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Relance : les communes ont « de vraies marges de manœuvres » en matière d’investissement


Des réserves importantes, un taux d’endettement faible… « L’observatoire des communes », dressé chaque année par l’Agence française de développement, fait état de la bonne santé financière des collectivités polynésiennes avant la crise. Alors que les années à venir s’annoncent difficiles, et que le Pays cherche à faire repartir la machine économique grâce à l’investissement public, le message de l’AFD est clair : les communes peuvent participer à la relance.

L’AFD a présenté ce matin la septième édition de son observatoire des communes. L’établissement public national, principal partenaire financier des collectivités polynésiennes, a fait porter son étude sur les années 2015 à 2018. Si les disparités sont importantes entre les plus petites municipalités (Puka Puka et Tatakoto) et les plus peuplées (Faa’a et Punaauia), ce « panorama global » permet tout de même de faire état de la bonne santé générale des 48 collectivités… Avant la crise du Covid-19, qui ne manquera pas d’affecter leurs finances.

Dépenses de fonctionnement maîtrisées, épargne consolidée

Ainsi, l’AFD salue l’effort de maîtrise des dépenses de fonctionnement, particulièrement aux îles du Vent. Les charges de personnel, qui représentent déjà près de 60% des 32,9 milliards de dépenses en 2018, ont certes légèrement progressées. Mais les charges courantes (électricité, eau, petit équipement et autres dépenses quotidiennes…) elles, baissent de 3% sur un an. Dans le même temps, les recettes grimpent, essentiellement grâces aux dotations du Pays et de l’État, auxquelles les communes du fenua reste très dépendantes (près de 60% du budget dans les grosses communes, et jusqu’à 90% pour les plus petites). Résultat : les communes dégagent de l’épargne. 3,5 milliards de francs en 2018, « un chiffre record sur 10 ans » comme le souligne Sévane Marchand, en charge de cet observatoire à l’AFD. Sur 10 000 francs de recettes, une municipalité typique de Polynésie en dépense environ 5 400 pour son personnel et met près de 1 000 francs de côté. À noter, tout de même, que les communes françaises et calédoniennes épargnent en moyenne 1,5 à 2 fois plus que celles du fenua.

9,1 milliards d’investissements, et des capacités qui « sommeillent »

Côté investissements, les communes polynésiennes n’ont pas des habitudes dispendieuses. Mais là encore, l’AFD salue des « efforts«  : en 2018 leurs investissements ont atteint 9,1 milliards de francs, là encore, un pic dans la mandature et dans la décennie. Malgré tout, les capacités restent importantes. En témoignent, d’abord, les fonds de roulement des municipalités, qui n’ont cessé de gonfler, pour atteindre 17,8 milliards de francs en 2018. Soit 152 jours de fonctionnement, « un niveau excessif signifiant que les capacités dégagées par les communes sommeillent » comme le relève l’AFD. Mais c’est surtout sur le taux d’endettement faible des collectivités que l’Agence interpelle. Avec 15,9% en moyenne, les municipalités polynésiennes, historiquement peu enclines – et aussi peu incitées – à se tourner vers l’emprunt, sont loin de la moyenne nationale (plus de 80%) ou même de l’endettement des communes calédoniennes (62%). Sans atteindre ces niveaux, Sévane Marchand, estime qu’il existe « des marges d’endettement supportables« .

Déchets, eau, assainissement… Les besoins ne manquent pas
Investir mais pour faire quoi ? Comme le rappelle Céline Gilquin, directrice de l’AFD en Polynésie, les communes, ont déjà une place importante dans l’effort d’équipement du Pays. Déchets, réseaux d’eau, d’assainissement, équipements sociaux… Les besoins sont connus, et l’application du code général des collectivités territoriales doit imposer un certain rythme d’ici à 2024. Mais comme le pointe la directrice, il s’agit aussi de participer à l’effort de relance économique. « Réaliser des investissements, c’est aussi faire travailler les entreprises du territoire, et éviter de tomber dans la récession », insiste-t-elle. Un discours qui, au vu du plan d’investissement de 120 milliards sur 5 ans mis sur la table par le Pays, et qui reste à financer, risque d’avoir de nombreux échos dans les mois à venir.

Reste à savoir investir. Plus que de la volonté, c’est souvent de moyens humains, techniques, d’expertises que manquent les municipalités polynésiennes. Raison pour laquelle un comité de pilotage des investissements publics rassemblant le Pays, l’État et les communes est en projet. Raison pour laquelle, aussi, l’établissement public, a joint à son « observatoire » une fiche pratique sur l’investissement communal, qualifié de « moteur de la relance économique ». L’AFD, qui prête déjà environ 1 milliards sur les 1,3 qu’empruntent les communes chaque année, oriente bien sûr vers ses « emprunts à taux très bonifiés, en particulier pour les projets à objectifs environnementaux et sociaux ». « Nous pouvons également fournir un accompagnement technique, une aide à la réflexion sur une stratégie d’investissement et son contenu, rappelle Céline Gilquin. Ou apporter des financements, qui peuvent être des subventions, pour des études qui vont servir d’aide à la décision pour les élus, voire pour des experts qui peuvent être mis à disposition des communes pour les aider à franchir ce pas ».

 

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1 Commentaire

  1. Deodata Tohivea
    4 septembre 2020 à 7h55 — Répondre

    Une autre manière pour l’État (AFD) de siphonner les finances polynésiennes : les communes rembourseront leurs emprunts auprès de l’AFD par l’argent du FIP (droits et taxes polynésiens). Et hop, tour de passe-passe ! Pour des investissements qui relèvent des compétences de l’État.

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