ACTUS LOCALESÉCONOMIE Une tribune appelle à changer le « logiciel » de la régulation économique en outre-mer Charlie Réné 2026-01-07 07 Jan 2026 Charlie Réné Un texte collectif paru dans le quotidien national Les Échos ce mercredi appelle à ne plus considérer l’outre-mer comme un espace à « handicaps » qu’il faudrait « compenser ». Mais plutôt comme un laboratoire de « l’innovation publique » en matière notamment de régulation économique et de politique de concurrence. Pour les signataires, dont la présidente de l’APC Johanne Peyre, le sénateur Teva Rohfritsch et plusieurs membres du collectif « Isle » qui avait animé le séminaire vie chère de Tarahoi, ces économies insulaires ne souffrent pas d’un trop-plein de régulation, mais de modèles inadaptés à la taille et aux caractéristiques de leur marché. Ils appellent de leurs vœux une régulation « proportionnée, fondée sur l’expérimentation et l’évaluation », à condition de pouvoir s’appuyer sur des données statistiques pertinentes. Lire aussi : « Est ce que les régulations n’aggravent pas le mal de la vie chère au lieu de le soigner », interroge Christian Montet Après les colloques et en attendant de nouvelles discussions parlementaires, c’est dans la presse que s’installe le débat sur la vie chère et le développement économique en outre-mer. Ce mercredi, le journal Les Échos, quotidien économique de référence à Paris, a publié une tribune collective appelant à reconsidérer la perception des territoires ultra-marins dans le débat national. Mis à part le sénateur Teva Rohfritsch, on trouve parmi les signataires des membres de l’Institute for small markets in law & economics » (Isle), un collectif de spécialistes de la concurrence et des politiques économiques formalisé à Tahiti et qui, après avoir animé le retentissant séminaire vie chère de Tarahoi en mars 2025, avait aussi pris part à des formations et un colloque sur le développement économique ultramarin, au Sénat en décembre. On y retrouve ainsi, entre deux professeurs d’université, la présidente de l’Autorité polynésienne de la concurrence Johanne Peyre, ainsi que Yannick Lecornu, ancien directeur de la CCISM. À les entendre, ces territoires d’outre-mer, dont fait partie la Polynésie, seraient trop souvent vus dans le débat national comme des espaces « structurellement fragiles, coûteux ou à part », justifiant des politiques publiques « fondées sur la compensation plus que sur la stratégie », et opposant « protection des consommateurs et développement des entreprises ». Une « autre lecture » permettrait au contraire de considérer ces petites économies insulaires, qui ont des atouts connus en matière de biodiversité ou de géostratégie, comme des « espaces d’expérimentation uniques ». Des « laboratoires avancés » où les décisions politiques qui y produisent – en matière de régulation économique, de politique de concurrence, ou d’innovation publique – « des effets rapides, observables, mesurables », pourraient être testées. Car pour les signataires, qui semblent apporter un contrepoint à la vision développée, entre autres, par Christian Montet, qui animait en décembre un colloque sur la question des régulations économiques en outre-mer à Paris, les territoires ultramarins ne souffrent pas d’un « excès de régulation en tant que tel, mais d’un défaut d’adaptation des modèles économiques et institutionnels qui leur sont appliqués ». Pour exploiter le potentiel ultramarin, poursuit la tribune, encore faudra-t-il ajuster plusieurs « angles morts » : le manque de données statistiques fiables sur l’économie, qui freine l’analyse et les contrôles, une gouvernance trop « éclatée », une prise en compte « insuffisante » du bassin régional de ces territoires depuis l’Hexagone, et la persistance de « l’illusion de solutions uniformes », qui amène les autorités, à « appliquer à des économies insulaires de petite taille des dispositifs conçus pour de grands marchés continentaux ». Des écueils à éviter, pour mettre en place « une régulation proportionnée, fondée sur l’expérimentation, l’évaluation et l’adaptation », qui pourrait même « nourrir l’évolution des politiques publiques sur le territoire hexagonal lui-même », estiment les signataires.