ACTUS LOCALESPOLITIQUE « Si le but c’est juste d’atteindre l’indépendance, ça ne m’intéresse pas » Charlie Réné 2025-04-06 06 Avr 2025 Charlie Réné Oscar Temaru et Tony Géros ont beaucoup insisté, lors du congrès du Tavini sur les « fondamentaux » du combat indépendantiste. Ça n’a pas empêché Moetai Brotherson de réaffirmer sa ligne : le combat pour la pleine-souveraineté ne doit pas se faire à n’importe quel prix – d’où sa position contre l’exploitation des ressources minières de la ZEE – et n’est pas « un remède à tous les maux ». « Si le but collectif ici, c’est juste d’atteindre l’indépendance, ça ne m’intéresse pas » a lancé le président du Pays, qui veut d’abord chercher à donner au Pays les moyens de sa souveraineté. Lire aussi : Malgré les mises en garde du Medef, Tony Géros prépare son arsenal contre la vie chère Quelles institutions pour la République de Maohi Nui ? Émile Vernaudon en bleu ciel à Mahina : « Je ne sais pas quel message on veut envoyer » Tematai Le Gayic refuse de crisalliser le débat des municipales autour de l’indépendance Moetai Brotherson annonce sa retraite… En 2034 Minarii Galenon « surprise » de ne pas être candidate à Mahina Rappeler les « fondamentaux » avant le lancement de la courses aux municipales. C’était l’objet principal du congrès du Tavini, fixé d’avance par le président et le vice-président du parti, Oscar Temaru et Tony Géros. Les deux leaders, comme le secrétaire général Vito Maamaatuaiahutapu, ont donc pris à la parole à plusieurs reprises pour retracer les cinq décennies de combat des bleu ciel, appeler à mettre la marche vers la souveraineté au coeur de toutes les actions et de toutes les réflexions des élus, et replacer cette « raison d’être » du Tavini au devant de la future campagne électorale. L’idée d’obtenir de la France l’ouverture d’un dialogue de décolonisation et d’un cycle d’auto-détermination encadré par l’ONU, tout le monde, au Tavini la partage. Mais à la tribune, la voix de Moetai Brotherson a une fois de plus marqué une ligne différente de celle des cadres du parti dans la vision de ce processus. « L’indépendance économique totale, c’est un leurre » Comme souvent au Tavini, ces divergences – toujours démenties et attribuées aux « exagérations médiatiques » par Tony Géros – n’ont pas donné lieu à des apostrophes, un bras de fer ou même un débat ouvert. Mais plutôt à des rappels à l’ordre feutrés, prenant à partie les militants par discours et résolutions interposés. Cela a été le cas, notamment sur le sujet des ressources minières des grands fonds. Oscar Temaru a maintes fois utilisé ces ressources metalliques, mal connues et très difficiles à exploiter, comme argument pour assurer de la viabilité du projet indépendantiste. Moetai Brotherson, lui, estime que l’exploitation de ces nodules serait un « non-sens économique et écologique ». Le président avait d’ailleurs pris soin de réaffirmer sa position quelques jours avant cette réunion dans les pages du Guardian : il faudra lui « passer sur le corps » pour exploiter les nodules dans la ZEE polynésienne. Le dossier a donc été abordé par une résolution exigeant une pleine souveraineté du peuple polynésien sur ces ressources, tel que l’ONU l’a plusieurs fois écrit à l’attention de Paris. Pas de désaccord sur ce point, mais l’occasion pour chacun de préciser sa ligne. Tony Géros rappelle ainsi qu’on ne « gouverne pas contre son peuple », et que cette exploitation lorsqu’elle sera viable et pourra être faite « dans les règles de l’environnement », devra être lancée. « Ça peut être la tentation pour certains, moi je reste convaincu qu’on a pas besoin de ces minerais subocéaniques pour arriver à notre indépendance, répond Moetai Brotherson. Encore une fois, l’indépendance économique totale, c’est un leurre. Il n’y a aucun pays totalement indépendant sur le plan économique. Pour s’en convaincre il suffit de voir la panique provoquée dans le monde par les tarifs douaniers qu’impose Trump. Il y a des interdépendances ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/04/TAVINI-MOETAI-2-ressources.wav Le projet de constitution pour éviter les erreurs d’autres décolonisations Sans « joker » économique comme les nodules océaniques, il faut forcément « construire » la viabilité d’un Maohi Nui indépendant. Mais faut-il s’émanciper avant d’être totalement prêt ? C’est là l’autre clivage important entre la ligne Temaru – Géros et la ligne Brotherson. Le président du parti, qui a préféré sa chaise à la scène pendant le congrès, a lui aussi parlé des interdépendances économiques. Mais plutôt pour expliquer, en substance, que le rattachement à la France était un frein plus qu’un atout dans un monde où il y a intérêt à mettre en compétition les partenaires. D’où la nécessité, suggère-t-il, d’accéder rapidement à la pleine-souveraineté. Son gendre a, lui, plutôt mis en exerce toutes les « responsabilités qu’il faudra endosser » dans l’après-indépendance. Son exécutif vise justement, assure-t-il, à préparer le pays à les assumer et à créé une société « plus juste, plus équitable plus durable », et donc prête à être souveraine. « Si le but collectif ici, c’est juste d’atteindre l’indépendance, ça ne m’intéresse pas », a-t-il lancé dans un discours qui a soufflé le chaud et le froid au motu Ovini. Le président du Pays s’est même directement adressé à « ceux qui pensent, qui rêvent que l’indépendance, c’est le remède à tous les maux ». Lui ne le pense pas, et « c’est encore plus motivant comme ça ». Les deux lignes se retrouvent sur un point : l’avant-projet de constitution, document nécessaire pour revendiquer le lancement d’un dialogue de décolonisation pour les uns, pas supplémentaire dans le sens des « responsabilités » pour les autres. « Ça permet de nous assurer que nos institutions politiques ne vont pas dévier, a ainsi expliqué Moetai Brotherson à la tribune. C’est un phénomène qui a été observé, par exemple, lors des indépendances africaines dans les années 60. Parce qu’ils n’ont pas fait cet effort préalable de réfléchir à une constitution solide, les institutions qui se sont mises en place après une indépendance n’ont pas tenu le coup, face à la corruption, face au jeu politique interne. C’est pour ça que ce travail est important ».