ACTUS LOCALESPOLITIQUE Oscar Temaru demande « la perpétuité » pour les dealers d’ice Charlie Réné 2025-03-31 31 Mar 2025 Charlie Réné Le président du Tavini estime, comme Moetai Brotherson, que les peines prononcées par les tribunaux à l’égard des trafiquants et dealers de métamphétamine ne sont pas suffisamment dissuasives. Lui demande la « perpétuité », rien de moins, et prend l’exemple de la Chine, qui « ne se casse pas la tête » dans sa sévérité. Pour le leader indépendantiste, la répression trop faible des délits liés à l’ice serait, en elle-même, une bonne raison de se doter d’un code pénal local. Lire aussi : Ice : « la sévérité en elle-même ne suffit pas à arrêter un trafic » Après Moetai Brotherson, qui a demandé à l’État une répression plus sévère du trafic d’ice en Polynésie, c’était au tour d’Oscar Temaru de s’exprimer, ce lundi matin, sur ce qu’il voit comme un laxisme des autorités judiciaires. « Les dealers, ils sont arrêtés, on les revoit 6 mois après, éventuellement avec un bracelet », a dénoncé le leader indépendantiste au détour d’une conférence de presse sur le congrès du Tavini organisée ce lundi. À l’entendre les opérations de police et de gendarmerie à répétition ont un « côté théâtral » vu les peines réellement encourues. Le président du Pays parlait, il y a quelques semaines, de créer des quantums spécifiques pouvant atteindre « 30 ans ». Oscar Temaru propose, lui, « la perpétuité ». « C’est pas d’aujourd’hui que je le dis : la perpetuité pour les dealers – je parle pas des petits consommateurs – ce sont des criminels, quand on les voit six mois après à l’extérieur comme si de rien n’était, c’est pas possible ça, détaille le leader bleu ciel. Quand vous allez en Chine, vous ne voyez pas des choses comme ça, eux ils se cassent pas la tête. Allez tac ! » https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/03/OSCAR-DEALER-1.wav Si le système judiciaire chinois est effectivement plus connu pour ses peines lourdes que pour son respect du contradictoire, Pékin est loin d’être exemplaire en matière de lutte contre le trafic de drogue. De nombreux pays dénoncent ces dernières années les exportations massives d’opiacés et de drogues de synthèse illégalement produites dans des usines chinoises vers les pays occidentaux. Même les douanes du centre de tri de Fare Rata à Faa’a ont interpellé à ce sujet : plus de 90% des « nouvelles drogues de synthèse » saisies dans des lettres et paquets sont expédiés de Chine. Qu’importe pour le maire de Faa’a qui se concentre surtout sur la sévérité des peines. Et qui voudrait d’ailleurs voir la même doctrine appliquée sur la route : « conduite en état d’ivresse : plus de permis de conduire, et marche à pied à perpétuité, les gens vont comprendre ». Un débat « plus complexe » que ça pour les spécialistes du droit La demande de davantage de sévérité pénale pour lutter contre le trafic d’ice n’est pas neuve mais a gagné beaucoup d’écho dans le camp indépendantiste ces derniers mois. Sans pour autant convaincre tout le monde : des avocats avaient réagi aux propos de Moetai Brotherson en rappelant que les condamnations polynésiennes n’avaient eu de cesse de s’alourdir ces dernières années sans réussir à briser les trafics, et que la prise en charge des toxicomanes et l’accompagnement social étaient les seules « vraies solutions » au problème. La procureur de la République Solène Belaouar avait elle aussi voulu redonner de la « nuance » à un débat « complexe », en précisant que les peines maximales encourues s’étalaient déjà entre 5 et 30 ans de prison suivant les chefs d’accusation et que le travail des autorités était surtout de donner du « sens » à ces peines pour éviter la récidive. La magistrate avait aussi rappelé qu’il n’était pas possible légalement de différencier les territoires dans la loi pénale nationale. Ce qui fournit à Oscar Temaru un argument de plus pour la souveraineté : « Le pénal, on devrait laisser ça à chaque pays de décider. »