ACTUS LOCALESSANTÉSPORTS « On peut tirer profit de son cycle menstruel pour la performance sportive » Lucie Rabreaud 2025-04-22 22 Avr 2025 Lucie Rabreaud Bien décidé à pousser la performance féminine, en vue notamment des Mini-jeux de Palau et de Tahiti 2027, le Comité olympique de Polynésie a invité une experte : Juliana Antero. Chercheuse à l’Insep et ancienne gymnaste, qui va animer une série d’ateliers et de conférences sur un sujet trop longtemps tabou : celui de l’implication des cycles menstruels dans la performance sportive. Aux manettes du programme Empow’her qui a accompagné de nombreuses athlètes olympiques, la scientifique explique que ces cycles peuvent être gérés pour « ne plus être un problème » pour la compétition, mais qu’ils peuvent être utilisés « pour optimiser l’entraînement et améliorer la force et la puissance des athlètes ». Pourquoi avoir invité Juliana Antero à Tahiti ? Eric Zorgnotti, directeur technique du COPF : « Je suis chargé de la performance pour toutes les fédérations. Aux derniers Jeux du Pacifique, on avait 90 femmes et on ne parle jamais du rôle des cycles menstruels dans la performance. C’est un sujet assez tabou et j’ai voulu inviter Juliana Antero pour sensibiliser les athlètes et les encadrants. Les cycles menstruels font partie de la vie des femmes alors comment peut-on les gérer ? » Juliana Antero, comment ce sujet est arrivé dans votre vie ? Juliana Antero : « J’ai fait le constat de ce manque énorme de recherches et donc de données sur la physiologie de l’athlète féminine. Juste pour donner un ordre d’idée, 9% des études sont consacrées aux femmes et 71% aux hommes. » Alors que gérer ses cycles féminins, c’est aussi un sujet de santé ? « Tout à fait, ça concerne la santé globale des femmes. Finalement, on connaît moins la physiologie des femmes que celle des hommes. Et donc, tout ce qui touche aux cycles menstruels des athlètes féminines. À partir de 2020, on a lancé ce programme Empow’her dans le but d’améliorer notre compréhension scientifique mais aussi d’amener des réponses sur le terrain pour optimiser la performance des athlètes en comprenant mieux leur physiologie féminine. » Vous même êtes une ancienne sportive haut-niveau ? « Oui, je faisais de la gymnastique aérobique. » Était-ce compliqué de performer en fonction du cycle ? « Il y a plusieurs éléments à prendre en compte et qui parfois passent inaperçus. Dans mon cas, je faisais partie de celle qui subissait les cycles, c’est-à-dire quand mes règles arrivaient, je ne pouvais pas performer au même niveau, j’avais trop mal, j’étais pliée en deux. Mais on n’en parlait pas, c’était tabou. Et on pensait aussi que c’était normal que ça se passe comme ça pour moi. » Il y a aussi certaines athlètes féminines de haut niveau qui n’ont plus leurs règles, ce qu’on appelle l’aménorrhée ? « Cela touche environ 40 à 50 % des athlètes de haut niveau. Ça peut être commode : ne plus avoir ses règles, c’est pratique. Sauf qu’aujourd’hui, la science nous montre que c’est un problème à la fois pour la performance sur le moyen terme et sur la santé de ces femmes. Donc nous avons besoin d’avoir plus de connaissances sur ces sujets et aussi d’accompagner toutes ces athlètes qui font du sport de haut niveau sur ces questions. » D’où ce programme Empow’her ? « Nous avons accompagné plus d’une centaine de sportives de haut niveau en préparation pour les Jeux. D’abord les Jeux de Tokyo en 2021, puis les Jeux de Beijing en 2022, jusqu’aux Jeux de Paris 2024. Il s’agissait d’un suivi quotidien sur au moins six mois. On collectait des informations sur les terrains, de leur sport mais de leur ressenti aussi pour comprendre l’impact du cycle menstruel. À partir de ce programme, on a pu comprendre que le cycle menstruel a un impact sur la performance. C’est un paramètre important à prendre en compte. Nous avons identifié un impact négatif mais qui n’est pas inéluctable. Nous pouvons agir sur les symptômes menstruels (les douleurs, les maux de tête, les gonflements des seins…). » Il est possible de les réduire ? « De les réduire, d’être pris en charge médicalement, il y a des choses qui peuvent être soulagées et que ce ne soit plus un problème. Mais ce programme Empow’her a permis de mettre en évidence un aspect positif du cycle menstruel et ça c’est une grande première. Il est possible de tirer profit de ces fluctuations hormonales pour optimiser l’entraînement et améliorer la force et la puissance des athlètes. » Ateliers et conférences Juliana Antero viendra apporter « son expertise » aux sportives qui peuvent assister gratuitement à l’un des quatre ateliers pratiques « Cycle & Sport », à destination des athlètes féminines, prévus les 23, 25 et 26 avril. Gratuits, ils sont ouverts à toutes dans la limite de 12 participantes maximum par session, avec des inscriptions en ligne. À noter également que la chercheuse animera aussi une conférence grand public ce mardi 22 avril à partir de 17h30 dans l’amphithéâtre de l’IJSPF. Entraîneurs, professionnels de santé et autres acteurs du secteur pourront quant à eux suivre la conférence professionnelle prévue le 25 avril à l’UPF, qui sera retransmise en direct sur la page facebook du COPF. Les cadres techniques des fédérations bénéficieront d’une « formation exclusive » le 24 avril.