ACTUS LOCALESCOMMUNESCULTURE Musée aux Marquises : « Avec ou sans le Pays, le projet avance » Lucie Rabreaud 2025-12-28 28 Déc 2025 Lucie Rabreaud La commune de Hiva Oa attend toujours la réponse du Pays sur une éventuelle participation financière au projet de musée d’arts marquisiens. D’ailleurs ce ne sera peut-être pas un « musée », un terme au centre du débat, mais une « Maison des arts ». Mais peu importe son nom, et peu importe l’aide financière du Pays, Joëlle Frébault est bien décidée à « avancer ». Un avis est paru dans le Journal officiel au début du mois de décembre pour « la maîtrise d’œuvre de la rénovation du musée des arts des îles Marquises ». De longs mois que le sujet fait débat : la commune de Hira Oa porte un projet de musée des arts marquisiens et demande au Pays de le soutenir financièrement mais reste sans réponse de l’exécutif. « Un an et demi qu’on discute et je vois bien qu’il n’y a aucune avancée à ce niveau-là. Le gouvernement, le président du Pays, ne daignent pas nous répondre », soupire Joëlle Frébault. La maire de Hiva Oa parle depuis longtemps de ce projet : créer un véritable musée pour les six îles des Marquises, qui doit accueillir 200 œuvres « données » par le musée de Bâle et le musée de Cambridge. Elle espérait monter « une tripartite État-Pays-commune » pour financer le projet mais « le gouvernement ne nous répond pas », dit-elle. https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/12/MUSEE-MARQUISES-projet-se-fera.wav Débat sur le terme « musée » En juillet dernier, elle avait profité de la visite de celui qui était alors ministre des Outre-mer, Manuel Valls, en le prenant à partie sur ce projet. Surtout que la commune avait déjà obtenu l’aide de l’État : 63 millions de francs (quasiment la même somme que ce que la commune prévoit de mettre). Peut-être Manuel Valls pouvait-il donc convaincre Moetai Brotherson de compléter le financement du projet ? Le président du Pays avait répondu, expliquant qu’un « musée répondait à des contraintes réglementaires très strictes » et que Hiva Oa avait aussi sa part dans le blocage du projet, en définissant mal la structure que la commune voulait mettre en place. Le terme « musée » posait problème. Ce que reconnait Joëlle Frébault : « Peut-être qu’il faudra qu’on change l’appellation, parce que le Pays nous dit que le musée, ça ne passera pas. La culture est la compétence du Pays. On va trouver une appellation qui passera. Ce n’est pas un souci, c’est juste un nom et puis voilà. » D’ailleurs, sur le site de la mairie le projet est présenté sous le nom de « Maison des arts des îles Marquises ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/12/MUSEE-MARQUISES-juste-un-nom.wav La loi sur l’élargissement des compétences des communes a été adoptée par le Parlement en France en cette fin d’année et les communes polynésiennes peuvent désormais mener des projets dans la sphère culturelle. « On va l’utiliser aussi à bon escient pour faire avancer le dossier », assure Joëlle Frébault, qui ne peut pas encore dire les changements concrets apportés par cette loi sur ce projet en particulier. Le projet proposé à Tahiti : « Ça n’intéressait personne » Pour la maire de Hiva Oa, l’absence de soutien du Pays viendrait d’un ratage à Tahiti. Selon Joëlle Frébault, la conservatrice du musée de Bâle s’est d’abord présentée à Papeete mais elle n’a réussi à voir personne : « Elle a demandé rendez-vous avec le gouvernement, le ministre de la Culture, la directrice du Musée de Tahiti et des îles, mais personne ne lui a répondu. On dirait que ça n’intéressait personne. Elle est venue ici, à Hiva Oa et on a discuté. On s’est revu plusieurs fois et le projet est né comme ça. » https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/12/MUSEE-MARQUISES-histoire-rencontre-conservatrice-bale.wav [MàJ le 29 décembre : en réaction aux propos de Joëlle Frébault : la directrice du Musée de Tahiti et des îles précise que la conservatrice du musée de Bâle a été reçue au musée à plusieurs reprises et même reçue personnellement par elle-même, Hinanui Cauchois, en octobre 2024 plus d’une heure, la veille donc de son départ pour Hiva Oa] Côté Pays, on indique que le gouvernement soutient l’initiative, et que des échanges se poursuivent entre la mairie de Hiva Oa, la Direction de la culture et du patrimoine et le Musée de Tahiti et des îles sur la faisabilité juridique et technique du projet. Mais qu’il achoppe toujours sur la question de l’appellation du lieu. Peu importe le nom ou l’aide financière du Pays, la hakaiki de Hiva Oa a officiellement lancé le projet avec la publication d’un avis dans le Journal officiel au début du mois de décembre pour « la maîtrise d’œuvre de la rénovation du musée des arts des îles Marquises ». Sur le site de la mairie, on peut lire une description du projet : « La Maison des arts des îles Marquises sera aménagée dans l’actuel centre culturel Paul Gauguin, qui va être rénové. » Le musée Gauguin va être « refait à neuf » et « reconfiguré », précise Joëlle Frébault. « Des dons comme ça, ça n’arrive pas tous les jours » Il comptera quatre espaces d’exposition : une salle d’accueil et une boutique avec un espace central pour l’information et la médiation, deux salles d’exposition permanente pour les collections historiques des musées partenaires et objets locaux et une salle immersive et de transmission avec des projections audiovisuelles sur la culture marquisienne et des ateliers de tressage. Les reproductions des toiles de Gauguin seront déplacées à la Maison du jouir. Un projet qui évoluera en fonction du Pays et de sa volonté éventuelle de participer. Mais plus question d’attendre pour Joëlle Frébault qui ne veut pas louper l’offre des musées internationaux. « C’est une opportunité pour nous, pour les Marquises, pour la Polynésie aussi. Des dons comme ça, ça n’arrive pas tous les jours. » https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/12/MUSEE-MARQUISES-louper-opportunite.wav À noter que lors des visites des musées de Bâle et de Cambridge d’une délégation de Hiva Oa, c’est bien le concept de « prêt de longue durée », et non de don, qui avait été évoqué. En 2023, Joëlle Frébault s’était rendue au Musée des cultures de Bâle (photo), puis à Cambridge.