ACTUS LOCALESÉCONOMIEPOLITIQUE Réforme du Smig : le Cesec voit le verre à moitié vide Nanihi Laroche 2026-01-22 22 Jan 2026 Nanihi Laroche Les partenaires sociaux n’ont pas été convaincus, ce jeudi par le projet de réforme des modalités de fixation du Smig. Le gouvernement souhaite indexer le salaire minimum non plus sur l’indice général des prix à la consommation, mais sur l’indice ouvrier, « plus représentatif » de la consommation des travailleurs modeste. Un indice qui a évolué presque deux fois plus vite que l’indice général depuis 2020, mais qui, sur un peu plus de 20 ans, n’aurait augmenté le Smig que de moins de 3400 francs. Pas significatif pour les syndicats, qui parlent d’une réforme « cosmétique » qui ne touche pas l’ensemble des salariés. Vannina Crolas défend tout de même ce « texte technique » : « On ne dit pas qu’on va régler le problème du coût de la vie », insiste la ministre du Travail, mais « ajuster l’évolution du Smig au coût réel ». Le Conseil économique et social était saisi ce jeudi matin d’un projet de loi du Pays qui vient modifier les modalités de fixation du salaire minimum interprofessionnel garanti (Smig). Aujourd’hui le gouvernement est tenu de revaloriser ce Smig chaque fois que l’indice général des prix à la consommation, calculé par l’ISPF sur la base d’un panier moyen de l’ensemble des ménages, y compris les catégories les plus aisées, augmente de plus de 2 %. L’idée de ce texte, c’est de faire basculer cette indexation vers l’indice des prix ouvriers, basé sur un panier plus proche des habitudes de consommation des ménages modestes. Un indice qui serait donc « plus représentatif des travailleurs au smig », indique le projet de loi. Le gouvernement assure ainsi que la modification viendra « garantir » une augmentation du Smig « liée à l’évolution du coût de la vie des travailleurs les plus fragiles plutôt qu’à une moyenne qui inclut des consommations moins essentielles (voyages, loisirs onéreux, etc.) ». L’idée, pourtant, n’a pas convaincu le Cesec où les partenaires sociaux, d’un côté comme de l’autre, estiment que cette réforme « cosmétiques » ne va pas changer la vie des salariés. C’est un avis défavorable qui a été voté à l’unanimité ce jeudi. « Quand tu es au-dessus du Smig, tu n’es pas concerné » L’opposition du patronat, pourtant pas exprimée en discussions tripartites, était couru d’avance : la revalorisation automatique du Smig est depuis longtemps pointée du doigt comme un mécanisme inflationniste, quelle que soit sa base d’indexation. La position des syndicats de salariés est en revanche plus étonnante, surtout quand on sait qu’entre janvier 2020 et décembre 2025, l’indice général a augmenté de 12,2 % alors que l’indice ouvrier a augmenté lui de 23,3 %, soit quasiment deux fois plus vite. Mais les représentants des salariés se sont concentrés sur un autre chiffre : l’application rétrotractive de la mesure, sur 22 ans, aurait abouti à une différence de seulement 3 376 francs dans le niveau du Smig mensuel. Une augmentation pas assez significative pour régler le problème de la vie chère, mais surtout une solution qui ne concerne que les personnes au Smig, comme l’explique Atonia Teriinohorai, secrétaire générale de O oe to oe rima. Ce dernier rappelle que la majorité des personnes sont légèrement au-dessus du smig « entre 180 et 200 000 francs de salaire », et que les augmentations du Smig « tassent » les grilles, mais les impactent pas. « Le salaire smig aujourd’hui, c’est environ 173 000 francs, et quand tu es au-dessus, tu n’es pas concerné, indique le syndicaliste. Du coup, après tu es obligé de négocier pour avoir un peu plus pour les autres catégories, sinon ils ne sont pas concernés. Sauf que dans les entreprises, quand on va négocier le salaire pour 3 000, 4 000, 5 000, c’est dur avec les employeurs ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/01/ATONIA-smig.wav La centrale souhaite donc une revalorisation des salaires pour « tout le monde ». Une revendication qui dépasse toutefois le champ d’action du gouvernement, dont la compétence se limite à la fixation et au contrôle du Smig. Les grilles salariales relèvent, elles, des accords d’entreprise ou des conventions collectives. L’avis du Cesec dirige, lui, le gouvernement vers une « approche structurelle de la revalorisation du Smig » et le développement de nouveaux indices de prix à la consommation. « On ne vient pas ici régler le problème du coût de la vie » La position des partenaires sociaux, déjà ébruitée dans Tahiti Infos courant janvier, est jugé « difficile à comprendre » par Vannina Crolas qui était sur le plateau de l’Invité de la rédaction ce lundi. Le projet de loi du Pays n’a pas pour objectif de révolutionner le pouvoir d’achat. Le basculement vers l’indice ouvrier est une « réforme technique » et une question de logique : cet indice correspond mieux à la structure de dépenses des familles qui touchent le Smig. « On ne vient pas ici régler le problème du coût de la vie, puisque le ministre des Finances s’en charge déjà, indique la ministre du Travail. La prise en charge du fret international des PPN, l’élargissement des PPN, les 1 % de TVA dans les archipels éloignés, donc il y a déjà des réformes. Nous, on vient juste ajuster l’évolution du Smig en fonction du coût réel. On a fait un historique sur l’évolution du SMIC depuis 22 ans. Si on avait appliqué l’indice ouvrier, on aurait un Smig beaucoup plus important pour les salariés. » https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/01/SMIG-Vannina.wav Des salariés modestes qui dépensent une plus grosse part de leur salaire au fenua, et non pas à l’étranger, précise Vannina Crolas. Ces augmentations, même marginales, « auraient permis d’injecter des millions dans l’économie », insiste-t-elle. Le texte a été renvoyé vers le gouvernement mais a de bonnes chances d’être transmis en état à Tarahoi pour un vote courant avril.