ACTUS LOCALESJUSTICE « Je ne l’aurais pas laissé à sa mère » dit le père infanticide Pascal Bastianaggi 2025-02-24 24 Fév 2025 Pascal Bastianaggi Ce lundi a débuté la deuxième journée du procès d’assises où un homme est jugé pour avoir étranglé son enfant de trois ans. La mère de l’enfant, des psychologues et l’accusé ont donné leur version des faits. Lire aussi : Assises : Infanticide au pays de l’enfant-roi À la barre, Sylvana, la mère de Brian, est anxieuse. On a fait sortir l’accusé pour qu’elle puisse témoigner sereinement. Elle ne voulait pas venir. La parole hésitante, elle décrit les rapports avec l’accusé comme étant « tendus », qu’il était « jaloux et possessif » et que ses priorités allaient vers « l’alcool, le sexe et les trips. » Interrogée sur Brian et sur son supposé autisme, elle explique qu’à trois ans, « il ne parlait pas, il recrachait la nourriture, quand il était contrarié il poussait des cris. J’ai regardé sur Internet et ca ressemblait beaucoup à de l’autisme. » Puis dans un souffle, « même s’il avait des problèmes, c’était un beau petit garçon. » Sur les relations qu’entretenaient Gaël avec son fils, elle reconnaît qu’il était gentil envers l’enfant et qu’elle se pose toujours des questions quant au pourquoi de ce crime. Pour elle, Gaël voulait l’atteindre, la détruire en se servant de leur fils. À la question « qu’attendez vous du procès », elle répond : « surtout qu’il ne sorte pas. J’ai peur qu’il s’en prenne à nous. » Égocentrique et dénué d’empathie Une psychologue clinicienne qui a eu plusieurs entretiens avec Gaël confirme ce que sa femme soupçonnait. « Pour lui, tuer Brian était un moyen de se défaire de Sylvana, de lui faire payer leur relation. De la faire souffrir. De s’approprier définitivement son fils qu’il voyait comme un prolongement de lui-même. » L’explication qu’il donne de son geste, est qu’il l’a tué pour « le sauver, lui épargner une vie de souffrance (…) Brian était le miroir de sa propre souffrance » explique la psychologue. En dehors de fortes tendances à l’égocentrisme et d’une absence totale d’empathie, elle n’a noté aucune déficience intellectuelle ni signes psychotiques. Quant à d’éventuels regrets qu’il aurait proféré : « il ne regrettait rien. Pour lui il était le seul à savoir ce qui était bon pour son fils. » Un petit garçon dans son monde Un fils qui a été suivi quelques temps par le Centre d’action médico-social. L’une des intervenantes expliquera que Brian avait un retard de développement et des troubles de l’alimentation. « C’’était un petit garçon dans son monde. Il n’avait aucun langage ni aucune interaction avec son entourage. » Pour autant aucun médecin n’avait encore posé de diagnostic d’autisme. Tout au plus des « signes d’alertes » indique l’intervenante qui ajoute que c’était principalement le père qui amenait l’enfant à ses visites. « Brian était collé à son père et il était content de le retrouver après les séances. Il se jetait dans ses bras. » « Il ne me quittait pas du regard et n’a pas eu un cri. » Un père qui lors des audiences semble spectateur de son procès. Appelé à donner sa version des faits, c’est d’une voix claire, aux propos concis, qu’il s’exprime. Sur sa relation avec Sylvana, il persiste, persuadé qu’elle « me trompait et cela faisait longtemps que je voulais la quitter mais à chaque fois elle me disait que je ne reverrai plus mon fils. (….) Elle n’avait que faire de mes états d’âme. » Interrogé sur le déroulé des faits il explique que le samedi, veille du drame, il avait vu le symbole de leur amour, un attrape-rêve, jeté dans la poubelle. Il est décidé. « Je suis allé acheter des somnifères. Je voulais mettre fin à ma vie et il était bien évident que j’allais emmener mon fils avec moi. Je ne l’aurais pas laissé à sa mère. » Il explique avoir fait un dernier biberon et un dernier câlin à Brian, puis « j’ai mis de la musique et je l’ai étranglé. Je m’y suis repris à trois fois. Il ne me quittait pas du regard et n’a pas eu un cri. » Tout cela sans le moindre frémissement dans la voix. « Tout ce que j’ai fait, je l’ai fait pour lui. » « Pourquoi vous ne lui avez pas mis les somnifères dans le biberon ? C’est moins violent et comme cela vous seriez partis tous les deux », demande la présidente de la cour. « Je ne sais pas. » Comme le responsable de l’enquête, elle met en doute la volonté de Gaël de mettre fin à ses jours. Elle revient à la charge « parce que les somnifères n’étaient pas assez puissants pour tuer ? » « Je ne sais pas. » Assailli de questions il commence à hausser le ton. « J’ai déjà avoué qu’est-ce que vous voulez de plus ? » « Comprendre. » Le procès se poursuivra demain et le verdict devrait être rendu en fin de journée.