ACTUS LOCALESSANTÉ Teanini Tematahotoa poussée vers la sortie à l’ICPF Charlie Réné 2026-02-08 08 Fév 2026 Charlie Réné La directrice de l’Institut du cancer de Polynésie française (ICPF) a reçu cette semaine une lettre de convocation du ministre à un entretien préalable à une éventuelle fin de fonctions. Ni Cédric Mercadal, ni la médecin qui avait pris son poste en 2023 ne souhaitent commenter cette probable éviction, qui reste à être actée par le conseil des ministres. Mais on précise déjà, côté exécutif, que le recentrage des missions de l’ICPF sur la prévention et l’accompagnement des malades, en excluant l’idée d’y intégrer une partie du soin, justifie un « changement de profil » à la tête de l’institut. Le personnel de l’institut a déjà affirmé son soutien à Teanini Tematahotoa. La lettre a été reçue en milieu de semaine et la nouvelle est rapidement arrivée jusqu’aux oreilles des partenaires sociaux, dont certains ont voulu interpeller le ministre lors d’un conseil d’administration de la CPS ce vendredi. Pourquoi Teanini Tematahotoa est-elle convoquée à un entretien préalable à une fin de fonction ? Qu’est-il reproché à la jeune médecin polynésienne, qui avait été nommée voilà deux ans à la tête de l’Institut du cancer de Polynésie française (ICPF) ? Une de ces « questions diverses » qui a tourné court, Cédric Mercadal indiquant que cet entretien, qui doit avoir lieu mardi, ne concernait que l’intéressée et le ministère. Et que le Conseil des ministres était libre de choisir les directeurs de ses établissements publics. L’établissement public en question – un « Epic » en l’occurrence, répondant à des règles de gestion de droit privé – est au centre de beaucoup de discussions ces dernières années. Créé en 2021, sous la précédente mandature, l’institut du cancer devait voir ses missions s’étoffer d’année en année : après la gestion du registre des cancers, la coordination du dépistage et de la prévention, l’ICPF devait coordonner le parcours de soin des patients, intégrer certaines étapes du diagnostic et du soin, et développer des actions en faveur de la recherche et de l’innovation. Des plans qui ont été contestés, entre autres au sein de l’hôpital, et qui ont posé des questions budgétaires au gouvernement, dont le nouveau schéma d’organisation sanitaire – présenté au Cesec, qui l’a durement critiqué, et en route vers l’assemblée – revoit à la baisse ces ambitions. L’ICPF est recentré sur la sensibilisation, la communication et l’accompagnement des malades. Un changement de cap qui justifie, pour le ministère de la Santé, la recherche d’un profil « plus adapté » pour prendre la tête de l’établissement. La nouvelle s’est aussi propagée au sein de l’institut en fin de semaine. Certains de ses collaborateurs affichaient leur soutien à Teanini Tematahotoa au centre de vaccination contre le HPV organisé samedi matin à Pirae, parlant d’incompréhension, de « remise en cause » des missions de l’établissement, et de risque de « casser la dynamique » lancée par la directrice ces deux dernières années. Outre le recadrage des missions de l’ICPF, certains citent plusieurs dossiers qui ont opposé le ministère de la Santé et la direction de l’établissement ces derniers mois dont l’ouverture récente du laboratoire d’anatomocytopathologie – spécialisé dans l’analyse de tissus, et qui permet de mieux orienter les traitements contre les cancer -, que l’ICPF aurait voulu lancer plus tôt, avec plus de communication et davantage de moyens humains. Du côté des administrateurs CPS, on lie aussi ces tensions aux autres débats, toujours nombreux, qui entourent la politique cancer : le retard de l’installation du cyclotron, désormais prévu pour une entrée en opération en 2028, les difficultés de la Polynésie à attirer et fidéliser des médecins spécialisés… Autant de sujets qui pourraient être évoqués lors de l’entretien préalable de mardi. La question de la fin de fonction de Teanini Tematahotoa doit ensuite être étudiée en conseil des ministres, probablement dès ce 11 février.