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Tourisme durable : le « peut mieux faire » du conseil mondial

Le Conseil mondial du tourisme durable a diffusé son premier rapport d’évaluation sur la destination Polynésie. Si l’organisme, auquel le Pays a adhéré fin 2022, reconnait des efforts dans le secteur ces dernières années, il liste beaucoup d’écueils sur lesquels le tourisme polynésien pourrait à terme buter : dépendance aux hydrocarbures, problèmes d’accès à la nature, manque de mise en valeur et de protection des biens culturels ou d’implication de tous les acteurs… Des « défis » importants qui interrogent à l’heure où le gouvernement veut renforcer massivement la fréquentation touristique du pays.

C’est un premier état des lieux qu’a dressé en Polynésie le Conseil mondial du tourisme durable (GSTC). L’organisme, créé entre 2007 et 2009 dans un cadre onusien, définit et porte des standards mondiaux pour des voyages et du tourisme à l’impact limité. Et c’est entre autres pour se confronter à ces « critères du GSTC » que la Polynésie y a adhéré fin 2022. Restait donc à mener une première mission d’évaluation, qui a eu lieu entre août et décembre 2023, sous la direction du Dr Mihee Jang, une des cadres du conseil mondial, avec la « pleine collaboration » de Tahiti Tourisme. Gestion de la destination, durabilité socio économique, culturelle ou environnementale… L’idée de cette mission, qui a alterné observations de terrain et échanges de documents, était d’identifier les défis que les autorités locales ont à surmonter pour inscrire l’activité touristique sur le très long terme et limiter ses conséquences néfastes.

Dépendance aux hydrocarbures et problèmes d’accès à la nature

Et la liste est longue. L’organisme onusien relève par exemple une forte dépendance aux énergies fossiles, particulièrement marquée dans les archipels éloignés, s’étonne du manque de développement des transports publics, pourtant bien pratiques pour les voyageurs, s’inquiète des systèmes de gestion de déchets défaillants, ou encore des consommations en eau très peu régulées. Tahiti Tourisme et le gouvernement, bottent, sur certains de ces points, vers le « Plan climat » en préparation, mais qui liste pour l’heure des grands objectifs plus que des projets concrets. Le rapport recommande au passage « d’évaluer si les installations et activités publiques et privées limitent l’accessibilité des résidents à la nature ». Un débat primordial, notamment à Tahiti et Moorea, où les propriétés bloquent l’accès du domaine public tant du côté de la mer que de la montagne.

Le Conseil appuie plus globalement sur le manque d’espace et de ressources du fenua. Rien de très nouveau, mais le fait est que les touristes se rendent très majoritairement sur les mêmes îles, sur les mêmes sites, avec, forcément, un plus fort impact que si les « flux » étaient mieux répartis. Ce qui semble correspondre à une des grandes orientations du gouvernement Brotherson, qui a répété, ces derniers mois, sa volonté de soutenir davantage la création de structures d’accueil dans des îles moins fréquentées.

Sites culturels pas assez protégés et mis en valeur

C’est surtout du côté culturel que le Conseil mondial a identifié des « problématiques » en Polynésie. L’organisme tire un bilan très mitigé sur la mise en valeur et la protection des sites culturels, et sur l’orientation des touristes sur place. Il interpelle aussi l’absence de base de données centralisée sur le patrimoine, qui permettrait de mieux informer les touristes, mais aussi de mieux former les guides et prestataires. L’accessibilité semble aussi être un défi à relever : celle des bâtiments publics pour les personnes à mobilité réduite, mais aussi du côté linguistique, domaine dans lequel le GSTC fait part de « difficultés ».

Côté gestion, le rapport relève que les mairies ont beaucoup de pouvoir pour orienter le tourisme sur leur territoire, et que la mise en cohérence des politiques et de la communication publique en la matière apporterait des « résultats positifs ». Il note aussi que les entreprises ne sont pas suffisamment encouragées à adopter des normes de durabilité ni sollicitées pour participer à la gestion de la destination. Le Conseil préconise de garantir un meilleur accès au marché aux entreprises touristiques certifiées et engagées pour le tourisme durable.

600 000 touristes durables, vraiment ? 

Tahiti Tourisme assure que beaucoup de pistes d’améliorations sont traitées dans la feuille de route « Fāri’ira’a Manihini 2027 », qui a justement pour but de faire de la Polynésie une « destination inclusive et durable » au cours des cinq prochaines années. Problème : ce plan, préparé et visé sous la précédente mandature, passe, comme le note d’ailleurs le GSTC, par une « régulation du nombre de touristes proportionnellement à la population locale ». Et de côté là, le nouveau gouvernement a revu les objectifs à la hausse : 600 000 par an d’ici 2030, contre 260 000 aujourd’hui. Aucune étude précise ne détaille à l’heure actuelle comment cet objectif peut être atteint en respectant les critères de développement durable.

Quoiqu’il en soit, Tahiti Tourisme prévient que ce travail du Conseil mondial n’est qu’un premier pas. « Il doit être complété par les résultats de l’étude sur l’empreinte carbone du tourisme, de l’enquête sur le sentiment de la population à l’égard du tourisme et de l’enquête sur la satisfaction des touristes, précise Jean-Marc Mocellin, PDG de Tahiti Tourisme, dans un communiqué. Cela nous permettra d’élaborer un plan d’action complet pour notre voie de développement du tourisme durable. »

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1 Commentaire

  1. […] des autorités. Début 2024, le Conseil mondial du tourisme durable avait déjà publié un rapport d’évaluation en forme de « peut mieux faire » sur la destination Polynésie. Les résultats d’une grande enquête sur la satisfaction des touristes, et surtout ceux de […]

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