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« Si la police ne peut rien faire, on fait quoi? »

Un pavé envoyé dans une porte puis deux dans une vitrine, des poubelles renversées sur la chaussée et des agressions verbales à répétition. La commerçante à qui appartient l’enseigne qui alerte a passé les journées de mardi et mercredi sur ses gardes, rideau baissé. L’homme sans domicile fixe qui a causé les dégâts devient agressif lorsqu’on ne lui donne pas ce qu’il veut. « Un problème avec la frustration et non une maladie » dit père Christophe. « Si la police ne peut rien faire, on fait quoi ? » demande la commerçante.

La tension a commencé à monter il y a plusieurs semaines entre les gérants d’un commerce du front de mer et un homme sans domicile fixe qui est souvent autour du parking de la clinique Paofai.« Quand il va bien, pas de soucis, et parfois il ne prend pas son traitement – d’après son tuteur – et alors il devient agressif ». Dans ces moments il sort de ses gonds dès qu’on lui refuse ce qu’il demande, de l’argent en général en ce qui concerne les commerçants. « Il est rentré dans la boutique en nous insultant et il tapait sur les vitres avec ses mains au début. À chaque fois qu’on lui refuse quelque chose il revient encore plus énervé. » Mardi il lance un pavé sur la porte d’entrée de la boutique et manque le propriétaire qui referme la porte aussitôt. Malgré le signalement à la police et une plainte déposée, la seule réponse qu’on donne aux victimes, c’est « qu’on ne peut rien faire ».

L’homme est amené à l’hôpital mais là aussi, il ne peuvent rien, et il finit par s’en aller dès que le personnel a le dos tourné, avant même d’avoir vu un psychiatre. Et puis apogée ce mercredi, il revient devant la même vitrine à laquelle il fait trois impacts avec un pavé. La propriétaire décide de lui répondre en le menaçant et là il lui renvoie un caillou qui manque de toucher son mari. La commerçante demande à qui veut bien l’entendre, « c’est normal que les commerçants doivent se défendre ? » Aujourd’hui la police lui demande de « ne pas s’énerver ». Elle, se demande « si la police ne peut rien faire, on fait quoi? » 

Un « oiseau » bien connu

« L’oiseau » est connu du père Christophe depuis au moins six ans. Dans son presbytère où il assure un suivi des personnes sans domicile fixe dans la mesure de ses moyens, on peut voir deux impactes sur la porte d’entrée. L’un des deux a été fait par le même homme la semaine passée parce qu’il lui avait « demandé d’aller fumer son paka ailleurs« .

L’homme d’église recontextualise : Jean-Marie a une histoire familiale chargée de « toutes les atrocités qu’on peut imaginer ». Il reviendrait d’ailleurs d’une période passée en famille, raconte-t-il, et il est possible qu’un décès lui ait fait perdre pied. Selon lui, les médecins de l’hôpital n’en veulent plus parce qu’il n’a pas de trouble psychiatrique et qu’il est ingérable. « Il a en fait un énorme problème avec la frustration. Cela vient de son manque d’éducation, c’est presque un animal sauvage qu’on aurait laissé à son sort ». Pour lui la solution n’est pas médicale puisqu’il n’a pas de pathologie, et « peut-être qu’une intervention judiciaire lui donnerait un sens de l’autorité et des responsabilités ». Mais il n’a pas la réponse.

Père Christophe favorable à une intervention judiciaire, mais inquiet des conséquences d’une incarcération 

Jean-Marie était ce mercredi soir encore aux urgences, attaché sur un lit. Le parquet a demandé à la police de le mettre en garde à vue avec l’aval du corps médical. Aucun signe avant-coureur de suicide pour le père Christophe mais il s’inquiète également des conséquences d’une incarcération, puisque dans le fond « cette agressivité, elle vient d’une souffrance ». Aujourd’hui le seul endroit où il était envoyé, l’hôpital, « n’est pas un centre d’hébergement » pour les personnes qui n’ont pas leur place dans la société.

La porte du presbytère du père Christophe n’en est pas à son premier impact. ©MB/Radio1

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