ACTUS LOCALESJUSTICE « Ma vie est devenue un enfer » : quatre ans de prison pour l’agresseur Nanihi Laroche 2025-11-14 14 Nov 2025 Nanihi Laroche Tentative de vol ou réaction de défense, un coup de poing donné à la sortie d’une boite de nuit, en juillet 2022, a fait basculer deux vies : celle d’un trentenaire aujourd’hui handicapé, et celle de son agresseur, jugé ce vendredi au tribunal. La victime, plongée cinq jours dans le coma et hospitalisée huit mois, souffre désormais de séquelles irréversibles : paralysie du genou et du pied gauche, et dit que sa vie est « devenue un enfer ». Le coupable écope de quatre ans de prison. C’est à la sortie du Morrison, le 9 juillet 2022, que tout bascule : un homme de 28 ans assène un coup de poing à un autre fêtard. La victime s’effondre et sa tête heurte violemment le sol, provoquant un traumatisme crânien majeur. Il est opéré en urgence au CHPF. Après cinq jours de coma, onze jours en réanimation, 120 jours d’ITT et huit mois d’hospitalisation, il garde aujourd’hui des séquelles irréversibles : paralysie partielle du genou et complète du pied gauche, et perte de sensibilité de la main droite. Âgé d’une trentaine d’années, il ne peut plus se déplacer sans béquilles ou déambulateur et confie que sa vie est « devenue un enfer ». Pour expliquer les circonstances de cette agression deux versions s’opposaient ce vendredi au tribunal correctionnel : une tentative de lui prendre sa bouteille d’alcool, ou un geste de défense. « J’avais peur qu’il me tape » À la barre, le prévenu — tatoueur en métropole et père d’une jeune fille — raconte que la victime, alcoolisée, aurait frappé son cousin avec une bouteille, et que c’est en réaction et « par peur » qu’il a agi ainsi : « S’il a pu taper l’autre, pourquoi pas moi ? Je ne suis pas violent, j’agis que quand je me sens menacé. » Il décrit des insultes, des gestes mal interprétés, et affirme avoir cru à un coup de bouteille imminent. Mais les images de la vidéosurveillance, bien que de mauvaise qualité, ne confirment pas cette version : on y voit seulement le coup de poing, pas de bouteille brandie. La victime, bras le long du corps, semble ne pas avoir levé la main. « Vous cherchez la légitime défense ? », interroge l’avocat de la défense. « Non, j’ai reconnu que j’ai tapé », répond le prévenu. Déjà condamné en 2016 pour un vol aggravé, avec violences commises par un tiers, il avait purgé deux ans de prison et n’avait plus eu d’altercations depuis. L’expertise psychiatrique le décrit sans troubles, sans addictions, et non dangereux. « Histoire de boîte, ça peut arriver à tout le monde. Je ne me suis pas levé un matin en me disant je vais taper quelqu’un », dit-il. C’est d’ailleurs lui qui a appelé les secours : « On est directement allés aux urgences savoir comment il allait. » À la barre, il exprime ses regrets : « Je n’aurais pas dû gérer la situation comme ça, je n’ai pas réfléchi, je suis vraiment désolé. » « La perte pour moi est incommensurable » La victime, aujourd’hui âgée de 39 ans, rejette fermement l’histoire du coup de bouteille. Selon lui, son agresseur « en avait après [son] alcool ». Il affirme : « Je n’ai pas tapé son cousin. J’ai horreur de la violence, ça ne sert à rien », et reconnait : « Avec du recul, j’aurais mieux fait de lui donner la bouteille. Au lieu de ça, je l’ai envoyé chier. C’est peut-être ça qui l’a énervé. » « La perte pour moi est incommensurable », explique-t-il. Ses séquelles ont bouleversé son quotidien : « Je ne peux plus aller faire mes courses, ni la cuisine, ou le ménage ». Ancien sportif, passionné de bricolage, il ne peut plus écrire, faire de la randonnée ou de la moto. Dépendant de l’aide de son entourage, il a dû retourner vivre chez son père. Quatre ans de prison Le prévenu encourait dix ans d’emprisonnement. Le tribunal l’a finalement condamné à quatre ans de prison, assortis d’un premier million de francs d’indemnisation à verser à la victime. Il est placé sous mandat de dépôt différé.