ACTUS LOCALESCOMMUNESMUNICIPALESPOLITIQUE Second tour : pourquoi les quatre candidats de Papeete y croient toujours La rédaction 2026-03-19 19 Mar 2026 La rédaction Les quatre meneurs des listes qualifiées pour le second tour dans la capitale étaient invités, ce jeudi matin, à s’exprimer une dernière fois sur nos ondes avant le scrutin de dimanche. Malgré des écarts de scores importants au premier tour, chacun a laissé entrevoir un scénario victorieux pour sa liste. René Temeharo, porté par de nouveaux soutiens, croit pouvoir rassembler les partisans de « la rupture » dans la gestion de la mairie ; Tematai Le Gayic et son programme « sans surenchère » dit pouvoir mobiliser plus largement que les autres chez les abstentionnistes ; Tauhiti Nena, toujours la lutte contre la vie chère en étendard, veut rééditer la remontada de 2020… Quant à Rémy Brillant, largement en tête dimanche, il veut consolider la « confiance » autour de son projet, et de sa candidature qui ne s’inscrit pas dans une « carrière politique ». Quatre discours et quatre interviews à retrouver en vidéo. Rémy Brillant en homme de « confiance » plutôt qu’en « homme politique » Très attaqué, comme tout favori, durant la campagne, le dauphin de Michel Buillard et tête de liste Papeete na mua Roa a fait honneur aux pronostics, dimanche dernier, en arrivant en tête au premier tour avec 3 848 voix et 37,4% des suffrages. Le résultat selon Rémy Brillant de propositions « sérieuses » portées par une équipe « solide », qui « donne confiance ». Et ce serait pour honorer cette confiance et « rester honnête vis-à-vis de la population », l’ancien Directeur général des services de la mairie a « exclu dès le début toute alliance avec d’autres composantes ». Liste inchangée, donc. Et même si le maire sortant y est en position éligible sur sa liste, il l’assure : « c’est nous qui sommes porteurs du changement ». Mais le « changement dans la continuité ». Pour lui, pas de contradiction, puisqu’il veut poursuivre le travail commencé sous les anciennes mandatures – et donc assurer de la « stabilité » de la capitale. Car cette stabilité, et une certaine « prospérité », dans trois décennies marquées par de nombreuses crises, est une des plus grandes réussites de Michel Buillard, explique-t-il : « En 1995, quand Michel Buillard a pris la commune, elle était endettée. Elle sortait toute juste de tutelle. On a vécu dans la pénurie très longtemps. Cette année-là, il y a eu des émeutes. La ville a été complètement brûlée. Un peu plus tard, l’usine d’incinération de Tiperu a été fermée. Il a fallu trouver des solutions pour nos ordures ménagères. C’était compliqué. Ensuite, il y a eu la crise en 2001, l’instabilité à partir de 2004, le Covid en 2020. » https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/03/MUNICIPALES-PAPEETE-Remy-bilan-mandatures-precedentes.wav Il n’empêche que l’ancien DGS, désormais retraité, veut proposer « une gouvernance différente », celle d’un maire qui « n’est pas un homme politique ». D’ailleurs il a redit qu’il n’était pas question d’aller aux territoriales de 2028 : « Je ne suis pas en train de construire une carrière politique, je souhaite me consacrer à Papeete. » Il continue à parler d’un programme concret pour « continuer ce qui marche et améliorer » le reste, notamment en revenant vers les habitants des quartiers et en donnant la parole aux jeunes avec « le conseil de la jeunesse », pas d’immobilisme mais « de la rigueur et du sérieux ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/03/MUNICIPALES-PAPEETE-Remy-changer-et-continuer.wav Il tient en revanche à répondre aux polémiques de campagne, la plus récente étant celle qui concerne les assurances que doivent désormais payer les commerçants du marché de Papeete. Pour ses adversaires, aucun doute : c’est le signe que « tout va augmenter » en cas de victoire de Papeete na mua roa : « Ils vont tout baisser, moi je vais tout augmenter, ironise-t-il. Ce n’est pas du tout ça. L’assurance au marché, c’est une vraie question. Il faut couvrir les risques ». Le candidat a en revanche bien des plans pour redynamiser le centre-ville