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Moorea ou Tahiti ? Le TMUT avance ses dates et s’interroge sur ses parcours


Quelques jours après sa grande première, le Tahiti-Moorea Ultra Trail a annoncé son retour pour 2026. Et ce sera en octobre plutôt que fin décembre pour amoindrir le risque météo, faire venir des traileurs hors des périodes de vacances scolaires… Et éviter les grosses chaleurs qui ont pesé sur beaucoup de participants. Cette grande finale de la Ligue Ultra va aussi revoir ses parcours, pour rendre les trails courts plus accessibles. Et pour rallonger l’épreuve reine, qui devrait atteindre 115 km l’année prochaine. Reste à trouver le lieu adéquat : la jeune ligue veut travailler avec les autorités de Moorea, mais elle n’exclut pas de déplacer le TMUT à Tahiti où certaines communes sont prêt à l’accueillir.

Les jambes sont à peine reposées que « le feu est déjà allumé pour 2026 » du côté du TMUT. La première édition du Tahiti Moorea Ultra Trail s’est déroulé entre le 19 et le 21 décembre dans les montagnes de l’île sœur. Et elle a mis les organismes à rude épreuve. Parcours technique, terrain glissant, chaleur accablante… Plusieurs champions métropolitains, entre deux commentaires sur la beauté des paysages et l’accueil du fenua, ont décrit « le 80 km le plus difficile » de leur vie. Et les quelques 800 inscrits sur les épreuves de 5 à 43 kilomètre s- Polynésiens, ou, pour une centaine d’entre eux, venus pour l’occasion – ont eux aussi souffert, et pas toujours passé la ligne d’arrivée. Ça n’empêche pas certains coureurs d’en redemander, et les dirigeants de la nouvelle Ligue Ultra – dont le TMUT a été créé pour être la finale annuelle – de leur offrir dès à présent des perspectives : la prochaine édition devrait avoir lieu entre le 23 au 25 octobre 2026.

Éviter les risques de pluies, les vacances et la chaleur

Un changement de calendrier qui répond à plusieurs retours d’expérience et à une opportunité : la quatrième et dernière manche de la Ligue Ultra – le Grand Raid Kiprun 3 Vallées Moûtiers – qui devait initialement se tenir en septembre, a été avancé à la fin du mois de juillet. Ce qui laisse suffisamment de temps aux participants, qui y décrocheront éventuellement une invitation pour le TMUT, pour se préparer pour un départ à la fin octobre en Polynésie. Organiser l’évènement deux mois plus tôt permettra aussi, bien sûr, de perdre quelques degrés au thermomètre, des plus précieux au vu des commentaires post-course. Mais la fin octobre présente d’autres qualités, comme le précise le fondateur de la Ligue Ultra Alexandre Picquier : « Nous on avait vraiment la volonté de sortir de la saison des pluies parce que c’est vrai qu’on a eu quand même un peu un bol incroyable lors de cette première édition, même s’il y a eu beaucoup de chaleur, on n’a pas eu de pluie. La semaine d’après il y a eu des inondations, et une alerte orange qu’on voulait absolument éviter parce que ça voulait dire arrêt de l’événement, explique-t-il. Et puis aussi un phénomène, c’est que fin décembre, il y a aussi les grandes vacances en Polynésie et beaucoup de gens n’ont pas pu participer au TMUT parce qu’ils reviennent dans leurs îles ou partent sur le continent ». Sans compter les coureurs extérieurs, qui ont davantage de mal à trouver un logement à Moorea à l’approche des fêtes de fin d’année.

Le Japon et la Nouvelle-Zélande dans la boucle

Une organisation fin octobre permet aussi au TMUT de mettre davantage en valeur, dans une période creuse pour le voyage international, un de ses arguments fort auprès des autorités locales : le développement du tourisme sportif. Pour cette deuxième édition du TMUT, qui sera aussi la première où le circuit de qualification officiel par la Ligue Ultra sera mis en place, 50 coureurs, médaillés sur un des ultras français, ou tirés au sort parmi les « finishers » des quatre courses, gagneront un dossard et un billet aller-retour vers Tahiti sur ATN. Chacun de ces invités devra justifier, pour valider son ticket, d’une réservation de deux semaines de vacances en Polynésie, auprès d’une agence locale et à leurs frais. S’ajoutent aussi des coureurs métropolitains et internationaux qui profitent de l’évènement pour venir visiter le fenua – ils étaient une centaine, de neuf nationalités cette année – et les organisateurs compte élargir ce vivier d’année en année. « L’année prochaine on va passer à 50 invités et surtout on travaille sur le développement de ce qu’on appelle nous les « qualifiers », donc c’est des Ligues Ultra locales qui permettent de se qualifier pour Tahiti sur d’autres zones, continue le responsable. On travaille des zones qui sont justement affrétées par Air Tahiti Nui, notamment Tokyo au Japon et Auckland en Nouvelle-Zélande. C’est là où on veut développer des Ligues Ultra sur ces deux pays en priorité ».

