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30 ans de prison pour le père infanticide

Après trois jours d’un procès d’assises inédit à Tahiti, celui d’un infanticide sur un petit garçon de 3 ans, le verdict est tombé en fin de journée. L’accusé a été condamné à une peine de 30 années de prison, sans période de sûreté. La fin d’un procès éprouvant pour toutes les parties.

Ce mardi se tenait la troisième et dernière journée d’un procès particulièrement éprouvant pour ceux qui y ont assisté. Éprouvant à un tel point qu’une greffière a demandé à se faire remplacer, n’en pouvant plus. C’est par une visioconférence avec un psychiatre que les débats ont démarré à 7h30. À l’instar de ses confrères psychologues entendus la veille, il a insisté sur la normalité de l’accusé et sur son égocentrisme.  Il note que Gaël se positionne « comme une victime de la situation » et que malgré son absence totale d’empathie et une introspection défaillante, « il n’est pas un psychopathe. » Lui aussi affirme que par son crime, l’accusé voulait atteindre la mère, « comme la majorité des hommes auteurs d’infanticides », a-t-il précisé. C’est par ce dernier témoignage que se termine la partie instruction de ce procès. Place aux plaidoiries.

Mais avant que les avocats n’entrent en scène, la parole est donnée à l’accusé. Sans surprise, Gaël maintient sa défense qui n’a pas varié d’un iota depuis le début : « Je suis persuadé que Sylvana se prostituait pour acheter de l’ice. À partir de là, je ne pouvais pas laisser mon enfant dans cet environnement. Je n’ai rien à ajouter. »

« La famille veut savoir pourquoi Brian n’est plus là aujourd’hui. »

Avant de se lancer pour la partie civile, Me Bambridge reconnaît que « cette affaire est pour moi la plus difficile… un père qui tue son enfant de sang-froid. » Puis elle passe à l’attaque : « L’accusé justifie son acte par l’attitude de sa femme (…) Il rejette sur elle son crime expliquant qu’elle l’avait trompé. Depuis le début du procès il n’a cesse de dire que ce n’est pas de sa faute. »

Pour elle, la préméditation ne fait aucun doute. Elle relate les derniers instants de Brian. « L’accusé a eu cette phrase terrible ‘j’ai commencé la mise à mort et je ne pouvais plus m’arrêter’. » Elle insiste, « C’est faux…  Il ne voulait pas s’arrêter. Il voulait aller jusqu’au bout.  Et cela alors que l’enfant le regardait droit dans les yeux… Il s’y est repris à trois fois pour l’étrangler. »

Puis elle brandit une photo de l’enfant souriant à pleines dents. Effet dévastateur sur les jurés. Elle accompagne son geste d’une phrase qui résume la détresse des proches de Brian « La famille veut savoir pourquoi Brian n’est plus là aujourd’hui. Elle se sent coupable. Elle est rongée par le remords, contrairement à l’accusé. »

Trente ans requis

L’avocate générale prend la parole, et confirme les propos de la partie civile : « Il n’y a pas de doute, il voulait tuer son fils. C’est un acte réfléchi depuis plusieurs semaines et une décision arrêtée la veille du crime. » Elle survole l’enfance de l’accusé, son adoption, son départ en métropole puis son retour au fenua à l’âge de huit ans sans pour autant lui trouver d’excuse. « Beaucoup ont eu une enfance beaucoup plus difficile que l’accusé et pour autant ne se retrouvent pas dans cette situation. » Elle énumère : « Il est normal, pas de maladie mentale, pas de discernement altéré, ni de voix dans la tête. »

Elle réfute les arguments de Gaël justifiant son acte. « Il avait d’autres moyens pour sortir son fils de cet environnement. Il pouvait aller voir le juge des affaires familiales, surtout si, à l’en croire, sa mère se prostituait pour de l’ice et qu’elle buvait et fumait du paka…. » Elle questionne « mais aurait-il pu assurer seul l’avenir de son enfant ? Non. » Elle non plus ne croit pas à sa volonté d’en finir après avoir tué Brian. Elle se range derrière le constat des experts, « En tuant Brian, il détruisait Sylvana la mère, et cela il le savait. Il savait qu’il allait la faire souffrir.» Et elle avance comme argument : « Sylvana, qui depuis les faits est retombée enceinte, a prénommé sa fille Briana. »

Enfin elle fixe l’accusé et assène, « il n’a pas eu un seul regret, ni remord dans ses derniers mots, pas d’émotion. Non il veut terminer l’audience comme il l’a commencée. » Elle réclame à son encontre une peine de trente ans de réclusion dont une période de sureté des deux tiers de la peine.

« Son fils, c’est son miroir. Il a reporté sur Brian ses propres failles. »

Me Nougaro à la lourde charge de défendre l’accusé, une charge dont elle a l’habitude mais qu’elle reconnaît comme « humainement compliquée, mais il faut que quelqu’un parle pour lui et c’est moi. » Comme à son habitude, c’est sans notes et avec calme qu’elle s’adresse aux jurés. Elle reprend les propos de l’avocate générale au sujet de l’enfance de l’accusé pour permettre aux jurés de changer d’optique. « L’une de ses plus grandes fractures c’est son retour de métropole. Son beau-père l’a fait revenir à 8 ans d’un foyer où il était choyé et aimé. Arrivé ici il n’a trouvé que de l’instabilité, des coups, et perdu la sécurité financière. »

Elle fait le parallèle entre les caractéristiques physiques de Gaël et l’autisme supposé de Brian. « Il a souffert d’un angiome qui lui mange la moitié du visage et d’une jambe plus courte que l’autre. Brian c’est son prolongement, c’est lui. (…) Il a vu la défaillance familiale. » Elle cite un rapport d’un psychiatre qui a étudié les cas d’infanticide et qui est arrivé à la conclusion que « l’infanticide est la réponse à une mémoire traumatique importante ». Elle avance, « son fils, c’est son miroir. Il a reporté sur Brian ses propres failles. »

Enfin, elle se prononce sur le quantum demandé par l’avocate générale. Elle argumente : « La récidive, elle est nulle. Il vient d’avoir 44 ans. S’il fait 30 ans de prison, il n’a plus de vie ni de réinsertion. » Elle insiste, « il faut qu’il y ait un sens. La réparation de ce qu’il a commis et une réinsertion. » Pour conclure, elle demande aux jurés, « de revoir la période de sureté ou bien la peine. Qu’il puisse sortir en se réinsérant. »

Après une délibération qui a duré près de quatre heures, le verdict est tombé. L’accusé a été condamné à 30 de prison sans période de sûreté. Les jurés ont été sensibles aux arguments de la défense.

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