et les périphéries, au profit justement de ces commerçants. Il s’agit notamment d’augmenter le nombre de parkings grâce à des stationnements dans des immeubles pour récupérer de l’espace en bord de routes, et ainsi aérer et revitaliser le cœur de de la capitale. « Plus de place pour les piétons, les vélos, les arbres », insiste-t-il, précisant que des discussions ont déjà commencé avec des propriétaires. Pour lui, ces aménagements sont la clef pour redonner l’envie aux habitants « de se réapproprier » la ville. René Temeharo : « Nous on est dans la rupture » Premier poursuivant de Rémy Brillant, René Temeharo a réuni 1985 voix dimanche, près de deux fois moins que le dauphin de Michel Buillard. Mais le tête de liste de Tama no Papeete le martèle : rien ne sert de compter les voix entre les qualifiés, « les compteurs sont remis à zéro » pour le deuxième tour. « On a vu des deuxièmes qui finissent premiers et des premiers, deuxièmes », pointe le troisième adjoint sortant qui aborde l’échéance avec de nouveaux soutiens. Celui du Tapura, qui, après un détour de son président Édouard Fritch par son meeting fin février, a fini par apporter un soutien appuyé et officiel au secrétaire général du parti. Celui, ensuite, de la tête de liste No Papeete Amui Tatou, Pascale Haiti-Flosse, dernière du premier tour avec quelques 385 voix, mais qui espère tout de même aider à redonner une dynamique à l’ancien ministre. Qu’importe si les discussions avec Tauhiti Nena n’ont pas abouti – parce que le candidat soutenu par le Tavini ne semblait pas vouloir « baisser ses drapeaux », et surtout réclamait la tête de liste, d’après René Temeharo – le meneur de Tama no Papeete s’adresse aux abstentionnistes mais surtout aux « 6500 électeurs qui ont demandé un changement », à qui il fait valoir qu’il est le mieux placé pour empêcher la victoire de la liste où figure Michel Buillard. Car s’il est élu de la majorité du maire sortant depuis 30 ans, et qu’il a sur sa liste plusieurs cadres de son équipe – notamment le premier adjoint Paul Maiotui – il se présente comme le candidat de la « rupture ». Le « changement » aussi mis en avant par Rémy Brillant, un « bon technicien », mais qui n’a pas toujours assez « concrétisé » les projets communaux, estime-t-il, René Temeharo « n’y croit pas ». « Ça fait trente ans que je les côtoies, ils sont dans la continuité. Les perspectives qu’il nous déploie aujourd’hui, c’est Michel Buillard tout craché », ajoute le candidat qui s’interroge sur l’éventuel place d’adjoint au maire du maire sortant dans un mairie dirigée par son ancien DGS. Nous on est dans la rupture, parce que ça fait peut-être douze ans que je constate une dégradation dans la méthode qui est déployée par la majorité ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/03/RENE-TEMEHARO-2.wav Il y a pourtant un bilan de la mandature que le tête de liste René Temeharo n’attaque pas : le bilan financier. Il faut dire que l’adjointe au maire chargée des Finances dans l’équipe sortante, Alice Tinorua Rijkaart fait partie de son équipe. L’ancienne inspectrice des finances est « une chance », pour concrétiser ses engagements en matière de développement des services, notamment sur les questions de propreté, de sécurité, et de proximité, et ses nombreux projets d’aménagement – multiplication des parkings, au centre-ville ou aux entrées de la commune, redynamisation et sécurisation du parc Bougainville, aménagement du fond de la vallée de la Fautaua, avec notamment un amphithéâtre en plein air et des espaces pour les artisans, réfection de la route du mont Marau, entre autres pour les car-bass… Un programme qui, couplé à des promesses de baisse de factures d’eau et de déchets et à un projet de transports communaux gratuits chiffré à 150 à 200 millions de francs par an, a été régulièrement pointé du doigt comme irréaliste par ses adversaires. Le meneur de Tama no Papeete rappelle que les comptes de la mairie sont excédentaires, et que le départ en retraite de près de 200 des 730 agents de la mairie durant la mandature pourrait dégager, s’ils ne sont pas remplacés, plus de 850 millions de francs