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Thonier chinois naufragé à Arutua : le Pays s’exprime

©CP/Radio1

Jean-Christophe Bouissou et Heremoana Maamaatuaiahutapu ont apporté ce mercredi des précisions sur l’affaire du thonier Shen Gang Shun 1 échoué à Arutua le 21 mars dernier, notamment sur les opérations de dépollution qui seront nécessaires. Le Pays a aussi entamé deux actions en justice. « Les armateurs, qu’ils soient locaux ou étrangers, doivent assumer leurs responsabilités, » dit le Pays.

Le 21 mars dernier, un thonier chinois, le Shen Gang Shun , s’est échoué sur le platier de Arutua avec à son bord 250 tonnes de fuel, 20 000 litres d’huiles, 22 bonbonnes de 20 kg de fréon, de grosses quantités de piles, 15 tonnes de poisson et 62 tonnes d’appâts.

« Il faut avouer que nous manquions d’informations »

Le Pays déplore « le manque d’informations précises et l’absence d’expertise » constatés d’abord dans le rapport remis par le propriétaire du navire, mais aussi par le fait que le rapport du Prairial, qui s’était rendu sur place, n’est jamais parvenu aux autorités polynésiennes, « malgré un courrier d’Édouard Fritch au haut-commissaire pour l’obtenir », précise Jean-Christophe Bouissou.

Ce qui a conduit le Pays à diligenter sa propre mission d’expertise, qui s’est rendue sur place en avion le 18 avril dernier avec six personnes : un agent de la Direction de l’environnement équipé d’un drone, deux plongeurs, un ingénieur et un technicien spécialisé d’une société privée ainsi qu’un expert d’une autre société privée mandatée – et qui agit déjà sur le démantèlement du thonier échoué à Marutea Nord, la société Rovotik.

Le navire est stable, totalement posé sur le récif entre deux failles. Le talon du navire est posé sur le récif et une fissure a été constatée de laquelle s’est très vraisemblablement échappé du carburant. Une forte odeur de carburant se fait sentir à 150 mètres autour du bateau. Cinq prélèvements d’eau de mer ont été effectués à différents endroits autour du navire, qui doivent à présent être analysés.

Le drone a permis de constater une zone du récif noircie longue de plusieurs dizaines de mètres. Il n’est pas possible en l’état de dire si ces constatations, qui n’ont été détectées sur les images du drone qu’au retour à Tahiti, résultent de l’échouement et sont un effet direct d’une pollution ou de la prolifération d’algues brunes sur le platier sous l’effet du choc.

©Presidence

Au plan environnemental : une dépollution très compliquée et très longue

A l’instar de l’opération de Marutea Nord, l’opération d’Arutua s’annonce complexe et lourde, le lagon de Arutua n’étant accessible à aucun navire ni aucune barge. Ce sont les navires de la flotille administrative qui seraient utilisés. Il ressort des échanges avec les experts qui ont participé à la mission qu’il faut envisager plusieurs phases, la plus urgente étant de limiter les effets de la pollution, par la pose de 500 à 900 mètres de barrières flottantes anti-pollution, puis d’extraire le plus rapidement possible les matières dangereuses. Soit deux à trois jours de préparation.

La deuxième étape serait l’extraction de la cargaison de poissons en putréfaction ainsi que les matières dangereuses et polluantes. Les experts estiment entre 3 et 4 semaines le délai nécessaire pour monter l’opération, rassembler les matériels, et la déployer sur place. Une fois opérationnelle, ils estiment qu’il faudra entre 3 et 4 semaines pour extraire la cargaison. Les 70 tonnes de poisson en décomposition devront être extraites à la main, à raison de roulements de deux heures pour des équipes pourvues de scaphandres et de masques. Les huiles pourront être pompées dans des cubitainers.

Troisième étape : l’extraction des 250 tonnes de carburant. Enfin se posera la question du sort de l’épave, allégée de sa cargaison : déséchouement ou démantèlement ? Dans un délai de 12 à 15 jours les experts seront en situation de proposer des options techniques précises, leur faisabilité et leur chiffrage.

Le stock de poisson a entamé sa décomposition, mais des prélèvements ont néanmoins pu être réalisés, notamment pour tenter de préciser la provenance des carcasses de requins trouvées dans la cale.

 ©D.R.

Au plan juridique : plusieurs recours déjà entamés

Le 24 mars, Jean-Christophe Bouissou signait une mise en demeure au propriétaire. Le 9 avril, le Pays a déposé une requête en « référé mesures utiles » devant le tribunal administratif, qui demande la condamnation des contrevenants, la sécurisation du matériel, la prévention de la pollution aux hydrocarbures et le retrait du navire du platier de Arutua ; ou, à défaut, la possibilité pour le Pays d’intervenir aux frais du propriétaire. Le tribunal administratif doit se prononcer très prochainement. Le 16 avril, le Pays a déposé une plainte contre la société chinoise avec constitution de partie civile, pour pollution maritime des eaux territoriales et détention d’espèces protégées. « Les armateurs, qu’ils soient locaux ou étrangers, doivent assumer leurs responsabilités », conclut le Pays.

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