ACTUS LOCALESJUSTICE 25 années de réclusion pour l’auteur du féminicide de Bora Bora Pascal Bastianaggi 2026-04-20 20 Avr 2026 Pascal Bastianaggi Ce lundi s’est tenue la deuxième et dernière journée du procès de Leonardo, un quinquagénaire que la justice soupçonne d’avoir volontairement donné la mort à sa compagne Linda, en lui portant un coup de couteau au cœur. Les faits se sont déroulés à Bora Bora en août 2022. Tout au long du procès, l’accusé a assuré que son geste était accidentel, arguant qu’il n’avait pas eu l’intention de la tuer. Pour autant, la violence du coup porté dément la thèse de l’accident, selon le médecin légiste. Sans compter les témoignages recueillis qui, tous, assurent que l’homme était quelqu’un de violent. Après plusieurs heures de délibération, la cour l’a reconnu coupable d’homicide volontaire et l’a condamné à 25 ans de réclusion criminelle. Lire aussi : Aux assises, un féminicide sur fond d’addictions et de jalousie maladive Le procès a débuté ce lundi par l’audition en visioconférence d’une ex-compagne de l’accusé. Celle-ci confirme les témoignages précédents, à savoir que Leonardo était quelqu’un « d’agressif et violent quand il buvait, et il buvait souvent ». Elle assure aussi qu’il était extrêmement jaloux et, quand elle avait le malheur d’entamer une discussion avec un autre homme, il la rossait. « J’avais peur. » Interrogée ensuite, une collègue de travail de Linda se remémore qu’au début de la relation de cette dernière avec Leonardo, l’entente était plutôt bonne, mais qu’au bout d’une année, elle s’était dégradée. « Linda arrivait avec des hématomes sur les bras et quand je l’interrogeais, elle me disait qu’elle était tombée. J’ai été choquée quand j’ai appris ce qu’il s’était passé. » Durant les auditions des nombreux témoins, Leonardo est resté stoïque, presque nonchalant, jetant de temps à autre des regards en biais, avec toujours un petit rictus en coin. Interrogé sur ces témoignages accablants, si l’accusé avoue avoir frappé Linda, il ajoute : « Mais pas tous les jours ». Deux principales raisons à ses accès de colère : la jalousie et les échanges verbaux. « Elle me piquait avec des mots alors je la giflais. » Mais il l’assure : « Je l’aimais ». « J’ai voulu me saisir d’un balai pour lui faire peur, mais ne le trouvant pas, j’ai mis la main sur un couteau » Il se remémore le jour des faits. « Elle est arrivée du travail et elle faisait la gueule. Elle a commencé par fumer un joint et quand je lui demandais ce qu’il s’était passé au boulot, elle ne me répondait pas. » Il raconte l’avoir prise en photo et filmée quand elle fumait, ce qui l’a énervée. « Prends tes affaires et va-t’en, qu’elle m’a dit. Je suis retournée boire ma bière et je l’ai encore prise en photo. » Le ton monte. Leonardo continue à boire tandis que Linda tente de le chasser de chez elle. « J’ai continué à lui lancer des piques et elle m’a couru après avec un couvercle de marmite en tournant autour de la table. J’ai voulu me saisir d’un balai pour lui faire peur, mais ne le trouvant pas, j’ai mis la main sur un couteau. Je me suis retourné, je l’ai tendu en avant pour lui faire peur, mais elle était déjà sur moi. Je ne l’ai pas piqué volontairement. C’était un accident. Je suis coupable et je veux une grosse peine pour cela. » Quant à l’arme du crime, il ne sait pas ce qu’il en a fait. Leonardo avait été retrouvé endormi sur le canapé à l’arrivée des gendarmes. L’émotion dans la salle est montée d’un cran lorsque la magistrate a demandé à visionner les vidéos tournées par l’accusé. Parmi celles-ci, une scène d’anniversaire où l’on voit Linda enlacer tendrement un de ses petits-enfants. Ses filles, sur le banc des parties civiles, fondent en larmes. « Regarde bien ! », jette à l’intention de l’accusé l’une des femmes. Les dernières vidéos du smartphone montrent Linda peu de temps avant le drame. On entend Leonardo la traiter de « droguée » et de « psycho ». Quant à elle, elle vaque à ses occupations. Elle l’ignore. « J’aurais dû prendre mes affaires et partir », marmonne-t-il à la magistrate. « Il faut une intensité importante du coup porté pour sectionner et transpercer une côte, et atteindre le cœur » Faute de témoin ayant assisté à la scène, la seule personne qui peut sérieusement mettre à mal la version de l’accusé, c’est le médecin légiste. À la barre, il rejette clairement la thèse du coup accidentel : « Il faut une intensité importante du coup porté pour sectionner et transpercer une côte, et atteindre le cœur », assure le spécialiste. Quant à l’hypothèse que la victime se soit jetée accidentellement sur le couteau, il l’estime peu probable. Il rappelle que le coup a été porté « sur une trajectoire horizontale, d’avant en arrière et de gauche à droite, occasionnant une plaie de 3 cm de large sur une profondeur de 10 cm ». La reconstitution des faits n’apporte quant à elle aucun élément nouveau. La dernière photo montre un gendarme, qui endosse le rôle de la victime, avec à hauteur de poitrine la lame d’un couteau pointé sur lui, tenu à bout de bras par Leonardo. Là aussi, le légiste, rappelé à la barre, estime que la mise en scène n’est pas compatible avec la plaie. « La volonté de tuer est caractérisée » Pour Me Esther Revault, avocate des parties civiles qui se lève pour « les sept filles de Linda et ses douze petits-enfants », ce dossier est un « cas d’école en ce qui concerne les violences conjugales ». Et d’énumérer « une défense classique. Il explique son geste par son passé, abandon, rejet, etc. Il exerçait sur la victime un contrôle coercitif et il cherchait à l’isoler de sa famille, de ses enfants. » Pas de doute, « c’est le profil d’un tyran, et cela n’est pas dû à son enfance ». Elle enfonce le clou : « S’il y avait des doutes sur sa culpabilité, ceux-ci ont été levés par l’expertise médicale. La volonté de tuer est caractérisée. » D’un ton plus doux, moins véhément, elle conclut par « la dernière image que les enfants garderont, c’est leur mère emmenée dans la voiture, le cœur transpercé. Au nom de ses enfants et de ses petits-enfants, nous demandons justice. » « Comme beaucoup d’hommes, il croit que sa femme lui appartient et donc, il l’a tuée » Au tour de l’avocat général, Jacques Louvier, de prendre la parole. Lui aussi ne trouve pas crédible la défense de l’accusé. « Elle lui a demandé de partir, de quitter la maison, alors qu’il vivait à ses crochets. Il a compris que c’était fini, terminé, et il ne pouvait pas l’accepter. Le voilà le mobile. Comme beaucoup d’hommes, il croit que sa femme lui appartient et donc, il l’a tuée. » Il requiert une peine de vingt-cinq ans de prison assortis d’une période de sureté des deux tiers. Pour Me Myriam Toudji, en charge de la défense, « le doute doit profiter à l’accusé » et, dans le cas de son client, « la question n’est pas de savoir s’il a porté le coup de couteau, mais quel effet il voulait produire en le portant ». Après en avoir délibéré, la cour a reconnu Leonardo coupable d’homicide volontaire et l’a condamné à 25 ans de réclusion criminelle.