par an, défend ses projets, mais surtout son engagement. « Je suis là en tant qu’enfant de Papeete, qui paie mes impôts à Papeete, et qui sait ce qu’il faut faire pour mener à bien cette ville, qu’on a laissé aller de par l’insécurité, la pauvreté, la ville sale… Tout ce qu’on a débattu. Il y a énormément de choses à faire et je suis prêt à relever le défi parce que je suis un homme de terrain ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/03/RENE-TEMEHARO-2.wav Tematai Le Gayic, une « vision sur le long terme et du « potentiel électoral » « Si les habitants de Papeete souhaitaient que leur maire soit élu dès le premier tour, ils l’auraient fait ». Tematai Le Gayic, lui aussi estime que rien n’est joué dans cette élection. « Quasiment deuxième » du premier tour, avec 1942 voix, soit une quarantaine de moins de René Temeharo, le meneur de Tutahi ia Papeete rappelle que sa liste est la seule qui n’est soutenue par « aucun grand parti ». Et la seule, avec celle de Rémy Brillant, à avoir fait des scores « équilibrés entre les quartiers ». « Ce qui démontre que notre liste est capable de rassembler le plus largement possible », note le tête de liste de 25 ans. Si l’ancien député aujourd’hui élu Tavini de l’assemblée n’est le « candidat d’aucun bloc » et veut rester « en dehors de la tambouille territoriale », il sait où se trouvent les réserves de voix du second tour. « Rémy Brillant, pour avoir eu une conversation avec lui en début de semaine, je pense qu’il a atteint le plafond de son électorat, il va avoir quelques centaines de voix supplémentaires. René Temeharo également, puisqu’ils sont dans la même poche électorale, détaille-t-il. Il y a un électorat qui ne s’est pas trop déplacé, c’est l’électorat Tavini. Pour être allé cette semaine dans les quartiers, pour avoir rencontré des référents du parti, beaucoup attendaient cette clarification du premier tour pour savoir qui était devant de Tauhiti Nena et moi. ILs ont eu cette clarification et ils se déplaceront. et je pense qu’entre les trois challengers, la liste de Tutahi ia Papeete est celle qui peut récupérer un potentiel électoral qu’il n’a pas mobilisé au premier tour ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/03/TEMATAI-Le-Gayic.wav Si Tematai Le Gayic semblait plutôt satisfait des résultats de dimanche soir, ça n’est donc pas seulement parce qu’il battait celui qu’Oscar Temaru lui avait préféré en fin d’année dernière – « Ça a au moins prouvé le fait que le Tavini aurait pu me faire confiance », précise-t-il. C’est aussi parce qu’il pense pouvoir tirer son épingle du jeu de ce deuxième tour sans « faire monter les enchères », ni « polariser les débats », mais en poursuivant dans sa « logique de planification, de prévision, de proximité ». « Les mesures que nous proposons sont finançables, je n’aurais pas pris le risque de défendre certaines positions qu’ont défendues certains collègues », note-t-il. Réagissant aux propositions de certains de dégager des économies sur la masse salariale de la mairie, en réorganisant ou en ne remplaçant pas les départs en retraite, le candidat rappelle que pour « mettre en oeuvre les projets pour lesquels nous avons été élus », il faut « avant tout s’appuyer sur les agents ». Pas de restrictions « drastiques » de masse salariale donc, qui représente aujourd’hui, avec 730 agents, 57% des dépenses de fonctionnement. Des chiffres « dans la fourchette moyenne des communes de cette taille » et qu’il convient de garder sous la barre des 60%, recommandé par la CTC et qui permet d’éviter une trop grande « rigidité budgétaire ». Tutahi ia Papeete a des projets qui impliquent de réfléchir aux effectifs et au cadre de travail au sein de la mairie. « On parle de renforcer la police de proximité, les médiateurs, on veut créer une brigade sociale, on souhaite ouvrir des guichets uniques de proximité, développer des activités périscolaires dans toutes nos écoles, améliorer la propreté dans le centre-ville, liste Tematai Le Gayic. Et pour tous ça, je ne crois pas qu’il faille à chaque fois faire appel à des DSP, il faut faire confiance à nos agents, mettre de