ACTUS LOCALESJUSTICE À Maupiti, un adjoint qui fait mauvais genre Charlie Réné 2025-03-18 18 Mar 2025 Charlie Réné En septembre dernier, le tavana Woullingson Raufauore faisait voter par son conseil municipal la fin de fonction de sa quatrième adjointe, Mathilda David épouse Valentin, pour cause de « dissensions », notamment au sujet de la desserte de l’île. L’intéressée contestait cette éviction devant le tribunal administratif, mettant en avant des « pressions » sur les élus. Mais c’est la nomination de son remplaçant qui a attiré l’œil du Haussariat, lui aussi requérant : Stéphane Pahuiri, un homme, alors que les règles de parité imposaient une femme. Qu’importe s’il s’agissait du seul candidat : le siège aurait dû rester vacant pour le rapporteur public. Ambiance tendue à la mairie de Maupiti. Entre fin août et décembre 2024, le maire Woullingson Raufauore et son conseil municipal ont mis fin aux fonctions de la quatrième adjointe Mathilda David épouse Valentin, en poste depuis le début du mandat. La mairie ne s’étend pas sur les causes exactes de cette éviction, mais les relations entre l’élue et le tavana semblent s’être compliquées au moment de l’annonce, en juillet, de l’extension de la ligne de l’Apetahi Express jusqu’à Maupiti. Trois rotations par semaine très bien accueillies par ceux qui veulent développer le tourisme. Beaucoup moins bien par la société Maupiti Express, déjà en redressement et fragilisée davantage par cette concurrence de plus gros calibre. Au lendemain de l’annonce la quatrième adjointe dénonçait, dans les pages de Tahiti Infos, une « concurrence déloyale » négociée par le maire sans consultation ni même information de l’équipe municipale et qui risquait de coûter leur emploi à une dizaine de personnes sur l’île. Le désaccord est-il à l’origine de l’éviction de la quatrième adjointe ? Le fait est que le 23 août, Woullingson Raufauore retire ses délégations à son adjointe, le 13 septembre le conseil municipal met fin à ses fonctions et lui choisir un remplaçant, édite un nouveau tableau des élus de la commune et revoit la répartition des indemnités. Le 4 décembre, le conseil revient même sur le sujet, en annulant sa première délibération mais en la confirmant sur le fond dans un arrêté. Autant de textes qui étaient attaqués par Mathilda Valentin devant le tribunal administratif ce mardi matin. Et elle n’est pas la seule : le Haut-commissariat dénonce aussi, au titre du contrôle de légalité, l’irrégularité partielle de cette procédure. La parité pas respectée L’ancienne adjointe, et toujours conseillère, avance notamment, dans son recours, que les élus avaient fait l’objet de « pressions ou de menaces » en amont du vote du 13 septembre, que ce vote a eu lieu à main levée, et même que Woullingson Raufauore avait assuré devant l’assemblée que sa voix était prépondérante dans le scrutin. Autant d’arguments pas assez étayés ou inopérants d’après le rapporteur public qui rejette aussi le recours de Mathilda David contre l’arrêté originel du 23 août, expliquant que les motifs de « dissensions et de divergences dans la gestion des affaires communales » avancés par le tavana n’était pas efficacement contestés par l’intéressée. C’est en revanche l’élection de son remplaçant qui pose problème, ou plutôt son genre : Stéphane Pahuiri, jusque-là simple conseiller, est un homme. Et comme dans toutes les communes de plus de 1000 habitants, Maupiti doit avoir une liste paritaire d’adjoints, où s’alternent les genres. Le CGCT est clair sur ce point : « Quand il y a lieu, en cas de vacance, de désigner un ou plusieurs adjoints, ceux-ci sont choisis parmi les conseillers de même sexe que ceux auxquels ils sont appelés à succéder », cite le rapporteur public. Pourquoi le conseil municipal qui compte 6 femmes et 4 hommes conseillers en plus des adjoints déjà nommés et de l’adjointe évincée, n’a pas respecté cette règle simple, qui a motivé le recours du Haut-commissariat ? Tout simplement par manque de candidate. Il convenait donc, d’après le rapporteur, de laisser le poste d’adjoint vacant plutôt que d’élire un homme. « Absurde », souffle l’avocat de la mairie, qui semble tout de même s’attendre à ce que le tribunal suive l’analyse de son rapporteur. Réponse le 15 avril prochain.