ACTUS LOCALESJUSTICE Narcotrafic et blanchiment : les entreprises, banquiers et notaires dans le collimateur du parquet Pascal Bastianaggi 2025-10-03 03 Oct 2025 Pascal Bastianaggi À droite, le procureur général de la cour d’appel, Frédéric Benet-Chambellan. L’audience de présentation des magistrats nouvellement affectés au tribunal de Papeete était l’occasion d’essuyer les plâtres de la grande salle d’audience récemment rénovée, mais surtout, pour le procureur général de la cour d’appel Frédéric Benet-Chambellan, de rappeler ses priorités en matière de lutte contre la délinquance, avec en ligne de mire le blanchiment de l’argent du narcotrafic. Gwenola Joly-Coz, première présidente de la cour d’appel de Papeete, a accueilli les nouveaux magistrats, devant un parterre composé de membres du gouvernement, de représentants de l’Etat, et des avocats du barreau de Papeete, par ces mots : « Vos profils nous enrichissent de par vos différences, la justice n’a pas besoin de clones, la justice a besoin de juges ancrés dans le territoire qui appliquent la loi qui est la même pour tous.» Après avoir brossé le portrait de chaque nouvel arrivant, la première présidente a donné la parole au procureur général de la cour d’appel, Frédéric Benet-Chambellan. « Un seul but, une seule boussole : la justice au service de la Polynésie » prévient-il. Ses priorités sont claires : les violences intrafamiliales, les atteintes sexuelles sur mineurs, la lutte contre les stupéfiants, la délinquance routière, les atteintes à la probité, les atteintes aux religions et particulièrement l’antisémitisme, et le blanchiment d’argent, « Dans ce territoire on continue d’avoir des transactions économiques de façon totalement illégale » Les maux habituels, donc, à ceci près que cette année, le point crucial est le blanchiment de l’argent issu du trafic de stupéfiants. Un blanchiment dont se rendent complices certaines entreprises de la place qui ont pignon sur rue, comme on l’a vu dans une récente affaire. « Il n’y a pas de trafic de stupéfiants sans circulation d’argent sale », affirme le procureur général qui remarque que « dans ce territoire on continue d’avoir des transactions économiques de façon totalement illégale.» Il entend « identifier tous les acteurs économiques susceptibles d’être concernés par ce sujet. Cela peut aller des établissements bancaires, cela peut concerner aussi les notaires, car ils ont des transactions en matière immobilière de terrains, et on sait qu’à l’heure actuelle il se passe des choses autour des terrains avec de l’argent qui circule et c’est l’ensemble de ses priorités que l’on va cerner afin de rappeler à chacun leurs obligations. Parce qu’en fait, le trafic de drogue ne peut pas prospérer s’il n’est pas aidé par l’argent sale, et c’est là que l’on va couper les robinets. » https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/10/BLANCHIMENT-SON-01.wav À droite, Solène Belaouar, procureure de la République du tribunal de première instance. Mais que risquent ces entreprises qui ferment les yeux sur la provenance de l’argent se rendant ainsi complices d’un trafic de stupéfiants en pleine croissance ? « Des sanctions pénales et aussi administratives » précise Solène Belaouar, procureure de la République. « On a désormais une infraction de blanchiment présumé qui nous permet d’agir et de faire condamner des personnes pour avoir fermé les yeux et avoir utilisé de l’argent sale et on a aussi des sanctions administratives. » À ce titre, la procureure et le haut-commissaire Alexandre Rochatte travaillent de concert afin d’articuler les sanctions pénales et les sanctions administratives, « d’autant que la dernière loi sur le narcotrafic a renforcé ses possibilités de sanctions, avec la possibilité de procéder à des fermetures d’établissements par voie administrative indépendamment des sanctions pénales » précise Solène Belaouar. https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/10/SON-02-blanchiment.wav Les magistrats nouvellement affectés au tribunal de Papeete Pour la cour d’appel : Mme Clélia Prieur, conseillère Mme Marion Vinault, vice-procureure placée M. Carounagarane Ady, directeur de greffe de la cour d’appel Pour le tribunal de première instance Mme Martine Danielou, vice-présidente chargée des fonctions de juge de l’application des peines M. Michel Soriano, vice-président chargé du service de la section détachée d’Uturoa Mme Stéphanie Pradelle, procureure adjointe M. Cyril Gory, vice-procureur Mme Myriam Jarry, directrice de greffe du tribunal de première instance