l’agent supplémentaire pour les faire monter en compétences, valoriser ces agents ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/03/TEMATAI-2.wav Tauhiti Nena espère la même remontada qu’en 2020 Arrivé quatrième du premier tour avec 1666 voix, Tauhiti Nena, donné par certains observateurs au coude-à-coude avec Rémy Brillant pendant de la campagne, n’entend pas laisser transparaitre sa déception sur les résultats. Il préfère rappeler que « tous les bons maires sont passés au premier tour » et que si le dauphin de Michel Buillard n’a pas été élu, c’est que le bilan de la mandature qu’il assume, ne doit pas être si bon. Le tête de liste Papeete To’u Oire rappelle surtout qu’il avait signé, en 2020, une « remontada » qui avait donné des sueurs froides à l’équipe en place, quand il était passé de 1 473 suffrages au premier tour à 4 068 voix au second. Le contexte est, il est vrai, très différent cette année, avec une participation presque aussi forte au premier tour qu’au second d’il y a six ans, pas de Covid qui sépare les deux tours de trois mois, pas de procurations litigieuses ou de soutien de Gaston Flosse. Mais qu’importe pour l’ancien ministre et président de fédération de boxe : ce dimanche, les abstentionnistes ont « vu les débats » dont il estime sortir vainqueur, et les électeurs des listes concurrentes « feront le bon choix du changement ». Son discours, lui, n’a pas changé : la lutte contre la vie chère est au cœur de ses priorités avec une cantine 100% gratuite, une baisse de moitié des factures d’eau, une baisse de 30% de celles de l’assainissement, la mise en place de magasins solidaires… « Mes adversaires me traitent de rêveur mais moi, augmenter le pouvoir d’achat des administrés, c’est possible », martèle-t-il. https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/03/MUNICIPALES-PAPEETE-Tauhiti-Nena-pas-reveur.wav Où compte-t-il trouver les économies pour se passer de ces rentrées d’argent ? Dans la réorganisation des services : grâce à leur « optimisation », il parle de la possibilité d’économiser « 400 millions de francs ». Et il remet aussi sur le tapis la trésorerie de 4,3 milliards de francs, un chiffre débattu entre les candidats. Sur cette question, Tauhiti Nena attaque aussi : « L’équipe en place ne suit pas les textes au niveau de la transparence et de la communication. La loi impose la publication en ligne des délibérations et budgets de la commune. Aujourd’hui, ce n’est pas le cas. Comme ça, tout le monde pourrait consulter les tarifs. Il n’y aurait pas de débat. J’avais également proposé que les conseils municipaux soient filmés en direct. Dans certaines communes en France, on peut suivre ce qui se passe au niveau du conseil municipal. Il y aura une réelle transparence. » https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/03/MUNICIPALES-PAPEETE-Tauhiti-Nena-transparence.wav Concernant son idée de vente de bouteilles d’eau, il l’a toujours en tête. Ce projet n’est pas dans son programme mais il assure avoir eu des contacts avec des entreprises : « On réfléchit, on ne fait pas n’importe quoi. » Sur la sécurité qui est aussi un sujet important de sa campagne, il souhaite renforcer la vidéosurveillance et pourquoi pas utiliser la surveillance algorythmique comme ça a été le cas pour les Jeux Olympiques de Paris. Sur les inquiétudes et le débat autour de cette technologie qui peut mener à la reconnaissance faciale, Tauhiti Nena répond : « On veut de la sécurité ou pas ? » Pour lui, « régler le problème de la sécurité et de la propreté » permettra de redynamiser le centre-ville. L’ancien sportif de haut niveau n’oublie pas les clubs parlant de leur donner « 10 à 15 millions de francs par an ». Côté transport, il estime qu’une solution existe pour avoir moins de bouchons avec un contournement de Papeete en passant par des routes qui existent déjà entre Tipaerui et Pamatai ou encore entre Saint-Amélie et la Mission. Des routes aujourd’hui privées et qui sont régulièrement fermées par des cailloux pour empêcher les automobilistes de passer. « Ce n’est pas dans mon programme mais c’est une solution », tient-il à préciser.