ACTUS LOCALESÉCONOMIE Le Pays promet 10 milliards de francs pour lutter contre la hausse des prix Charlie Réné 2022-04-06 06 Avr 2022 Charlie Réné Yvonnick Raffin a présenté ce mercredi les premières mesures d’un Plan de sauvegarde du pouvoir d’achat. En plus de la stabilisation des prix des carburants, le Pays prévoit un soutien exceptionnel à la farine, un élargissement des exonérations de taxes et de la liste des PPN. Mais il s’agissait aussi de s’adresser aux consommateurs : non, la TVA sociale n’est pas la seule responsable de l’inflation et face aux abus de certains commerçants, « il faut faire jouer la concurrence ». Les prix grimpent, et le gouvernement n’a pas l’intention d’en endosser la responsabilité. Alors que l’inquiétude, voire la grogne, des consommateurs monte en flèche, Jean-Christophe Bouissou et Yvonnick Raffin ont été envoyés à l’offensive ce mercredi après le conseil des ministres. D’abord sur la communication. Le vice-président, a rappelé encore une fois que le phénomène inflationniste est mondial (7,9% d’inflation aux États-Unis sur un an, 7,5% en Europe) et que les causes, pour l’essentiel, sont externes à la Polynésie (reprise économique généralisée, tensions sur le fret, les matières premières et les carburants, guerre en Ukraine). Comme le ministre des Finances, il est tout de même revenu sur les « exagérations » de certains commerçants qui tirent les prix à la hausse, et appellent à la « responsabilité » dans cette vague d’inflation que « subit » le fenua. Mais les deux responsables le martèlent : il serait « malhonnête » de « pointer le gouvernement du doigt ». Farine, carburants, matériaux et PPN Difficile pourtant de dire que la contribution pour la solidarité et ses 1% de taxes à chaque échelon de la chaîne économique, exemptions mises à part, va dans le bon sens. « On ne peut la pas rendre responsable de tout », a insisté Jean-Christophe Bouissou, d’autant qu’elle n’est en vigueur que depuis 6 jours. Évitant de revenir sur le débat qui a entouré la mise en place de cette taxe, les deux ministres ont préféré pointer vers les efforts du gouvernement en matière d’amortissement des hausses de prix. Exonération de taxes à l’importation sur les matériaux de construction, sur les matières premières, stabilisation du prix des hydrocarbures… Des outils ont déjà été mis en place depuis le début de l’année, mais le conseil des ministres ce matin a étudié une première version d’un Plan de sauvegarde du pouvoir d’achat, plus complet. Si ces propositions sont définitivement adoptées, ce seraient 10 milliards de francs qui seraient consacrés, sur l’année, à la lutte contre l’inflation. Alors que le gouvernement assure déjà depuis plusieurs mois se serrer la ceinture, ces fonds devront être trouvés dans les budgets « existants », assure Yvonnick Raffin : https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2022/04/RAFFIN-1-ou-aller-chercher-les-10-milliards.wav On trouve notamment parmi les nouvelles mesures l’élargissement de la liste des PPN, qui a reçu un accueil plus que mitigé au Cesec, des modulations de cette liste par archipels, des nouvelles exonérations sur les produits de grande consommation, le bois ou les œufs. Ou la poursuite du maintien du prix de la farine et donc du pain : sans intervention des autorités, le prix des 56 millions de baguettes produites chaque année aurait déjà dû bondir de 57 francs à plus de 100 francs. Maintenir son prix, « si c’était le choix qui était confirmé par le gouvernement », coûterait un milliard de francs par an. Comparateurs de prix Plus coûteux encore est le maintien des prix des carburants, qui, comme le pointe Jean-Christophe Bouissou, sont aujourd’hui moins chers en Polynésie qu’en Nouvelle-Calédonie ou qu’en métropole. L’amortissement des hausse de prix pour le carburant grand public, les professionnels (qui bénéficient d’un régime particulièrement favorable) et pour le diesel d’EDT se chiffrent au total à 7 milliards de francs sur l’année. « C’est un calcul qui prend en compte les informations que l’on a aujourd’hui, beaucoup de choses peuvent se passer » prévient Yvonnick Raffin. Le Pays doit d’ailleurs réévaluer son intervention au mois de juin. La mesure aura alors déjà coûté près environ 3 milliards de francs : https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2022/04/RAFFIN-2-maintien-du-prix-des-carburants.wav Au-delà de ces amortisseurs, faut-il intervenir davantage dans le marché, rectifier les systèmes de contrôle des marges des PPN, qui ne permettent pas toujours de réguler les prix ? Le gouvernement se montre encore prudent sur la question. « On ne veut pas d’une politique dirigiste (…) d’un système à la soviétique », répond Jean-Christophe Bouissou, qui veut croire au jeu de la concurrence. Au consommateur de la faire jouer, donc. « Il faut changer les comportements », insiste le vice-président, qui encourage à « changer de magasin » quand les prix semblent abusifs. Pour les y aider, le gouvernement planche sur une plateforme de comparaison de prix améliorée qui indique les « bon plans mais surtout les mauvaises affaires », magasin par magasin. Un dispositif déjà testé en Nouvelle-Calédonie, précise Yvonnick Raffin : https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2022/04/RAFFIN-3-comparateur-de-prix.wav Les baisses de cotisations sociales soumises aux administrateurs CPS Autre annonce, ou plutôt confirmation : les cotisations sociales vont bien baisser. Pas de date, ni de chiffre, mais la proposition doit être faite au conseil d’administration de la CPS « sous quinzaine », et les partenaires sociaux « choisiront ou non de la voter en leur âme et conscience ». Yvonnick Raffin évoque depuis longtemps cette baisse des cotisations – salariales comme patronales – mais la baisse du taux de la TVA sociale – qui a réduit d’un tiers les recettes de la taxe, soit 4 milliards – l’avait mise en doute. « Je maintiens qu’il n’est pas normal que les salariés qui contribuent au RGS et en même temps sur la consommation viennent cotiser deux fois », explique-t-il. https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2022/04/RAFFIN-4-baisse-des-cotisations.wav