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Tortues de Floride : petites carapaces et gros casse-tête

©Te mana o te moana


Classée comme une des espèces les plus invasives au monde, la tortue de Floride se multiplie de façon inquiétante dans les rivières de Tahiti, où son appétit gargantuesque met en danger des espèces indigènes. Comment freiner la propagation ? Te mana o te moana, spécialisée dans les tortues marines mais qui reçoit de plus en plus d’appels concernant cette cousine américaine, a été chargée par l’OFB de répondre à la question. L’association a déjà lancé un grand plan de recensement ou de capture, et en attendant de trouver des solutions « éthiques », créé des bassins sanctuaires.

Scientifiques de terrain et randonneurs avertis le confirment : il n’est pas rare de croiser ses tempes rouges entre deux pierres, dans des rivières de Tahiti ou dans des points d’eau calmes, aux abords de la ville comme beaucoup plus haut dans la montagne. Et les associations de défense de l’environnement de Raiatea ont eux aussi constaté la présence du reptile d’Amérique du Nord, dont la carapace peut atteindre les 30 cm, dans différentes zones de l’île sacrée.

C’est que l’animal, classé comme une des 100 espèces les plus invasives au monde par l’UICN, se reproduit vite et peut vire 20 à 30 ans. Et il est gourmand, très gourmand, assez pour épuiser certaines ressources alimentaires et mettre en danger les espèces indigènes avec qui il entre en compétition. Raison pour laquelle, dès 2006, la tortue de Floride a été déclarée menace pour la biodiversité en Polynésie, au grand dam des professionnels qui continuait à l’importer. Mais la réglementation n’a pas suffit pour faire disparaitre cet « animal de compagnie » qui, depuis longtemps a pris ses quartiers bien au delà des bassins, cages et jardins du fenua. Au contraire, il semble se multiplier, créant des inquiétudes pour les écosystèmes fragiles, notamment les embouchures de rivières.

Deux appels par semaine sur la « ligne d’urgence »

« Dans beaucoup d’endroits où elles ne sont pas natives, elles prédatent tout, elles mangent tout et en plus elles ont très peu de prédateurs et se reproduisent assez vite. C’est également dangereux pour la faune locale et les hommes parce que ça peut transmettre des maladies, notamment la salmonellose », explique Jade Gouin, coordinatrice des programmes de conservation des tortues et vétérinaire chez Te mana o te moana.

L’association spécialisée dans la préservation des tortues marines – bien chez elles au fenua – n’avait pas vocation a s’intéresser à l’envahisseur. Mais elle a dû le faire malgré elle : le collectif reçoit de plus en plus d’appels sur sa ligne d’urgence, « près de deux par semaine », concernant non plus les tortues vertes ou imbriquées mais bien des tortues de Floride. Sans solution ou recommandations toutes faites pour répondre aux interrogations, l’association s’est rapprochée de l’Office français de la biodiversité – une agence spécialisée de l’État qui dispose d’une antenne en Polynésie – avec qui elle a lancé le projet « Reset » – pour Restauration des écosystèmes côtiers à Tahiti.

Des tortues de Floride dans le bassin central de la mairie de Teva i Uta.

Des structures d’accueil pour éviter de les relâcher

« On a mis le projet en place en juin 2025, et pour deux ans, suite à un nombre croissant d’appels pour des tortues de Floride retrouvées dans le milieu naturel, reprend la jeune vétérinaire. Le but, ça va être un peu de voir où elles sont localisées à Tahiti et d’essayer de les enlever au maximum du milieu naturel, en mettant en place des structures d’accueil pour les recevoir. Et ensuite, également, restaurer le milieu en faisant des ramassages de déchets, en essayant de voir surtout quelle faune et flore les tortues mangent dans ces rivières », et quels autres dégâts elles ont pu occasionner. Au passage, les membres de l’association en profiteront pour recueillir des informations pour remplir la base de données sur la biodiversité locale.

Pas de campagne d’éradication au programme, donc, les tortues seront attrapées grâce à des pièges « non-mortels installés sur des sites précis », puis une fois replacées dans leur nouvel habitat, les membres de l’association veilleront à récolter les œufs et à les détruire pour éviter l’augmentation de la population. Les bassins de l’hôtel Intercontinental, où est basée l’association, une fois rénovés et agrandis aux frais de l’association, serviront de premier grand site « sanctuaire ». Mais te Mana o te moana a aussi lancé un appel sur les réseaux sociaux pour identifier des bassins « sécurisés » chez des particuliers.

Un programme qui devrait coûter 12 millions de francs, dont 10 seront financés par l’OFB – qui ne participe pas aux travaux sur les bassin – et qui doit permettre au plus long terme de proposer des solutions « éthiques et durables » pour ralentir et contrôler la prolifération de ces « Trachémyde à tempes rouges » – le nom officiel en français.

Des campagnes de terrain et une sensibilisation renforcée

Une part importante du projet est aussi consacrée à la sensibilisation du public. Des panneaux explicatifs seront installés autour des mares d’accueil, et un travail pédagogique sera mis en place avec l’accueil de classes de primaires lors de journées éducatives. Ces élèves apprendront à identifier les espèces locales et seront formés à la préservation de leur environnement.

Pour renforcer son efficacité, Reset s’appuie sur l’entraide avec des partenariats locaux. Parmi eux, l’association SOP-Manu, qui travaille notamment sur la protection du héron strié aux embouchures de rivières, où se trouvent également les tortues recherchées. « Des liens ont aussi été établis avec des guides de randonnée, des associations et des riverains », afin de croiser les observations et d’optimiser les efforts de prospection.

Que faire si vous trouvez une tortue de Floride ?

Les porteurs du projet lancent un appel clair à la population : « Ne relâchez jamais une tortue dans la nature. Si vous êtes propriétaire et que vous souhaitez vous en séparer, ou si vous en observez une (vivante ou morte), contactez l’équipe Reset », au 87 39 08 45 ou par mail à tortues@temanaotemoana.org.

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