla Bruni qui m’a demandé de réaliser son album. C’était une bonne occasion d’essayer. J’avais déjà réalisé l’album de Corinne Marienneau à l’époque. C’est un métier que j’aime beaucoup. En fait, j’aime avoir plusieurs casquettes. Acteur, je ne sais pas. C’est pas trop mon truc.

On dit de vous que vous êtes une légende du rock français. Qu’est-ce que vous pensez de ce qualificatif ?

Ça ne me touche pas particulièrement parce que pour moi, je suis moi. Et après, comment les gens me décrivent, c’est eux que ça regarde. Moi, je ne me considère pas du tout comme une légende. Je suis moi. Ce n’est pas toujours facile de vivre avec moi, d’être moi…, forcément, comme tout le monde.

Téléphone, ça a quand même compté, et puis vous êtes tout de même une personnalité du rock français…

Oui, oui… C’est bien parce qu’on me propose encore de faire des concerts et de voyager comme là, pour venir à Tahiti. Et c’est très bien. J’en suis très content. Je ne regrette pas une minute de tout ça, de cette aventure. C’est vrai qu’après Téléphone, je n’étais pas sûr que ça allait marcher. Et puis tout s’est bien passé encore. Je crois que j’ai une bonne étoile.

Première fois à Tahiti : « Téléphone, le dernier cyclone de l’année »

Venir à Tahiti, ce sera une première ?

Non, je suis déjà venu avec Téléphone.

Et quels souvenirs en gardez-vous ?

C’était, évidemment, merveilleux. C’est beau comme tout. Mais on avait eu un cyclone. C’était le premier cyclone de ma vie. Ça devait être en fin d’année parce que le journal avait titré : « Téléphone, le dernier cyclone de l’année ». Et puis je suis revenu encore une fois, en solo. C’est une personne que je connaissais qui m’avait contacté pour venir à Tahiti faire une première partie d’un chanteur hawaiien. J’étais parti pour quinze jours mais j’ai tellement aimé que je suis resté un mois et demi.

Pour le concert d’avril, qu’est-ce qui est prévu ?

Je vais jouer les morceaux que j’ai faits depuis deux ans, avec mon dernier album, quelques titres de ma carrière solo et des reprises de Téléphone avec lesquelles, en principe, l’ambiance monte.

À Tahiti, vous venez avec votre famille, mais aussi des musiciens et la fameuse guitare Gibson SG de 1963 qui apparemment est très célèbre. Elle ne vous quitte jamais ?

Non, parce que c’est une guitare que j’aime plus que tout. J’en ai plein des guitares, mais c’est toujours celle-là que je prends. C’est ma guitare, j’ai confiance en elle. Elle ne me trahit jamais, elle sonne toujours comme j’aime. Ça fait donc 50 ans que je la connais. Mes doigts sont formés exactement au millimètre près sur ce manche.

Le souvenir d’une rencontre avec les frères Salmon

Avez-vous hâte d’arriver ici et d’être devant le public polynésien ?

Oui, bien sûr, simplement parce que j’adore monter sur scène avec ces musiciens-là, devant le public, et j’ai toujours adoré la Polynésie. J’ai hâte d’y revenir.

Est-ce que ce genre de voyages, c’est aussi l’occasion de voir ce qui se fait sur place au niveau musique, mélodie, instruments ?

Avec grand plaisir. Mais bon, il faut les rencontrer. S’il y a des gens qui jouent pendant qu’on est à Papeete, tant mieux. Je me souviens que la deuxième fois ici, quand je suis resté un mois et demi, on m’avait conseillé un genre de gîte à Fakarava et j’avais rencontré des musiciens, des gens qui sont devenus assez connus, et j’avais adoré.

Il s’agit peut-être des frères Salmon ?

Exactement ! C’est assez marrant parce que j’ai atterri là-bas et, tous les soirs, au dîner, je prenais ma guitare acoustique et je chantais pour eux. Et puis apparemment, ça leur a plu et ils m’ont donné des nouvelles. Ils m’ont dit qu’ils s’étaient mis à la musique, qu’ils avaient fait un groupe. Cette année, je ne passerai pas à Fakarava mais peut-être viendront-ils au concert ? Ce serait bien qu’ils viennent et qu’on se croise là-bas, ce serait super.

. Louis Bertignac, 70 tour, le 18 avril au Tahiti Lagoon Resort. Les billets sont en vente sur ticketpacific.pf, dans les magasins Carrefour et à l’accueil de Radio 1 et Tiare FM à Fare Ute.

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