ACTUS LOCALESJUSTICE Violences, ice, escroqueries… Ce que nous disent les chiffres de la délinquance Waldemar de Laage 2025-02-05 05 Fév 2025 Waldemar de Laage Des violences intrafamiliales toujours aussi élevées, une montée en flèche des violences sexuelles et des escroqueries, la multiplication des procédures pour trafic de stupéfiants, mais aussi la baisse des vols de véhicules et des dégradations volontaires… La procureure de la République Solène Belaouar a commenté ce mercredi l’Atlas de la délinquance publié par le ministère de l’Intérieur, qui permet de comparer les indicateurs polynésiens à ceux calculés dans les différentes collectivités d’outre-mer et en métropole. En 2024, 1 948 victimes des coups et blessures volontaires dans le cadre familial ont été recensées au fenua par l’Atlas de la délinquance du ministère de l’Intérieur : s’il connaît un léger recul (-1,8%) entre 2023 et 2024, qualifié d’« encourageant » par la procureure de la République Solène Belaouar, le nombre a augmenté de 8% sur les huit dernières années. Et dans les faits, il est probablement plus important, puisque seules les affaires connues des forces de l’ordre apparaissent dans ces statistiques. Celles-ci permettent de comparer la situation locale à l’ensemble du territoire français : sur les violences intrafamiliales, la Polynésie enregistre 7 victimes pour 1 000 habitants. Un taux supérieur à la moyenne des collectivités d’outre-mer (6,7) et plus que doublé par rapport à celui calculé en métropole (2,8), « ce qui doit vraiment alerter » souligne la procureure. À Papeete, un tiers des audiences jugées en correctionnelle concerne des violences conjugales (35%). Des statistiques similaires sont observées lors des audiences foraines des îles (31%). La procureur note que 26 dispositifs « téléphone grave danger » ont été attribués en 2024, deux de moins que l’année précédente. Le Comité de pilotage sur les violences intrafamiliales, relancé en fin d’année 2024, va tenter d’enrayer la tendance. Ce triste paysage est le même lorsque l’on observe la case réservée aux violences sexuelles : 616 victimes connues en 2024, soit 2,2 pour 1 000 habitants (contre 1,8 en métropole). C’est en hausse de 6,9% sur un an. Enfin, les coups et blessures volontaires, hors cadre familial, sont en hausse de 4,7% sur un an, avec 758 victimes dénombrées par les forces de l’ordre. Plus de trafiquants mis en cause, plus de saisies, mais une inquiétude autour des prix de l’ice Autre problématique prégnante au fenua, les trafics de stupéfiants sont en hausse, ou du moins le nombre de mise en cause, avec 556 individus en 2024…. 43,3% d’augmentation sur un an, et deux fois plus qu’en métropole, toujours sur un rapport pour 1 000 habitants. En ce qui concerne l’usage de stupéfiants, 1 281 consommateurs ont été mis en cause l’an passé, en hausse de 10 %. Des données comparables sont observées dans l’hexagone et dans les autres collectivités d’outre-mer. Solène Belaouar note que, l’an passé, 13 kilos d’ice ont été interceptés sur le territoire, dont 8,5 par les douanes. Nouveauté cette année, de la « blue ice » a été découverte en décembre. Un total auquel il faut ajouter les 15 kilos de meth destinée à la Polynésie interceptés en amont par les services étatsuniens. Soit 28 kilos, plus qu’en 2023 (23) et 2022 (21). Par ailleurs « on constate que les prix baissent », l’offre reste donc importante, « ce qui inquiète ». Cambriolages en hausse, vols de véhicule en baisse Du côté des atteintes aux biens, les vols violents se stabilisent, avec 104 infractions constatées l’an passé : 0,4 cas pour 1 000 habitants, c’est deux fois mois qu’en métropole. Dans l’ensemble les Polynésiens se font moins cambrioler, (1,5 contre 3,3), moins voler « sans violence » (6,3 contre 9,1) et moins voler leurs véhicules (1,5 contre 2) que les métropolitains. Ils détruisent et dégradent moins aussi : 998 infractions recensées, soit une baisse de 2,4% et un rapport de 3,6 pour 1 000 habitants. C’est plus de deux fois moins qu’en métropole (7,8) ou dans les collectivités d’outre-mer, dont la moyenne est dopée par les destructions constatées en Nouvelle-Calédonie (16,5 pour 1000 habitants). Toujours sur le poste des atteintes aux biens, des variations importantes d’une années à l’autre sont tout de même constatées : les vols de véhicules ont baissé de 20,5% en un an, tandis que les cambriolages ont progressé de 15%. Cela peut s’expliquer par le faible échantillon que représente le fenua : « il suffit qu’une bande ou deux sévissent pour faire monter les statistiques de façon significative« , et inversement, relève la magistrate. Autre bond constaté, celui du nombre de victimes d’escroqueries : 625, soit 36,2% de plus sur un an. Comme partout dans le monde, « nous assistons à l’explosion des escroqueries sur internet. »