Des « petits » trails plus accessibles », une épreuve reine plus longue

Mais la Ligue Ultra veut surtout travailler sur ses parcours. D’abord pour rendre plus accessibles les « petits » trails, de 5, 13 ou 25 kilomètres, qui ont connu beaucoup d’abandons et d’expériences difficiles. Ensuite pour rapprocher l’épreuve reine, taillée prévue sur 85 kilomètres et finalement tracée à 79 après quelques accrocs avec des propriétaires terriens, des standards de l’ultra-trail. Les quatre épreuves de la ligue Ultra, dans l’arrière-pays tropézien, la Haute-Provence, la Savoie et le Jura, font tous entre 160 et 172 kilomètres. L’idée serait d’allonger, dès 2026, la finale polynésienne à 115 kilomètres, et de s’approcher à terme, « d’ici 5 ou 6 ans » le format de la Diagonale des fous soit 170 kilomètres. « On est d’accord pour se remettre en question sur les petits formats, pour pas que les gens soient un peu écœurés et qu’ils se disent que le TMUT, c’est pas pour eux, reprend Alexandre Picquier. Qu’il y a un 115 ou un 85 qui soit très dur parce que les gens se fixent un challenge et puis s’entraînent, pour ça j’ai pas de difficulté à ce qu’il y ait 40 ou 50 % d’abandon. Par contre là où j’ai plus de mal c’est la petite famille qui vient pour se faire plaisir pour découvrir le trail et puis qui finit écœuré ça c’est pas notre objectif. Donc on va éviter ça et l’idée c’est qu’on fasse des parcours accessibles au moins sur le 5, le 13 et le 25″. 

Reste à trouver le site idéal. L’organisation à Moorea, menée par une association locale et par un traileur du cru, Samuel Zijp, et dont les montagnes et les plages sont déjà réputées grâce à d’autres trails comme les X-terra, a été apprécié par beaucoup de participants. Mais le TMUT, comme d’autres trails avant lui, a rencontré d’importants obstacles de propriétaires terriens, et demande aujourd’hui à la mairie de Moorea son soutien pour asseoir l’épreuve au long terme et l’aider à étendre le parcours. « Il faut qu’ils aient envie de nous accueillir et qu’ils nous aident à rencontrer ces propriétaires pour les convaincre de l’intérêt de l’événement », pointe le chef de file de la Ligue Ultra, qui n’exclut pas d’autres « options ». En Polynésie, forcément, mais pourquoi pas du côté de Tahiti. « On a vu des communes très intéressées », précise Alexandre Picquier, qui tient à avoir « un site emblématique pour accueillir le départ ou l’arrivée de la course ». Pas plus de précisions à ce stade, mais la décision doit être prise « courant février ». En attendant, l’organisation promet déjà, aux centaines de coureurs qui s’élanceront, à partir du 10 avril, sur les épreuves de la Ligue Ultra, promet déjà « un voyage au cœur du mana ».

« Empreinte carbone délirante » contre activité locale et sensibilisation environnementale

Si les commentaires des coureurs pro ayant participé à la course ont oscillé entre la difficulté et la beauté du parcours, le TMUT a aussi été critiqué par certains, en France, sur son concept même. Le site spécialisé U-trail a ainsi parlé, lors de la victoire de Yoann Lecauchois, le 20 décembre, d’une « victoire amère sur une finale à 4 tonnes de CO2 ». En ligne de mire : « l’empreinte carbone délirante d’une finale de trail à 15 700 kilomètres des courses qualificatives ». « Fallait-il vraiment faire voler coureurs, staffs, médias et partenaires aussi loin pour clore une ligue 100% française », interroge le site, qualifiant l’initiative du TMUT d’obliger les coureurs à participer à une demi-journée éco-citoyenne (ou, à défaut, de verser 3000 francs à des associations polynésiennes de protection de la nature) de « greenwashing institutionnalisé ». Les organisateurs n’avaient pas hésité à réagir sur les réseaux sociaux, évoquant « l’acharnement » d’un site qui vit « des bannières Amazon au milieu de ses prêches écologiques pour pousser à la consommation de masse ». « Pendant que vous jouez aux procureurs du climat sur vos écrans, nous, on est sur le terrain avec nos associations partenaires, les Bourdons de Moorea et Mama Natura, et devinez quoi ? Nos coureurs ne se contentent pas de cliquer : ils participent concrètement au nettoyage des sentiers, des plages et des lagons. C’est peut-être moins lucratif qu’une commission Amazon, mais pour l’écosystème de Moorea, ça change tout », écrivent les organisateurs du trail.

« On est conscients du fait qu’on déplace du monde de l’étranger, précise Alexandre Piquier, interrogé sur la polémique. Mais oui, on remplit des avions sur des périodes creuses, ça fait vivre déjà des compagnies locales, ça fait vivre du commerce local et du tourisme local et on essaie de sensibiliser au fenua, en disant ‘ok, on a brûlé du kérosène pour venir par contre vous pouvez aussi contribuer à l’environnement et puis à la préservation de l’espace’. Je pense que l’impact écologique il est au moins aussi bon si les gens font une petite action chacun en venant plutôt que de rien faire du tout et de consommer comme un touriste lambda ».

 

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